21/06/2022
Coup de ❤️ BD : "Les Naufragés de la Méduse" chez Casterman BD
Partant de l'œuvre majeure du peintre Théodore Géricault, “le radeau de la Méduse”, les auteurs de cette BD nous font vivre, en parallèle, deux histoires dramatiques.
Fortement documentés et aux termes de plusieurs années de recherches, ils nous transportent en juin 1816 à bord de la Méduse, puis sur le radeau sur lequel s’entassent plus de 150 soldats et marins. Le commandement de la frégate, partie pour installer une colonie au Sénégal, a été confié à un noble incompétent, qui n’a pas navigué depuis 25 ans, et dont les erreurs vont conduire le navire à s’échouer, le 2 juillet 1815, sur un banc de sable pourtant bien répertorié sur les cartes marines.
Un radeau est construit, initialement destiné à recevoir tout le matériel lourd pour permettre au navire de se remettre à flot. C’est un échec et, devant l’imminence du naufrage, l’évacuation du navire est ordonnée : les civils, les officiers, les nobles embarquent à bord des canots de sauvetage, la troupe et les marins s’entassent sur le radeau qui doit être remorqué par les canots.
Les amarres sont rapidement coupées, le radeau étant trop lourd et ses occupants sont abandonnés à leur sort, entassés les pieds dans l’eau sur un radeau sans vivres, au milieu de l’océan.
Des scènes de violence, de désespoir, et même de cannibalisme vont parsemer les deux semaines de dérive du radeau, avant qu’il ne soit retrouvé et que la petite quinzaine de survivants à moitié morts ne soient récupérés par le navire sauveteur. Sur la base du témoignage des survivants, un procès sera intenté au commandant du navire, reconnu seul responsable du drame, mais il s’en sortira avec une peine légère...
Dans le même temps, nous participons à la naissance du “radeau de la méduse” en accompagnant Théodore Géricault dans sa création. Épris de justice et d’idéal républicain, Géricault a été profondément marqué par le drame qui est encore dans toutes les conversations, deux années après sa conclusion. Il décide alors d’en faire le sujet de son œuvre majeure, pour rendre justice aux naufragés. Il mène une véritable enquête et rencontre deux des survivants dont les témoignages vont lui permettre de reconstituer peu à peu l’effroyable agonie des malheureux naufragés de la Méduse. Avec les auteurs, nous pénétrons dans l’univers intime du peintre : nous rencontrons ses amis, sa famille, participons à ses recherches et à sa quête de la vérité. Derrière le peintre célèbre, nous découvrons l’homme avec ses amours, ses faiblesses, ses questionnements et assistons à la naissance d’un chef-d'œuvre qui conduira son auteur jusqu’à la folie.
Bordas et Deveney ont su mettre en avant le contexte politique très complexe de l’époque avec les conflits et les rivalités entre Bonapartistes, Monarchistes, Républicains sur fond d’inégalités entre les races et les couches sociales.
Les deux histoires s’entrecroisent et se mêlent parfaitement. L’emploi de couleurs chaudes pour les scènes du radeau et de couleurs froides pour le Paris de 1818 participe à la lisibilité de ces textes croisés et le graphisme, comme le tableau de Géricault, rend hommage à la souffrance et au désespoir des naufragés.
Une magnifique bande dessinée qui se lit comme un roman historico-policier et qui permet une réflexion sur la noirceur de la nature humaine, sur l’égoïsme et la violence des hommes face à une situation extrême. Une véritable “descente en enfer” qui trouve malheureusement écho avec les tragédies qui se jouent chaque jour en Méditerranée...
👉 "Les Naufragés de la Méduse" par Bordas & Deveney
176 pages couleurs
Cartonnée
26 €