05/07/2022
📖 Lecture de la semaine 🤓
"De quelques frontières" par Philippe Claudel, auteur lorrain auquel l'on doit notamment "Les âmes grises"...
“J’aime vos livres car ils sont à la frontière”. Cette petite phrase d’une de ses lectrices va amener l’auteur à s’interroger sur ses motivations littéraires et le conduire vers une réflexion sur le sens de la vie.
Philippe Claudel demeure fortement attaché à sa Lorraine natale : une région aux multiples frontières et au passé historique chargé et souvent douloureux, dont les frontières géographiques ont fluctué en fonction des événements historiques.
S’il évoque avec nostalgie des pays qui ont vu leurs frontières se refermer au gré des conflits, l’auteur se rappelle aussi les frontières autrefois infranchissables du bloc soviétique et la création de l’Europe qui a vu les anciens ennemis s’unir. Parfois barrières naturelles, comme les océans ou les montagnes, les frontières sont plus souvent artificielles, créées par les hommes, lors des colonisations notamment. Ces frontières fragiles et imposées se font et se défont, engendrant l’éclatement d’alliances et la survenue de conflits. La frontière n’a pas de pérennité et nos certitudes, comme nos modes de vie, peuvent s’effondrer à tout moment.
Sa réflexion se porte ensuite sur nos frontières humaines : celles de l’enfance fixées par les parents, qui évoluent au fur et à mesure que l’enfant grandit et gagne en autonomie. Ainsi, “grandir c’est dépasser la frontière de l’enfance et se fixer ses propres limites”. Pour autant, une frontière nous demeurera infranchissable notre vie durant : celle de notre propre corps qui retient notre esprit prisonnier jusqu’à notre mort. Se pose alors la question de la fin de vie ? Quand survient la mort ? Est-on toujours vivant lorsque le corps n’est plus qu’une enveloppe vide ?
Avec humanité et bienveillance, Philippe Claudel nous convie à nous interroger sur la fin de vie, le sens de la vie, l’acceptation de la mort. L’être humain a connaissance de sa fin inéluctable et il doit malgré tout continuer d’avancer jusqu’à cette ultime frontière, sans retour possible : celle des “paupières qui se ferment”. C’est une leçon d’humilité, d’acceptation de notre condition mortelle.
Alors quel sens souhaitons-nous donner à cette vie à durée limitée ? Le modèle sociétal que nous avons créé au détriment de la nature pourra-t-il survivre aux épreuves : guerres, pandémies, changements climatiques, crises migratoires…? Les nations sauront-elles résister à la tentation grandissante de se replier sur elles-mêmes et de refermer leurs frontières ?
Comme un signe d’espoir, Philippe Claudel nous fait partager son amour de la montagne, frontière verticale entre le monde d’en bas avec ses incertitudes et sa laideur, et celui d’en haut, synonyme de beauté et de liberté… Pour combien de temps encore ? Saurons-nous, pour les générations à venir, freiner nos modes de vie destructeurs ?
Des réflexions qui prennent tout leur sens au regard de l’actualité…
✍️ Philippe Claudel est né en 1962. Cinéaste et écrivain, ses principaux romans sont traduits en plus de quarante langues. Membre de l’Académie Goncourt depuis 2012, il en est le secrétaire général.
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Un récit est co-édité par la Fondation Facim et les Éditions Paulsen
dans la collection « Paysages écrits ».
112 pages
10 €
Crédits photos : DR