11/12/2025
Quand y'a plus d'oseille, y'a des mécènes...
Les mécènes à Montpellier sont les nouvelles proies des institutions. Dernièrement, la directrice de l'Orchestre national de la surdouée, Valérie Chevalier, a communiqué dans la presse sur son intention d'organiser une pêche à la ligne pour choper de nouveaux canards. Le rendez-vous a donc été donné pour courtiser de nouveaux spécimens lors d'une soirée dédiée à cet effet. Pour l'instant, on ne connait pas le retour sur investissement de cet événement opéra-bouffe. Dédié habituellement à quelques ténors de l'économie locale, la directrice de l'opéra a souhaité ouvrir désormais le dispositif à quelques barytons de TPE/PME Et pour cause, l'institution est en souffrance.
A Montpellier, l'Opéra est géré par une association dotée d'un budget de 24 M€, avec plus de 200 salariés. En avril 2024, Bernard Travier, après avoir démissionné du conseil d'Administration, alertait: C'est un EPCC (Établissement public de coopération culturelle) qui devrait être aux manettes. Et non une association. Beaucoup de choses en découlent Le conseiller municipal d'opposition avait rappelé que le rapport Bayle avait relevé l'absence d'un secrétariat général chargé du pôle mécénat, lequel selon lui aurait besoin d'être professionnalisé.
Le cercle des poètes dodus
Si depuis l'Opéra n'a toujours pas d'EPCC, entre-temps, Michaël Delafosse a créé ce qu'il nomme le cercle du territoire des mécènes de Montpellier». Avec en son sein des mécènes économiquement très bien implantés sur le territoire. Ils se nomment Aeko, Opalia, Nouveaux constructeurs, TDS Promotion, Terres du Soleil, Vestia immobilier, Vinci Immobilier, Nexity groupe, groupe FDI...
Leur point commun?
Tous sont promoteurs immobiliers. Ceux-là, vous vous en doutez, n'ont pas rejoint le cercle des mécènes par bonté d'âme. Ni pour tourner en rond. Mais pour s'assurer un retour sur investissement, le moment opportun. Nota bene : ils sont tous régulièrement les heureux attributaires de marchés publics qu'ils remportent dans le cadre d'appels d'offres dédiés à l'aménagement du territoire. Depuis deux ans, leur recours pour financer des événements culturels, pourtant institutionnalisés depuis une vingtaine d'années, est devenu récurent. Principalement dans le secteur culturel, pour lequel ils mettent régulièrement la main au portefeuille. Par exemple, pour l'édition 2023 de la Comédie du Livre, la société FDI a signé un chèque de 3000€, Vestia Group de 3 500 €, Opalia de 9500 €, la société, Pitch Immo, un chèque de 5600 € et la société Aeko, un chèque de 3000€. Pour l'édition 2025, la société Aeko a fait un petit chèque à hauteur de 3000 €.
La société Opalia de 3600 €. La société Altemed, de 5000€. Vinci Immobilier, 1500€. Et la société MELA Promotion, à hauteur de 10000 €. Outre la Comédie du Livre, l'opération Cœur de Ville en Lumières, comme chaque année, fait un tabac à Montpellier. Mais surtout nécessite un investissement qui soit à la hauteur des exigences de Michaël Delafosse de faire de Montpellier une ville instagrammable. En 2024, Frayssinet Joaillerie et le res-taurant McDonald's de la gare avaient été sollicités sans que l'on connaisse le montant de leur participation. Côté promoteurs immobiliers, en revanche, on avait été généreux. FDI développement avait fait un don de 12 000 € TTC et la société BRL un don de 10 000 € HT.
Pour rappel, pour l'édition 2024, par exemple, le mapping de l'Opéra Comédie avait coûté 100000 € HT, celui de l'église Saint-Roch 53820 € HT, de la Cathédrale Saint-Pierre 82593 € HT, et pour le Jardin des plantes, 107950 € HT. Pour l'édition 2025, l'on sait déjà que l'aéroport de Montpellier a glissé 5 000 € dans la caisse. D'autres chiffres devraient d'ici-là arriver aux oreilles de notre volatile. Autre exemple. Pour le festival radio France et sa soirée de clôture, deux promoteurs immobiliers montpelliérains, Les Nouveaux Constructeurs et TDS Promotion, ont chacun signé un chèque de 33 750€ en guise de mécénat.
Outre les promoteurs, ce sont aussi les fondations qui jouent les donateurs. Pour preuve, pour l'acquisition d'une huile sur toile de Théodore Caruelle D'Aligny vue de la pyramide de Cestius à Rome d'une valeur de 80000 €, le musée Fabre a bénéficié d'un petit chèque de la fondation Typhaine.
En grattant un peu, nous avons appris que l'administrateur était le PGD du groupe français de bâtiment Fareneït, Joël Claudepierre. Montant de la contribution? Ça, l'histoire ne le dit pas. En revanche, pas besoin d'être esthète pour deviner qu'à Montpellier, l'heure est aux économies de bout de ficelles.
Thierry Aznar (Aeko) et Cyril Meynadier (Opalia) ont été sollicités par le maire-président pour financer un tirage original de la sculpture La Spirale de Germaine Richier, inaugurant en 2025 la fin des travaux sur l'Esplanade Charles de Gaulle. En coulisse, nous avions déjà été informés que pour réunir les financements nécessaires, le musée Fabre avait organisé une importante campagne de mécénat auprès d'entreprises et de particuliers, ainsi qu'une souscription publique de juillet 2023 à juillet 2024.
Plus récemment, nous avons appris que dans le cadre de cette opération les sociétés Aeko et Opalia avaient souhaité exprimer leur soutien cette initiative par un don en numéraire à hauteur de 37 500€ chacune.
Mécènes et Kit services?
Il n'est pas rare aussi que de grosses entreprises interviennent hors cadre de toutes opérations de mécénats. À l'instar d'Urbaser. Avec Nicollin, Urbaser est l'attributaire des marchés dédiés à la collecte des déchets et du nettoyage de la métropole de Montpellier. Dernièrement, sans que l'on ne sache pourquoi, Urbaser a financé l'acquisition de quatre machines: une broyeuse, une extrudeuse, un injecteur et une machine à presse pour équiper le PlasticLab au sein de l'espace Gisèle Halimi dans le quartier de la Mosson, en vue de collecter et recycler des déchets plastiques et de fabriquer de nouveaux objets.
Quant à l'entreprise de travaux publics, Razel Bec, dernièrement elle a fait un don quelque peu surprenant à la métropole dans le cadre de travaux de sanitarisation du bidonville Zénith 1. L'un d'un montant de 952366 € nets de taxe, de la société Razel-Bec Languedoc-Roussillon, l'autre de 50 000 € nets de taxe, de la société Bec Construction Languedoc-Roussillon - afin de réaliser des travaux nécessaires à la mise en place de blocs sanitaires sur le bidonville.
Le mécénat, à Montpellier, ça sent décidément mauvais.
Audrey Prieur
L'Agglorieuse