25/05/2026
L'avocat a posé le document sur la table, MC Solaar a respiré un grand coup avant de signer, et vingt-quatre ans de combat judiciaire se sont refermés d'un trait de stylo. En mars 2021, Claude M'Barali sort officiellement vainqueur de l'une des procédures les plus longues de l'histoire de la musique française. Le rappeur récupère la pleine propriété de ses trois premiers albums : Qui sème le vent récolte le tempo (1991), Prose Combat (1994) et Paradisiaque (1997), tous trois mythiques, tous trois bloqués depuis presque un quart de siècle.
Le début de la fin remonte à la fin des années 1990. Sentinel Nord, l'entité de MC Solaar, s'oppose alors à Polydor (devenu Universal) sur la question des royalties et de la propriété des bandes maîtresses. Faute d'accord, ses trois albums fondateurs disparaissent peu à peu de la vente. Plus de réédition, plus de tirage CD officiel, et pendant des années, l'impossibilité totale de les retrouver sur les plateformes naissantes du streaming. Toute une génération grandit sans pouvoir écouter légalement Caroline ou Bouge de là.
Pour Solaar, la bataille devient personnelle. Le rappeur ne lâche jamais. Il refuse les offres qu'il juge insultantes et préfère perdre des revenus que céder ce qu'il considère comme son héritage artistique. Pendant ces vingt-quatre années, MC Solaar continue de tourner, sortir d'autres albums chez d'autres labels, faire de la télévision, mais avec une épine permanente plantée dans le pied : ses trois disques cultes restent inaccessibles au public sur les supports officiels.
La résolution arrive enfin en 2021. Les détails financiers de l'accord restent confidentiels, mais l'objectif est atteint : MC Solaar redevient propriétaire à 100% de ses trois premiers albums, qui peuvent enfin être réédités, remastérisés et déposés sur toutes les plateformes de streaming. Le 26 mars 2021, les trois disques réapparaissent simultanément sur Spotify, Deezer et Apple Music, déclenchant une vague d'émotion énorme chez les fans de rap français qui n'avaient jamais imaginé revoir ce jour.
Derrière la victoire, un message politique pour toute l'industrie. MC Solaar vient de démontrer qu'un artiste peut, en s'obstinant des décennies, finir par reprendre ses œuvres aux majors. Sa victoire est désormais citée comme un cas d'école par les juristes spécialisés en industrie musicale. Et par les artistes plus jeunes, qui voient en Claude M'Barali le rappeur français qui aura tenu tête le plus longtemps à son ancien label avant d'arracher la victoire totale.