01/07/2026
Huit membres du conseil entouraient une table en noyer poli, miroir sombre d’une puissance ancienne. Carafes d’eau minérale alignées, carnets frappés du logo doré du groupe, stylos argentés posés avec une précision presque chirurgicale. La climatisation maintenait une température exacte de vingt-deux degrés — celle des décisions irréversibles.
Au bout de la table, volontairement isolée de la place présidentielle comme on éloigne un souvenir gênant, se trouvait Valentina Reyes de Castellanos.
Trente-huit ans. Cheveux châtains relevés à la hâte. Chemisier blanc, pantalon beige. Rien qui réclame l’attention, rien qui impose une présence. Seulement une fatigue ancienne, installée sous les yeux comme une pluie qui ne cesse jamais.
Ses mains jointes tremblaient légèrement, blanchies par la pression.
Elle ne regardait personne.
Seulement le bord de la table — ce mince ruban de bois verni comme ultime point d’ancrage.
Rodrigo la vit et sourit.
Pas un sourire d’homme qui reconnaît. Un sourire d’homme qui rappelle.
— Valentina, dit-il. Je suis heureux que tu sois venue. J’avais presque peur que tu recules.
Elle leva les yeux une seconde. Puis les abaissa.
Il s’installa dans le fauteuil de cuir noir, celui qu’il considérait comme un prolongement naturel de son droit d’exister. Gerardo à droite. Mauricio à gauche. Les autres en face, silencieux, suspendus dans ce malaise particulier des témoins qui comprennent trop t**d qu’ils assistent à quelque chose d’irréversible.
— Bien, dit Rodrigo en ouvrant le dossier. Allons droit au but. Inutile de prolonger ce qui est déjà écrit.
Un rire bref de Gerardo. Un sourire juridique de Mauricio.
Rodrigo prit le stylo.
Le fit tourner entre ses doigts comme un objet de cérémonie.
Puis il parla, assez fort pour que chaque mot devienne public.
— Douze ans de mariage. Et le mieux que je puisse dire de toi, Valentina, c’est que tu n’as jamais dérangé l’ordre des choses. C’est… déjà une forme de discrétion.
Un silence se tendit dans la pièce.
Valentina ne bougea pas.