18/06/2024
Ce week-end nous sommes retournés dans le Nord et il y avait de la pluie et des briques. Nous avions réservé un emplacement dans un camping pour y installer notre tente, parce que c’est le mois de juin et qu’on se disait qu’il ferait beau, qu’on se réveillerait avec le soleil, les fleurs et les oiseaux qui chantent, mais pendant trois jours, la tente a été balayée par le vent et la pluie.
Nous avons traversé de petites villes et de petits villages sans commerce. Sans boulangerie, sans épicerie. Rien d’autre qu’un ou deux cafés où aller boire des coups pour tuer le temps. Des cafés avec dedans rien que des hommes et leurs bières. Sans square, sans bancs, sans aires de jeux pour les enfants. Sans rien. Rien d’autre que des maisons au milieu de jardins bien tondus, avec du grillage tout autour et des voitures garées devant. Souvent des voitures grosses et neuves. Bien propres. Brillantes sous le grand ciel gris. Des villes et des villages avec rien d’autre à faire que de rester chez soi devant la télé et de prendre la voiture pour aller faire ses courses à la zone commerciale la plus proche. Des villes et des villages avec des systèmes de caméra surveillance dans toutes les rues, alors qu’elles sont toute la journée désertes. Des villes et des villages où le RN a fait plus de cinquante pourcents, et c’était étrange de savoir que les personnes que l’on croisait et qui étaient gentilles avec moi ne le seraient pas si je m’appelais Mehdi plutôt qu’Axel.
Entre ces villes et ces villages, il y avait des champs. D’immenses champs de blé et de maïs qui s’étendent à perte de vue, que l’on voit partout où l’on pose le regard, jusqu’à disparaître à l’horizon, où ils sont remplacés par d’autres champs encore. Rien que de la terre toute sèche qui n’absorbe plus l’eau quand il pleut. Alors elle s’écoule et inonde les villes et les villages des alentours, sous le regard impassible des caméras de surveillance, et elle passe à travers les grillages, et elle passe dans les jardins bien tondus et sous les portes pour entrer dans les maisons et tout emporter sur leur passage.