24/05/2026
Le Fouta colonisé ou Sous-protectorat ... ?
Olivier de Sanderval à Timbo et la rivalité franco-anglaise au Fouta-Djalo
Olivier de Sanderval pénétra à Timbo dès 1880. À cette époque, Timbo était la capitale du Fouta-Djalo théocratique et le siège de l’autorité de l’almamy. Dominant toute la région jusqu'à Dubreka, la ville occupait une place politique et religieuse considérable dans toute la Guinée. C’est là que se prenaient les grandes décisions du pays et que se réglaient les affaires entre les différentes provinces du Fouta.
Sanderval, qui s’était d’abord dirigé vers l’intérieur dans l’espoir d’atteindre les mines d’or du Bouré, fut retenu au Fouta-Djalo par l’importance du pays, la beauté de ses hauts plateaux et l’intérêt stratégique qu’il représentait pour l’avenir. Il sut gagner peu à peu la confiance de plusieurs notables ainsi que celle de l’almamy, auprès duquel il acquit rapidement une influence remarquable. Des terres lui furent cédées dans la région, où il envisagea d’établir une implantation durable.
Cependant, l’intérêt que portait Olivier de Sanderval au Fouta-Djalo ne tarda pas à attirer l’attention des autres puissances européennes, notamment celle de la Grande-Bretagne. En 1881, le gouverneur anglais Goldsbury, venu de Gambie, se rendit à son tour à Timbo afin de conclure avec l’almamy un traité de protectorat destiné à assurer aux Britanniques une position privilégiée dans cette partie de l’Afrique occidentale.
Cette démarche suscita une vive inquiétude du côté français. Le Fouta-Djalo occupait en effet une position essentielle entre les territoires du Sénégal, les Rivières du Sud et l’intérieur du Soudan (Mali). Le laisser sous influence britannique aurait compromis les ambitions françaises sur toute cette partie de la région.
La France dépêcha alors à Timbo le docteur Jean-Marie Bayol, mandaté par le gouverneur du Sénégal, Brière de l’Isle. Bayol arriva dans un contexte déjà tendu, alors que les discussions engagées par les Anglais avaient placé l’almamy au centre d’une rivalité diplomatique entre les deux puissances européennes.
Après plusieurs échanges avec les autorités du Fouta, un traité fut conclu avec l’almamy Ibrahima Sori. Ce texte plaçait le Fouta-Djalo sous le protectorat français tout en maintenant l’autorité religieuse et politique des institutions locales. Par cet accord, la France obtenait une reconnaissance officielle de son influence dans la région et écartait les prétentions britanniques.
Cette situation fut ensuite reconnue par la Grande-Bretagne dès 1882, puis par l’Allemagne en 1885 et enfin par le Portugal en 1886.
L’action de Sanderval joua dans cette affaire un rôle important. Par sa présence précoce à Timbo, les relations qu’il avait nouées avec l’almamy et la connaissance qu’il avait acquise du pays, il contribua à faire du Fouta-Djalo un enjeu majeur de la politique coloniale française en Guinée.
Ainsi, entre 1880 et 1881, Timbo devint le théâtre d’une confrontation diplomatique décisive entre la France et la Grande-Bretagne. Le Fouta-Djalon, déjà organisé autour d’un pouvoir ancien et respecté, se trouva désormais placé au cœur des rivalités coloniales européennes, dans une période qui allait marquer profondément l’histoire politique de la Guinée.
Le Fouta n’a pas été colonisé mais sous protectorat Français.
Mamadou Kangnè Diallo
Écrivain et Auteur Ultra-frontal