Bouquine ton Job

Bouquine ton Job La littérature se met au travail !
🎙️Le podcast dévoilant les leçons pros de nos romans préférés.

Moi, quand j’achète un livre, c’est uniquement pour son propos, pour sa thèse et son érudition, pour la justesse de son ...
14/02/2026

Moi, quand j’achète un livre, c’est uniquement pour son propos, pour sa thèse et son érudition, pour la justesse de son style, l’intensité de ses personnages.

Sauf que ce n’est pas vrai du tout.

J’aime le livre quand il est joliment joli, quand le papier bruisse, quand les couleurs me réchauffent, quand il fera, et j’en salive d’avance, de l’effet sur mes étagères.
Voilà pourquoi, à l’occasion de la Saint-Valentin, me baladant en famille dans les rayons de ma librairie préférée (coucou ), la décision d’achat s’est prise sans aucune hésitation devant cet objet-livre magnifique et pensé dans le détail, me permettant de découvrir la proposition artistique d’Aisha Franz : Work-Life Balance.

Au-delà du travail d’édition remarquable, j’ai d’abord été frappé par le dessin artistement simpliste, presque naïf, sublimé par une colorimétrie douce-amère très juste d’équilibre.
Puis est venu le questionnement, un peu superficiel à mon goût, via les trajectoires d’Anita, Rex et Sandra, sur certains de nos défis professionnels contemporains : la fausse bienveillance déguisant la vraie violence, les pratiques voraces et la domination du plus fort qui demeurent mais un peu plus feutrées, maintenant que les entreprises sont à mission et que les chaussures se retirent à l’entrée.

Et que faire face à cela, quand les horizons sont bouchés, qu’on se sent piégé, qu’on lutte à s’en épuiser dans cette vie en toile d’araignée ?

On parle et on continue à vivre, avec des petites ou grandes actions, bonnes ou mauvaises, spontanées ou préméditées. C’est tout.

L’artiste nous rappelle avec douceur qu’il ne semble pas y avoir de réponse en dehors de soi et certainement pas dans le cabinet du Dr Sharifi, psychologue aussi inutile que mémorable.

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Certains textes sont des évidences. La confusion des sentiments de Stefan Zweig en fut une pour moi. Très souvent, quand...
11/02/2026

Certains textes sont des évidences.
La confusion des sentiments de Stefan Zweig en fut une pour moi.
Très souvent, quand j’écris mes billets, mes impressions, peu importe ce dont il s’agit, j’en fais beaucoup.
Je ne m’exprime pas dans la retenue, mes jaillissements sont souvent clinquants.

Mais je ne veux pas de cela pour ce court roman ou cette longue nouvelle.

J’ai compris qu’il s’agirait d’un grand texte dès le début, quand ce professeur au crépuscule de sa vie, à la fin de sa carrière, examine avec joie et bienveillance la somme de son oeuvre. Un livre relié de cuir, quelques centaines de pages, 30 années, bien rangées, bien formatées, bien empaquetées.

Cette perspective, en me l’appliquant, me coupe les jambes rien qu’en l’envisageant. Pourtant, très vite, ce professeur me rassure. L’essentiel n’est absolument pas là. La rencontre fondatrice qui lui a donné ses goûts, a forgé sa vie n’est pas mentionnée, est inconnue.
Dans ces pages, en réalité, les approximations semblent partout.

Alors il nous raconte, un peu, de cette mythologie intime, sa rencontre avec un maître, un professeur sur le déclin. Il nous parle de l’enivrant azur de la pensée de cet homme, de son verbe tyrannique, qui enchante et hypnotise.

Puis vient la relation trouble, l’évidence des sentiments qui ne devraient pas être, mais qui sont quand même.
Il serait si facile de juger ce vieux professeur qu’on pourrait injustement blâmer d’utiliser son statut, son pouvoir intellectuel, pour tenter de trouver une paix intérieure en aspirant, de loin, la vigueur juvénile de ses étudiants.
Sauf que notre narrateur ne le fait pas, et moi non plus.

Cet homme souffre de ce qu’il est, de son homosexualité ostracisée dans la société de son temps, l’enfermant petit à petit dans une bulle de verre asphyxiante.

Enfin est venue la fin, tendre et bouleversante, le temps qui passe mais jamais, non jamais, l’oubli.

Voilà, je me suis efforcé de faire sobre, contre moi-même, pour clamer une seule chose : Stefan Zweig est un auteur de génie que je place tout en haut des artistes qui ont su me bouleverser.

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Je porte encore sur moi, sur mes cheveux, dans ma bouche, l’odeur du sang. Il n’y a pas de nuit, pas de pages, plus de d...
30/01/2026

Je porte encore sur moi, sur mes cheveux, dans ma bouche, l’odeur du sang.
Il n’y a pas de nuit, pas de pages, plus de dîners.
Rien que la barbarie. La douleur et les larmes, bercées par les fausses promesses de vrais bouchers.
Je me suis précipité comme rarement pour écrire ce petit billet, cette publication dérisoire sensée rendre justice à ce grand roman que je viens de lire.
Pour ne pas laisser s’échapper cette sensation qui t’étreint et s’en va déjà, un peu, sur la pointe griffue de ses pieds hideux.
Attaquer la terre et le soleil aborde la colonisation de l’Algérie par la France.
Les colons et les soldats. Le travail rude et le sens vrai de ce qu’on fait en pacifiant. Les meurtres et la vengeance, qui s’enlacent pour générer d’autres meurtres et d’autres vengeances, chocs lancinants, inévitables.
Ce livre est celui de l’échec de l’espèce humaine.
L’histoire d’une humanité qui s’est oubliée hier, aujourd’hui, certainement demain.
Que faire quand partout le visage de notre propre espèce n’est rien d’autre que celui d’une bête, assoiffée de sang, de massacre, de chairs.
Rien.
Les larmes ne servent à rien. Les prières ne servent à rien. Les souvenirs eux-mêmes ne servent à rien.
Sauf que la vie demeure, qu’elle ne meure pas, elle, cette vitalité qui nous agite, qui nous pousse à écouter les fausses promesses et les chefs sanguinaires.

Ce roman parle de tout cela dans une langue de feu et d’excès, dans un style affranchi, ciselant une prose poétique pour en faire une oraison littéraire sensuelle et brutale.

Il n’aura fallu que 150 pages à Mathieu Belezi pour s’attaquer à cet épisode sombre de notre histoire, pour transcender les horreurs terrestres et les jeter en offrandes sur le grand autel de la Littérature.

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Zac a regardé son frère, et ne l’a pas vu. Plus de sang, plus de rire, plus de lien. Il a regardé ce frère qu’il avait l...
26/01/2026

Zac a regardé son frère, et ne l’a pas vu.
Plus de sang, plus de rire, plus de lien.
Il a regardé ce frère qu’il avait laissé derrière et a tendu la main.
Il a touché son visage et n’a rien senti d’autre que de la peau sur des os, un peu de sang et beaucoup de larmes.

Dans son texte sincère, Rouda écrit les trajectoires d’une fratrie. Celle d’un petit frère qui dévie et atterrit dans des groupuscules ultra violents d’extrême droite, un peu par conviction, un peu par facilité, beaucoup par amour. Celle d’un grand frère qui redécouvre des évidences, que les retours ne valent rien quand les départs lacèrent.
Puis tout cela s’emmêle et danse, en bas des tours, dans les escaliers crasseux, sur le terrain de foot, dans ces drôles de paradoxes des cités, où le ciel moins bleu qu’ailleurs n’empêche pas les âmes de bruler.

Je ne peux pas dire que j’ai aimé franchement ce roman aux belles ambitions. Je crois justement que c’est ça qui l’a amoindri, cette espèce de bruissement interne que j’ai ressenti et qui m’a donné l’impression de trop en faire.
L’intrigue grimpe au point de franchement vaciller, le style ample m’a donné la sensation de vouloir me marquer à tout prix, m’empêchant à la fin de distinguer le superbe du superflu.

Pourtant, cela reste un texte, mais surtout un auteur, que je suis content d’avoir découvert, qui a tenté de chanter la drôle de mélodie des quartiers, si rare en littérature, où les horizons sont peut-être bouchés mais l’humanité sait encore se réunir autour d’un ballon ou d’un barbecue improvisé avec les grilles d’un caddie.

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Un homme, norvégien, est père de trois enfants, écrivain et au foyer, amoureux et enfermé, tiraillé et sans réponse, pri...
21/01/2026

Un homme, norvégien, est père de trois enfants, écrivain et au foyer, amoureux et enfermé, tiraillé et sans réponse, pris entre la détestation d’une vie domestique, des pulsions d’écrire et l’amour d’une famille-prison.
Alors il parle des courses, des prix de la viande, du ménage, du baby-yoga, de la vaisselle et des voisins détestables, des journées clonées, de l’amour envers ses enfants, de l’hésitation face à l’étroitesse des murs de ce qu’est devenue sa vie.

Tout cela, Karl Ove Knausgaard le raconte pendant les 730 pages composant le tome 2 (Un homme amoureux) de son cycle autobiographique de six livres appelé Mon combat.

Rien de plus.
Pas d’action, pas d’intrigue, même pas vraiment de linéarité.

Alors pourquoi ai-je navigué, pendant des jours, sur cette vague continue de souvenirs qui, par eux-mêmes, n’ont rien d’exceptionnels, ne me racontent rien d’autre que je ne vive déjà, dans un style qui n’a d’ailleurs même pas la beauté poétique de Proust ?

Déjà, parce que cet auteur, grand avec une vraie gu**le d’aventurier, est, non pas moderne, mais contemporain. Il aborde avec sincérité, je crois, les défis qui sont aussi les miens : le couple, les enfants, les envies égoïstes, l’incroyable absurdité du fait qu’il est possible, oui, de « passer sa vie à s’énerver sur des travaux ménagers ».

Surtout, après avoir beaucoup pensé au mystère de l’attraction qu’a exercé ce livre sur moi, je crois avec compris, un peu. Karl Ove Knausgaard a la capacité extraordinaire de transcrire, par sa littérature, une présence dans l’instant saisissante. Nos petites réalités, qu’on ne voit pas, faute de temps ou d’envie, se trouvent radicalement augmentées.

En lisant un homme amoureux, je n’ai, finalement obtenu aucune réponse métaphysique et n’ai entrepris aucun voyage transcendantal mais j’ai pu ressentir intensément mon présent, banal parce que je ne sais tout simplement pas en parler.

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Je n’ai pas pu écrire mon impression de suite, dès la dernière page fermée. Je vis depuis quelques jours avec ce texte, ...
18/01/2026

Je n’ai pas pu écrire mon impression de suite, dès la dernière page fermée.
Je vis depuis quelques jours avec ce texte, en moi, dans la tĂŞte.
Cette autrice m’a marqué, brutalisé même parfois.
J’ai la sensation d’avoir encore des larmes et du sang sur les doigts, exsudés de ce roman dont le titre dit tout.
Dans cette litanie autofictionnelle, elle se raconte en pu**in qui s’est choisie.
Nelly Arcan arrache le voile hypocrite de ce commerce odieux, qui colle aux yeux et qui pue la viande.
Elle est franche et droite.
Elle hait ses parents, elle se détruit, proclame haut et fort qu’elle se tuera, ce qu’elle fera à 34 ans.
Elle m’a foutu dans la gu**le l’effroi provoqué par le regard des hommes sur les corps, surtout quand ils sont jeunes. Grâce à son oeuvre, j’ai pris le temps de réfléchir aux inégalités profondes des sexes face au vieillissement, à la dictature des peaux élastiques et des muscles toniques. De la laideur dont on fait une affaire de femme.
« Je pourrais vous décrire la beauté du monde si je savais la voir ». Quelle phrase. Sauf que son monde à elle, c’est les tarifs et le sperme, les bons pères de famille et citoyens tout beaux tout propres mais qui sont là quand même. Jamais ils ne voudraient de ça pour leur fille, non, non, non, mais ils bandent et ils paient.
Ce texte est une immense révélation pour moi, dans toute sa démesure, son caractère répétitif et lancinant. Dans la maitrise de la langue, où j’ai cru retrouver la virtuosité de James Joyce quand il nous faisait entrer dans la tête de Mme Bloom / Pénélope.
Cette artiste était en avance sur son temps. En 2001, nos médias ne savaient que reluquer les corps. Les interviews télévisuelles qu’elle a subies sont souvent glaçantes de misogynie, de mépris. Une ancienne prostituée, avec un accent québécois, belle et blonde et artiste, voilà qui étonne, autant continuer à la vendre.
Il s’agit pour moi d’un météore extraordinaire dont je lirai toute l’œuvre, non pas celle d’une pu**in mais celle d’une femme puissante à l’âme incandescente de poésie.

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Du rouge et du blanc. Des corps et de l’ordre. De la discipline et des femmes. Obéissantes et opprimées. Des hommes sacr...
14/01/2026

Du rouge et du blanc. Des corps et de l’ordre. De la discipline et des femmes. Obéissantes et opprimées. Des hommes sacrifiés et utilisés. Obéissants et opprimés.
La servante écarlate n’est plus un roman qu’on présente. Sa gloire littéraire n’a pas besoin qu’on en rajoute à la pile. De toute façon, j’écris ce billet d’abord pour moi, comme on ouvre une fenêtre.

C’est une évidence, Margaret Atwood a produit une oeuvre utile, instructive et surtout crédible car assise sur les déchets vrais de nos civilisations.
D’ailleurs, j’avais un a priori biaisé.
Cette femme exerce sur moi un magnétisme peu commun.
J’ai dévoré ses masterclass, ses interviews, ses discours.
Son regard me donne l’impression d’en savoir plus que moi, qu’elle dispose d’une connaissance étrangère, précieuse, à écouter avant de sombrer dans les vieux pièges.

Pourtant, pendant l’essentiel de mon temps aux côtés d’Offred, je me suis ennuyé, lecture trop longue, franchement surchargée de 150 pages.
C’est étrange mais, en commençant à écrire, je ne savais pas vraiment pourquoi Le style est certes classique mais il est juste.
Les personnages sont denses.
La société décrite est cohérente.
L’intrigue se tient.
La conclusion est magistrale d’intelligence, au point d’ailleurs qu’elle comprend pour moi les toutes meilleures pages du texte.
Alors quoi ?
Tout simplement parce que je n’ai pas réussi à être ému. L’autrice m’a instruit mais j’ai échappé à son emprise.
J’ai échappé à Galaad et j’espère, désespérément, qu’il en sera de même pour l’avenir de mes filles.

Je leur parlerai de ce roman et de ses vérités. Qu’est-ce qu’un peu d’ennui à côté de cela ?

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Comment définir la rébellion ? A partir de quand l’obéissance zélée devient de l’insubordination ? Quelle est la frontiè...
11/01/2026

Comment définir la rébellion ?
A partir de quand l’obéissance zélée devient de l’insubordination ?
Quelle est la frontière entre l’idiotie et le génie de situation ?

Toutes ces questions sont posées dans ce texte pilier de la littérature tchèque, d’abord dédaigné puis, tranquillement, hissé au sommet de la littérature du pays aux côtés des grandes aventures mondiales pleines de burlesque-sagesse-absurde-vérité.
Je ne sais plus du tout comment je suis tombé sur l’odyssée de ce Chvéïk, brave Tchèque de Prague vivant à l’époque de la Grande Guerre, sous la domination austro-hongroise.
Que ce soit grâce aux centaines de conseils éclairés qui traînent sur les internets ou du fait de la toute puissance des algorithmes, j’en suis bien content.
J’ai passé un superbe moment de lecture avec ce personnage qui nous affirme, certificat médical à l’appui, qu’il est idiot, qui obéit avec l’empressement et la belle figure des anges.
C’est la guerre ? Oui chef.
Je suis un abruti ? Absolument Monsieur.
Je dois aller tout droit en taule subir de la torture ? Quelle chance vous me faites, grand seigneur.

Quand rien n’a de sens, qu’il faut aller se faire dézinguer sur un champ de bataille pour un empereur qu’on n’a jamais vu et probablement aussi bête que ses privilèges, alors pousser à fond les curseurs révèle la moisissures du système.

Jaroslav Hasek, journaliste, écrivain, anarchiste, bolchévique et surtout alcoolique incroyablement drôle savait ce qu’il faisait. J’ai ri, seul, dans le métro, avec ce bon à rien tellement astucieux face à l’oppression.
C’est pour moi la marque des œuvres colossales que de savoir regarder la tristesse du monde pour en tirer de la joie.
Je vous déclare donc avec obéissance, comme Chvéïk, qu’il s’agit d’un très beau livre qui invite à résister le sourire aux lèvres.

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Ce roman me contrarie. J’ai l’impression de l’avoir mal lu, mal pris, d’être tombé dans un drôle de piège où les histoir...
04/01/2026

Ce roman me contrarie.

J’ai l’impression de l’avoir mal lu, mal pris, d’être tombé dans un drôle de piège où les histoires simples ne le sont pas tant.
Un adolescent dilettante et fiévreux de 14 ans rencontre une jeune femme de 18 ans, déjà projetée dans un mariage, dans une vie-couloir. Puis la guerre, l’absence du soldat, les illusions de possibilités nouvelles.

Le choc, les vies dévient, ces âmes puis ces corps se rencontrent et les petites maisons des conventions sociales ont soudain moins de murs.
Alors commence l’adultère, la passion, l’immaturité des âges où il est trop souvent possible d’écorcher pour rire afin de se sonder le coeur.

J’aurais pu être emporté avec ce couple mais j’ai été d’abord gêné puis incommodé puis vraiment contrarié par le sort réservé à cette jeune femme. Ce roman du début du 20ème siècle me laisse un goût de fer dans la bouche quand, finalement, on constate que Marthe, si jeune Marthe, sera celle qui subira pour de vrai, sera consumée dans sa chair par son élan passionnel : opprobre, mépris, petites cruautés banalisées des parents, de l’amant.

Elle n’a presque pas de voix, pas vraiment d’esprit. Elle est centrale mais n’est nulle part véritablement. Bien sûr, il y aura l’arrivée d’une maturité provoquée par les épreuves, mais si t**d, si loin dans l’œuvre pour m’en faire un bel effet.
Sauf que ce bouquin, écrit par un gamin de 17 ans doué de génie, me fait encore l’effet de la cape du toréro, masquant les pointes acérées.

Raymond Radiguet, en écrivant le Diable au corps, a provoqué son temps, balayé l’hypocrisie des fausses morales. Il s’est tenu, avant de mourir si jeune, droit face aux visages rougis de ses compatriotes indignés.
J’ai l’impression qu’une centaine d’années après, pour des motifs différents, il continue à atteindre son but, libre à moi d’agir pour changer les choses ou préférer rejoindre les rangs surpeuplés des indignés stériles.

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J’écris ces mots à chaud. La tête pleine des vapeurs de ce texte saisissant, l’esprit encore marqué par les douloureuses...
01/01/2026

J’écris ces mots à chaud. La tête pleine des vapeurs de ce texte saisissant, l’esprit encore marqué par les douloureuses traces creusées par Knut Hamsun. Rarement, dans toute ma vie de lecteur, une œuvre ne m’aura autant perturbé. Je ne crois pas avoir déjà été confronté à une telle expérience.
La Faim. Tout est lĂ .
Pendant 300 pages, un jeune écrivain souffre, se démène, noircit des feuillets et s’enfonce dans une misère empoisonnée. Rien de plus. Mais quel programme.
L’indigence irréversible, l’inanition, la honte, la disparition progressive de soi-même, être dépossédé de son humanité... Voici ce qui me terrifie le plus au monde. C’est la menace qui me glace plus que toute autre, parce qu’elle n’est pas extraordinaire. Au contraire. Elle guette, patiemment, de son appétit vorace. Elle attend aux coins de nos villes la moindre faiblesse pour nous engloutir.
J’ai ressenti tout cela. J’ai été pris dans cette spirale dont on ne sort pas seul.
Je ne devrais pas aimer ce bouquin. Tout y est sombre, poisseux, brutal de vérité. L’auteur lui-même me renvoie au visage fissuré de l’espèce humaine, lui qui a sacrifié son génie en l’offrant à l’un des pires régimes génocidaires de notre histoire moderne.
Je ne sais pas si je dois le recommander ou ne plus en parler. S’il est possible d’aimer sincèrement un texte qui vous dérange à tant de niveaux.
Pourtant, une fois la dernière page tournée, une évidence a fini par percer mon malaise persistant : ce roman est un chef-d’œuvre absolu de la littérature.
Ce n’était peut-être pas une bonne idée d’écrire ces mots d’un seul jet mais les grandes lectures ne sont ni patientes, ni dociles.

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À quoi tient une rencontre de lecture ? À quelques riens. La couverture d’une édition en particulier, la légère vibratio...
27/12/2025

Ă€ quoi tient une rencontre de lecture ?
À quelques riens. La couverture d’une édition en particulier, la légère vibration d’une phrase. Une certaine séquence de mots qui n’a que le sens qu’on lui donne, une des rares choses qui restent quand tout se fissure.
Parfois, les esprits se rencontrent, quels que soient les lieux et les époques. Souvent, il s’agit d’entrevues banales, entrecoupées de regards qui changent la vie.

J’avais envie de cela avec Joan Didion, dès que je l’ai vue, elle et sa Corvette blanche, elle et son regard de fin de journée, elle et son port de tête, elle qui ne sourit pas mais semble vous scruter.

Je ne sais pas expliquer les attractions mais je sais lire. Alors j’ai lu, commençant par quelques unes de ses chroniques célèbres groupées dans un recueil appelé L’Amérique.

Je cherchais l’artiste et n’ai trouvé que la journaliste. C’est déjà beaucoup mais si loin de ce que j’attendais.
Certes, j’ai parcouru les années 60, ai déambulé entre contre-culture et capitalisme débridé. J’ai été à la rencontre d’un monde qui n’existe plus, rempli d’idoles certes immenses mais souvent couvertes de poussière.

Toutes ces trajectoires auraient pu tout de même être extraordinaires mais, par la forme même de l’exercice, le style est resté désespérément neutre, non pas habilement plat mais tout simplement rectiligne. J’ai donc retiré mon uniforme de bataille, comprenant qu’il n’y aurait pas de grabuge, pour prendre gentiment mon ticket et parcourir les allées d’un musée.

Je refuse de croire que cette écrivaine au statut extraordinaire ne me propose que cela. Je le rejette et décide donc de fermer ce livre en particulier. Je vais oublier ces chroniques mal compilées, et continuer à me perdre dans des photos au charme daté, le temps de trouver, enfin, l’oeuvre qui m’expliquera le sens des sourires qu’on ne fait pas.

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Non, Pierre Michon n’a pas écrit l’Iliade.Il s’est amusé avec les mots, avec la langue, avec les mythes.Il a choisi d’ou...
22/12/2025

Non, Pierre Michon n’a pas écrit l’Iliade.
Il s’est amusé avec les mots, avec la langue, avec les mythes.
Il a choisi d’oublier, pour un temps, que l’immense panthéon grec n’a plus, ou presque, de prise avec la foi.
Il a tressé une couronne à Eros en mêlant les fils souvent délicats de son imaginaire et de ses fantasmes.
Tout cela, j’en convient mais il n’a tout de même pas écrit le plus grand poème épique de la littérature.
Pourquoi ce livre alors ? Quelle modernité plusieurs millénaires après qu’on ait déjà tout dit ?
Alors qu’on ne rend plus grâce à Apollon pour l’inspiration et qu’on ne s’enivre plus des charmes d’Aphrodite.
Alors qu’il y a longtemps que ces dieux ont quitté le seuil de nos foyers.
Tout simplement parce que, témoins de leur immortalité, nos enthousiasmes perdurent, siècles après siècles.
L’auteur des Onze et des Vies minuscules se montre ici, dans sa dernière œuvre, fin connaisseur des mythes et provocateur cabotin par moment. Il ne sublime plus les petits destins mais convoque, avec un enthousiasme gourmand, les héros et déesses grandioses de l’antiquité.
Surtout, que les mots soient couverts ou dénudés, Pierre Michon écrit le sexe, les corps, les courbes, le sang qui palpite et les âmes qui vibrent.
Et pourtant il m’a lassé.
Pourquoi ?
J’admire son style. Cette mythologie me fait vibrer depuis l’enfance. Je suis très indulgent par ailleurs pour ceux qui osent écrire l’érotisme.
Alors quoi ?
Trop long et pas assez crédible, je dirais. Certaines parties m’ont semblé s’étirer, pâtir du creux de rythme qui s’installe quand, définitivement, le lecteur a compris l’idée.
Enfin, j’ai été souvent sorti de l’illusion qui les narrateurs successifs, se sont révélés être des séducteurs surhumains, dont le pouvoir d’attraction et de séduction ne semblait pas s’embarrasser de crédibilité.
Finalement, je retiens que je préfère Michon quand il me parle des petites histoires essentielles, et qu’aucun hommage ne vaudra jamais l’émotion pure d’Hector posant une dernière fois la main sur la joue de son enfant effrayé. 
 

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