03/10/2026
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Éloge parfaitement objectif de la mauvaise foi
La mauvaise foi est injustement décriée. On la présente souvent comme un défaut. Une faiblesse de caractère. Une façon peu élégante de ne jamais reconnaître ses torts. C’est profondément injuste. La mauvaise foi est avant tout une formidable capacité d’adaptation à la réalité.
Pourquoi accepter les faits tels qu’ils sont lorsqu’il est possible de les arranger ? Prenons un exemple simple. Vous avez tort. Normalement, il faudrait le reconnaître. Erreur. La première règle de la mauvaise foi est précisément de ne jamais prononcer cette phrase dangereuse : « Tu as raison. » Cette phrase peut provoquer des conséquences irréversibles. Il vaut mieux répondre : « Oui, mais… » Le « mais » est l’outil préféré de la mauvaise foi. Il permet de transformer n’importe quelle défaite en débat.
Vous avez oublié quelque chose ? « Je n’ai pas oublié. Je pensais que tu t’en occupais. »
Vous avez dit quelque chose que vous niez maintenant ? « Je n’ai jamais dit ça comme ça. »
On vous présente l’enregistrement ? « Oui, mais il manque le contexte. »
On vous présente le contexte ? « Justement, le contexte prouve que j’avais raison. »
À ce stade, la logique commence généralement à chercher une sortie de secours.
La mauvaise foi, elle, reste tranquillement assise. Car elle possède un avantage considérable sur la vérité : elle n’a pas besoin d’être cohérente. La vérité doit démontrer. La mauvaise foi doit seulement tenir assez longtemps. Elle peut même atteindre des sommets lorsqu’elle est confrontée à une évidence absolue.
Une porte est ouverte. Vous dites : « La porte est ouverte. » Réponse : « Je ne vois pas pourquoi tu dis ça. » « Parce qu’elle est ouverte. » « Ce n’est pas la question. » « Quelle est la question ? » « Pourquoi tu insistes sur cette porte ? » Et voilà. En trois phrases, nous sommes passés d’une porte ouverte à votre personnalité. C’est tout le génie du procédé. La mauvaise foi ne réfute pas l’argument. Elle déplace le terrain. Et lorsque tous les terrains sont épuisés, elle utilise son a**e nucléaire : « De toute façon, tu fais toujours ça. »
Le débat est terminé. Vous venez d’entrer dans une zone où les faits n’ont plus aucun droit de cité. Il ne reste que les souvenirs approximatifs, les vieux griefs et cette mystérieuse affaire de 2017 dont personne ne se souvenait cinq minutes auparavant.
Serge Brindeau