25/03/2022
Aujourd’hui, notre coco n’est pas un tueur. N’allez pas en déduire que c’est un rigolo pour autant, on est très loin du voleur de bonbons. Car notre homme, qui officia de 1987 à 2002 (l’année de début étant celle des faits connus, elle ne reflète pas forcément la réalité…), terrorisa la côte Atlantique, d’Arcachon à Hossegor, en passant par La Teste.
Beaux quartiers, douceur océane, plages immenses, surfeurs… C’est l’été, il fait chaud, on laisse les fenêtres ouvertes la nuit pour se rafraichir. Comment imaginer qu’un type vous saute dessus à 3 heures du matin ? Sa première victime, une jeune mère de famille, sera incapable de donner un signalement de son agresseur : dans l’obscurité totale, elle n’a pas vu son visage.
Un autre viol sera commis en 1988, dans le même secteur géographique que la première victime puis en 1991. L’enquête piétine d’autant plus qu’à l’époque, aucun lien entre les trois affaires n’est établi.
Il faut attendre 1994 et que le compteur chiffre à huit pour établir que les viols sont commis par le même homme, lequel opère toujours à l’identique : il rentre de nuit chez sa victime, qu’il sait seule, sans bruit. Puis il coupe le compteur électrique, la réveille, lui faisant croire qu’il vient seulement pour cambrioler. Pour être certain de sa moindre résistance, le violeur attache les mains de sa victime dans le dos. En dehors de ça, la police n’a pas le moindre suspect à se mettre sous le coude. Aucune femme n’est en mesure de donner une description de l’agresseur, lequel se déplace avec une dextérité stupéfiante dans l’obscurité, sans jamais rien faire tomber, n’hésitant pas à gravir des façades pour pénétrer chez ses victimes, parfois jusqu’au deuxième étage.
La science ayant fait quelques progrès depuis les années 80, les enquêteurs collectent le maximum d’ADN et s’intéressent de près aux délinquants sexuels de la région. Mais voilà, rien. Enfin, pas tout à fait. Un gendarme de Dax fait le lien avec plusieurs autres affaires survenues à Hossegor. Le mode opératoire est identique. L’ADN matche à 100 % : le violeur d’Arcachon et de la Teste est le même que celui d’Hossegor. Nous sommes maintenant en 1999.
En 2001, alors que celui qu’on appelle « Le Chat » continue allégrement de violer, une cellule dédiée, baptisée « Viol 40 » est mise en place. C’est par un heureux hasard pourtant que Le Chat finira par être identifié, à la suite d’un banal cambriolage. Banal seulement en apparence : car rien n’a été volé dans cette résidence secondaire de Seignosse, à l’exception du portait de la sœur du propriétaire. Or, elle a été agressée sexuellement en 1982 par un homme qui lui a attaché les mains dans le dos mais qu’elle est parvenue à convaincre de la laisser partir. Le gaillard a été condamné en 1983, trop tôt pour être intégré dans le système informatique qui n’existait pas encore.
Cerise sur le gâteau, les policiers disposent également du signalement d’un homme à l’attitude étrange qui semblait travailler sur le réseau électrique. Le témoin, intrigué, a eu la présence d’esprit de relever la plaque d’immatriculation.
Et on vous le donne dans le mille, Emile : l’homme aux mains baladeuses condamné en 83 et le conducteur de la camionnette ne font qu’un.
A quoi ressemble donc ce tordu ?
Si vous pensiez à un mix entre Francis Heaulme et Emile Louis, vous avez tout faux. Car notre engin, Roland Cazaux, est un bon mari et père de famille attentionné, apprécié de son voisinage et de ses collègues de travail. Sans compter qu’il présente plutôt bien, loin du demeuré avec des lunettes cul de bouteille. Chef de chantier, ses déplacements correspondent aux lieux des viols.
Le palmarès de Cazaux fait froid dans le dos : seize viols et vingt tentatives. Son trip ? La traque de ses victimes plus que le viol, qu’il a le bon goût de ne pas faire trainer en longueur, à la papa, en somme.
Jugé en novembre 2005, il prend 14 ans de prison, assorti d’une peine de sûreté de 10 ans.
On hésite à vous dire que depuis 2012, le Chat vit à nouveau au grand air.