23/09/2026
APRĂS LA CAN, WISSEM BOUZID RĂVE DE JOUER LE MONDIAL 2027
FormĂ©e au PSG, cette footb***euse professionnelle montreuilloise vient de sâengager au Lille Olympique Sporting Club (LOSC), en 2e division. Avec la sĂ©lection nationale dâAlgĂ©rie, elle a terminĂ© Ă la troisiĂšme place de la Coupe dâAfrique des nations (CAN) et devrait disputer la Coupe du monde en 2027. Pour Le Montreuillois, elle revient avec sincĂ©ritĂ© sur son parcours, sur la rĂ©alitĂ© Ă©conomique du football au fĂ©minin et sur sa nouvelle vie.
Les jambes sont lourdes, certains muscles encore douloureux, mais la satisfaction est totale. La veille de ce portrait, Wissem Bouzid et ses coĂ©quipiĂšres du LOSC ont battu lâAJ Auxerre (3-2), lors de la premiĂšre journĂ©e de Seconde Ligue (2e division nationale). Une entrĂ©e en matiĂšre idĂ©ale pour cette Montreuilloise qui Ă©volue Ă tous les postes du milieu de terrain et qui avait posĂ© ses valises dans le Nord quinze jours seulement avant le coup dâenvoi du championnat. « Je manque de rythme, et les automatismes avec mes partenaires sont perfectibles en raison dâune prĂ©paration tronquĂ©e », se justifie la joueuse de 23 ans. Car cet Ă©tĂ©, quand dâautres Ă©taient en vacances, les doigts de pied en Ă©ventail, Wissem Ă©tait au Maroc pour y disputer sa deuxiĂšme Coupe dâAfrique des nations dâaffilĂ©e avec lâAlgĂ©rie.
« En 2024, on avait rĂ©ussi Ă sortir de la phase de groupe pour atteindre les quarts, un exploit inĂ©dit. Cette annĂ©e, on termine Ă la troisiĂšme place : le football fĂ©minin algĂ©rien vit ses plus belles heures », note-t-elle. Et dâajouter, au passage : « Les haters, qui, sur les rĂ©seaux, passaient leur temps Ă nous dĂ©nigrer et disaient que notre place Ă©tait Ă la maison et non sur un terrain de foot sont beaucoup plus discrets. DĂ©sormais, on a droit Ă plein de messages dâencouragement. » Un bonheur nâarrivant jamais seul, leur excellent parcours Ă la CAN a permis aux « Vertes » de valider, pour la premiĂšre fois de leur histoire, leur billet pour la Coupe du monde 2027 au BrĂ©sil.
DU PFC AU PSG LâannĂ©e 2026 a tout du conte de fĂ©es, mais la jeune femme nâa pas toujours eu la partie facile. Sâil nâavait tenu quâĂ elle, elle aurait commencĂ© Ă jouer au foot juste aprĂšs avoir appris Ă marcher, comme MbappĂ©. « Ma mĂšre a longtemps Ă©tĂ© rĂ©ticente, car elle considĂ©rait que câĂ©tait un sport de garçons, raconte celle qui a grandi dans un appartement de la rue Alexis-LepĂšre. Pour elle, jâai commencĂ© par pratiquer le tennis, oĂč jâutilisais plus mes pieds que ma raquette pour frapper dans la b***e. La situation sâest dĂ©bloquĂ©e le jour de mes 8 ans, quand une tante mâa demandĂ© ce que je voulais comme cadeau. Je lui ai rĂ©pondu : âUne licence dans un club de foot.â » Wissem fait ses premiers dribbles Ă lâOFC Couronnes (Paris 20e) et rejoint au bout dâun an le Paris FC, le grand club de lâEst parisien.
« Durant toute cette pĂ©riode, qui a durĂ© cinq ans, jâĂ©tais la seule fille. Et câĂ©tait pareil quand jâallais au city stade. Au dĂ©but, ma prĂ©sence dĂ©rangeait, mais comme jâai prouvĂ© sur le terrain que jâĂ©tais aussi forte quâeux, les garçons mâont fichu la paix », affirme-t-elle. Au collĂšge Marais-de-Villiers, elle rĂ©gale b***e au pied dans la cour de rĂ©crĂ©. Ses exploits techniques tapent dans lâĆil dâun surveillant qui a des contacts au PSG. Wissem part faire un essai. Puis un deuxiĂšme, tout aussi concluant, qui la conduit jusquâau centre de formation. OĂč elle sâillustre rapidement.
Ă MIAMI CONTRE MANCHESTER CITY Ă 15 ans, elle est convoquĂ©e par le staff de lâĂ©quipe pro pour la tournĂ©e dâĂ©tĂ© aux Ătats-Unis. « JâĂ©tais sur le point de partir en vacances dans un camping Ă FrĂ©jus avec ma famille, et je me retrouve quelques jours plus t**d Ă disputer un match amical contre Manchester City Ă Miami avec des joueuses incroyables. CâĂ©tait surrĂ©aliste », se souvient-elle. Ă son retour au centre, Wissem dĂ©couvre un nouvel entraĂźneur et une concurrence renforcĂ©e. Elle joue moins mais sâaccroche. « Jâaurais pu aller voir ailleurs, mais quitter un club comme le PSG, oĂč on est choyĂ© et oĂč tout sâobtient par un simple claquement de doigts, câest trĂšs compliquĂ© », souligne-t-elle. Un premier confinement, puis un deuxiĂšme auront raison dâelle.
EN 2021, RETOUR Ă MONTREUIL Elle quitte le club de la capitale en 2021 et retourne Ă Montreuil. Sans le sou en poche, ni perspectives. Le doyen des clubs de football français Le Havre (D2) manifeste son intĂ©rĂȘt, mais Wissem voit plus grand. Et pourquoi pas Guingamp (qui Ă©volue alors en D1) ? « Le projet sâannonçait allĂ©chant, mais le club ne voulait pas me payer⊠» Alors ce sera OrlĂ©ans (D2), deux ans, puis Le Mans (D2), deux ans Ă©galement, et Thonon-Ăvian (D2), oĂč elle a rĂ©alisĂ© lâan passĂ© une saison de haut vol avec dix buts en vingt matchs⊠Ce qui lui a valu dâĂȘtre Ă©lue meilleure joueuse du mois dâoctobre de Seconde Ligue. « Je ne sais pas de quoi la suite sera faite. Dans le football professionnel fĂ©minin, les contrats, Ă moins dâĂȘtre une star, excĂšdent rarement un an. Aujourdâhui, je suis Ă Lille, demain, je ne sais pas. Mais je suis Ă©panouie et jâai trĂšs faim : cette saison, je vise la barre des 15 buts et passes dĂ©cisives. » Wissem, ou la force tranquille.
đȘ¶ GrĂ©goire Remund đž Juliette De Sierra, D. R.