23/10/2025
LA MISE À BAS DU MÉRITE
Comme nous le réaffirmons avec François Begaudeau dans l’entretien à paraître très prochainement : si le Libre-Arbitre n’existe pas alors la notion de « Mérite » comme valeur intrinsèque dont l’individu pourrait plus ou moins disposer devient proprement absurde et c’est alors le concept de Méritocratie autant que toute l’organisation sociale des rapports de domination telle que nous la connaissons dans les sociétés capitalistes qui s’effondrent.
Je vous conseille donc l écoute de cette émission France Culture présentée par Nathan Devers avec la sociologue Annabelle Allouch-Baker qui a écrit « Mérite » chez l’excellente maisons d’édition Anamosa, la philosophe Raïssa Maillard et l économiste Olivier Babeau, et je me permets en commentaire d’en pointer selon moi les limites et manquements, peut-être pour mieux stimuler l’envie d’une prochaine émission sur les conséquences politiques de l’inexistence du Libre-Arbitre?
1. Dans tous les contenus que je vois passer sur la déconstruction du « Mérite », et quel plaisir de les voir de plus en plus nombreux, je trouve qu’il manque un rappel sur la distinction sémantique à faire entre les expressions « avoir du mérite » comme en soi, ontologiquement, expression qui n’a plus le moindre sens lorsque l’on sait que rien ni personne n’est libre d’être et agir tel qu’il est et le fait, de l’expression « mériter quelque chose » au sens par exemple où un travail utile socialement et a fortiori s’il est pénible « mérite » une reconnaissance sociale et pécuniaire qui soit à la hauteur de la reconnaissance que les autres humains lui portent.
2. Olivier Babeau nous explique que la « Méritocratie est le pire des systèmes à l’exception de tous les autres ». Voici pourtant l’alternative vers laquelle nous allons à mesure que l’humanité découvre à quel point elle n’est qu’une agitation de matière tout aussi déterminée que toutes les autres agitations de matière qui font ce monde : envisager enfin une réelle égalité ontologique de valeur entre tous les individus humains et que leur reconnaissance sociale et par exemple pécuniaire se base non plus sur un « Mérite » car une « Liberté » à avoir « réussi » à « réussir » qui n’existe absolument pas, mais sur l’utilité que l’individu a pour le système qu’il constitue pour partie, « utilité » qui par exemple pour le groupe social « humain » peut se mesurer à la propension de l’action individuelle à maintenir une bonne « homéostasie » ou bonne « santé » du groupe social humain qu’il constitue pour partie. Nous remplacerions alors le cadre représentationnel et juridique « libéral » aujourd’hui hégémonique et qui organise les rapports de domination en fonction d’un « Mérite individuel »supposé, cadre érigé par la classe bourgeoise après qu’elle ait réussi à renversé le pouvoir aristocratique et son cadre « théiste » qui organisait les rapports de domination en fonction du rang social à la naissance, par un cadre représentationnel « déterministe » déconstruisant autant que possible les rapports de domination puisque radicalement conscient du fait que nous ne sommes toutes et tous et quoique nous soyons que des agitations de matière déterminées autant que fondamentalement interdépendantes.
3. Dans l’extrait repris dans cette vidéo Raïssa Maillard explique que le débat sur l’existence ou non du Libre-Arbitre relève de la « métaphysique » et de la « philosophie » et n’a « pas lieu d’être dans une question politique ». Mais elle est philosophe donc depuis quelle situation s’adresse-t-elle à nous à cet instant ? Et pour ensuite nous dire qu’il faut partir des conséquences politiques, sauf que l’on a dit plus tôt dans l’émission à quel point les cadres juridiques et donc sociaux et sociétaux dépendent des représentations donc des croyances de l’époque et que c’est bien ce qui marque la différence entre la royauté et la République par exemple… donc quelqu’un a-t-il compris le raisonnement? Surtout que, si lon se place du côté d’un strict conséquentialisme mais alors et mais précisément c’est bien de remonter aux racines de la croyance meritocratique, de démonter les croyances qui sous tendent son existence en tant que croyance partagée qui permettent d’autant plus efficacement de mettre de côté le débat moral et de ne plus que tenir rigueur de ce que lon sait scientifiquement. C’est bien cette appréhension matérialiste et historique du réel qui permet de n’être plus « de gauche » parce que ce serait mieux en soi mais tout simplement parce que c’est une conséquence évidente de ce que nous savons aujourd’hui de la réalité matérielle qui existe en dehors de nos représentations.
4. Sur la question de la Responsabilité individuelle je le redis ici et le développe dans l’épisode 7 du podcast : Libre-Arbitre et Responsabilité doivent être déliés car si le LA n’existe pas, chaque individu reste pourtant bien évidemment « responsable » de ce que l’organisme qu’il est a commis, quand bien même savoir qu’il n’est pas libre d’avoir pu agir différemment que tel qu’il l’a fait annule immédiatement le concept moral de « Faute ».
5. Enfin demande par quel mythe celui du « Mérite » pourrait être remplacé et la réponse dérive sur le principe de « Justice sociale » qui n’a pourtant rien d alternatif au Mérite puisque c’est tjs au nom du fait que c’est bien « cela qui est juste » que les bourgeois libre-arbitristes disent qu’il faut se baser sur le Mérite individuel ou que les aristocrates théistes disaient qu’il fallait se baser sur le rang de naissance. Non il faut aller plus loin, le principe fondateur qui remplace l’idée de « Mérite » individuel est celui de la propension qu’a l’unité individuelle à participer au maintien de l’Harmonie ou de la « bonne santé » du système au sein duquel cette partie constitutive du système évolue, tout système évoluant toujours au sein d’un système plus vaste que lui et ce depuis la particule élémentaire constituée en atome jusqu’aux galaxies et matière noire constitutives de l’Univers. Celui qui oserait proposer l’ « Harmonisme » en alternative à la « Méritocratie » prendrait franchement des risques tant ça sonne newageo-culcul mais comme le dirait JLM : « faites mieux ».
6. Nous sommes toutes et tous des agitations de matière déterminées, le Libre-Arbitre n’existe pas, et c’est sans doute la meilleure chose qui pouvait nous arriver.