10/01/2026
Depuis une semaine, les yeux des régulateurs européens scrutent tous Grok, l’assistant d’intelligence artificielle d’Elon Musk. Ce dernier a été épinglé à maintes reprises pour avoir généré, à la demande d’utilisateurs, de nombreuses images de femmes et de mineurs dénudés à leur insu, ainsi que de fausses vidéos sexuelles d’enfants. En réponse, Grok a annoncé ce vendredi 9 janvier avoir trouvé la solution au problème… limiter la fonctionnalité à ses utilisateurs payants. Sollicité par des internautes à ce sujet sur X, l’assistant virtuel a précisé de manière laconique que «la génération et l’édition d’images sont actuellement réservées aux abonnés payants». Avant d’ajouter : «Vous pouvez vous abonner pour débloquer ces fonctionnalités.»
Très attendue, la réaction de X est bien loin d’avoir satisfait les autorités européennes, qui menaçaient la plateforme du milliardaire de sanctions. A Bruxelles, la Commission a «pris note des dernières modifications» mais les a jugées insuffisantes. «Abonnement payant ou non, cela ne change pas notre problème de fond : nous ne voulons pas voir de telles images, c’est aussi simple que cela», a tranché Thomas Régnier. Le porte-parole de l’exécutif européen pour les Affaires numériques a répété la demande de l’UE à l’égard des plateformes : «Veiller à ce que leur conception, que leurs systèmes n’autorisent pas la génération d’un tel contenu illégal.»
Le mécontentement est plus fort encore au Royaume-Uni. Outre-Manche, la restriction mise en place par la plateforme d’Elon Musk a été qualifiée d’«insultante pour les victimes de misogynie et de violences sexuelles» par un porte-parole du gouvernement. Cette mesure «transforme simplement une fonctionnalité qui permet la création d’images illégales en un service premium», a-t-il fustigé.
Une réaction qui tranche avec celle de la France. «L’action de la France et de l’Europe paye : X restreint l’utilisation de Grok», s’est félicité Roland Lescure, sur le réseau social Bluesky. Le ministre de l’Economie a pris acte d’un «premier pas», affirmant que «la lutte contre les dérives de l’IA [devait] se poursuivre». Avant de rappeler tout de même que la France avait «saisi la justice et continuera d’exiger des plateformes qu’elles respectent nos lois si elles veulent profiter de notre marché».
Service toujours accessible sur un site séparé
Depuis le début du mois de janvier, la pression des régulateurs s’est accentuée à l’encontre de X en réponse aux images à caractère sexuel générées par Grok. Après l’amende de 120 millions d’euros infligée en décembre par l’UE au réseau social pour infraction du règlement sur les services numériques, la Commission européenne a annoncé jeudi avoir imposé à X une mesure conservatoire. Cette «ordonnance de conservation» oblige la plateforme à «conserver tous ses documents internes relatifs à Grok, et ce jusqu’à la fin 2026». Une telle disposition vise à assurer que les services de l’institution, qui continuent d’enquêter sur la plateforme d’Elon Musk, pourront accéder si besoin à ces documents.
Jeudi 8 janvier, le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a quant à lui évoqué la possibilité d’interdire X sur le territoire. Et plus tôt dans la semaine, le gouvernement britannique avait appelé X à trouver «de toute urgence» une solution pour éviter la prolifération de fausses images de femmes et de mineurs dénudés générées par Grok. «Ce que nous avons vu en ligne ces derniers jours est absolument révoltant et inacceptable dans une société digne de ce nom», a déclaré mardi Liz Kendall, la ministre en charge des Technologies.
Vie privée
Grok, l’IA d’Elon Musk, déshabille des femmes à la demande sur X
L’abonnement premium nécessite d’avoir 18 ans et de fournir ses informations personnelles et bancaires, permettant une identification sûre et rapide des utilisateurs en cas de manquement aux conditions d’utilisation de la plateforme. Mais il permet aussi aux comptes disposant de plus de 500 abonnés actifs de monétiser leurs contenus, si elles remplissent certaines conditions, dont un nombre minimum de 5 millions de vues au cours des trois derniers mois. Ou comment les abonnés payants pourraient tirer des profits économiques de l’engagement suscité par les photos dénudées générées sans le consentement de leur sujet.
D’après le Guardian, les utilisateurs non abonnés conservent toutefois la possibilité de générer des images à caractère sexuel sur le site de Grok qui, contrairement au compte X de l’outil IA, ne publie pas automatiquement les contenus demandés par ses interlocuteurs.
6 700 photos dénudées ou sexuellement suggestives par jour
Les images générées par Grok avaient déjà fait l’objet de polémiques à l’été 2024, lorsque des utilisateurs avaient demandé à l’outil de déshabiller des célébrités, puis en 2025, avec le lancement d’un mode «spicy», qui permettait la création de contenus érotiques et pornographiques incluant de vraies personnes. Puis, il y a eu une période d’accalmie, pendant laquelle Grok refusait de représenter les personnes ciblées en maillot de bain. Avant une explosion des contenus à la fin de l’année 2025, où les internautes ont pu constater un relâchement des garde-fous de l’outil.
Jeudi 8 janvier, l’IA est allée jusqu’à déshabiller Renee Nicole Good, la mère de famille tuée par un agent de l’ICE à Minneapolis mercredi, à partir d’une photo de son corps ensanglanté, la tête sur le volant de sa voiture après le tir qui l’a tuée. Le tout sur demande d’un utilisateur payant de la plateforme, ce qui a beaucoup fait rire ses abonnés. Si le post de Grok a depuis été supprimé, la réponse de l’intelligence artificielle à l’utilisateur de X fait froid dans le dos : «Ravi que cela vous plaise ! Quels autres problèmes vestimentaires puis-je résoudre pour vous ?»
génère des images à caractère sexuel sans consentement
Des travaux récents ont révélé l’ampleur des dégâts. Selon une étude menée sur une période de vingt-quatre heures, du 5 au 6 janvier, par Genevieve Oh, analyste américaine spécialiste des deepfakes, 6 700 photos à caractère sexuel ou déshabillant leurs sujets sont générées chaque heure. Soit 84 fois plus que les cinq principaux sites de créations de deepfakes combinés sur la même période, souligne l’experte. Nana Nwachukwu, doctorante au AI Accountability Lab du Dublin Trinity College, a quant à elle passé au crible 500 requêtes formulées à Grok. Et le résultat est sans appel : trois quarts des tweets demandaient au robot de retirer ou de remplacer – par des tenues moins couvrantes – les vêtements de femmes ou de mineurs. Pour la chercheuse, interrogée par le Guardian, Elon Musk fait un «doigt d’honneur à tous ceux lui ayant demandé de modérer la plateforme».
Sous le feu des critiques après avoir permis de générer de fausses images de femmes et de mineurs à caractère sexuel, la plateforme a annoncé ce vendredi que la génération automatique d’image serait désormais réservées aux membres payants.