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Qu'est-ce que la littérature ? Bon nombre de littérateurs se sont penchés sur cette question cruciale, épineuse, clivant...
15/09/2026

Qu'est-ce que la littérature ?

Bon nombre de littérateurs se sont penchés sur cette question cruciale, épineuse, clivante, mouvante et dont l’immensité empêche toute réponse unanime.
Nul d’entre eux ne saurait être impartial et objectif, tant chacun y répondra à l’aune des enjeux de son époque, de sa sensibilité artistique, au travers d’un rapport particulier à la langue et au style, ou selon son engagement politique et social.
La littérature est en effet bien trop souvent analysée comme production artistique de l’écrivain et très peu autour d’une réflexion au sujet de celui qui la reçoit.
Or la littérature n’est pas seulement ce qui est écrit mais ce qui advient de ce qui est écrit lors de sa réception.

Jusqu’à l’irruption d’Antigone reine de Lo**ta Pille, essai paru aux Éditions du Cherche Midi en janvier 2026.
« Lire est bon, il mène à une égalité, une fraternité ou une sororité avec les génies », déclare l’autrice dans son essai dédié justement à la littérature mais décrète magistralement en s’appuyant sur Virginia Woolf et Pier Paolo Pasolini qu’en consommant l’art en général et la littérature en particulier, nous devenons « des sujets clairvoyants ».

Bien qu’elle soit elle-même autrice et qu’elle évoque très précisément tout au long de l’ouvrage son rapport au processus créatif, qu’elle décrive avec une verve savoureuse ce statut qu’elle partage à présent avec les plus grands, c’est dans ce qu’elle énonce du statut de lecteur qu’elle met le plus d’ardeur, de dévotion et de poésie.
À la consommation frénétique, fiévreuse, épileptique et servile d’images, de contenus et de logorrhée numériques, elle oppose la beauté, l’amour.

Elle crée pour nous un espace où celui qui écrit rencontre celui qui lit et répond à la question posée plus haut en préférant l’organique au thématique.

le cherche midi éditeur

Le lien de la recension en bio

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La Croix percée n’est pas un roman, mais un récit qui tient davantage du carnet d’explorateur, excepté le fait que le bu...
12/09/2026

La Croix percée n’est pas un roman, mais un récit qui tient davantage du carnet d’explorateur, excepté le fait que le but de Siméon Lerouge n’est pas la contrée lointaine ou exotique, mais un village de la Sarthe dont vous saurez tout ou presque au bout du périple.
Dès l’incipit, l’auteur avoue son goût pour ce qui est « bizarre » et « qui reste dans l’ombre ». Les lieux apparemment sans intérêt et les paysages ordinaires suscitent chez lui une boulimie de savoir, tout en étant sources d’imagination et d’inspiration ; n’importe quel détail le nourrit, car il possède la faculté de bâtir un roman à partir d’un simple nom et d’une date gravés sur une plaque.
Voilà qui explique son intérêt pour la Croix percée, minuscule édifice de pierre adossé à un muret.

C’est à l’occasion d’un déménagement lié au travail de sa compagne que l’auteur se retrouve à Coulans-sur-Gée, près du Mans, un territoire déserté, tout juste pourvu d’une rue principale ; autour, ce ne sont que friches agricoles, fermes en ruine, chemins sans issue, bref un espace qui embrouille le G.P.S. et dont on a assez vite fait le tour. Mais c’est sans compter sur notre Magellan du lieu qui arpente les chemins et le bocage tel un chasseur de trésor, compilant données géographiques, historiques et folkloriques, jusqu’à dénicher son graal : la fameuse Croix percée, enrobée d’une légende avec diable, prêtre et trésor comme il se doit. Cette trouvaille, fruit de la rencontre entre la curiosité errante de ce passionné d’histoires et sa recherche bibliographique rigoureuse, enrichit un imaginaire déjà fertile ayant tendance à déteindre sur la réalité. Siméon Lerouge, grâce à son empathie et à son attention portée à la banalité, réussit à convoquer la préhistoire et les martyrs de la Seconde Guerre mondiale dans une remémoration qu’il rend sensible, présente et incarnée, tout en faisant se côtoyer les grands noms et les héros oubliés.


Aline Sirba
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La Croix percée n’est pas un roman, mais un récit qui tient davantage du carnet d’explorateur, excepté le fait que le but de Siméon Lerouge n’est pas la

Réparer le monde par la beauté ?Un caddie abandonné sous un chêne. Des livres. Un cahier. Et une femme que l’on ne conna...
08/09/2026

Réparer le monde par la beauté ?

Un caddie abandonné sous un chêne. Des livres. Un cahier. Et une femme que l’on ne connaît pas encore, dont les mots vont peu à peu faire surgir une histoire d’amour, une histoire d’amitié, des vies entières et bien davantage encore.

Avec L’Année perdue de la tortue verte, Victoria Sarazin signe un roman singulier, impossible à enfermer dans une seule catégorie. Roman policier, récit amoureux, enquête littéraire, correspondance, récit dans le récit. Les histoires s’emboîtent, les voix se répondent, les temporalités se déplacent, laissant au lecteur le soin de recomposer les fragments.

Au cœur du dispositif, Alphonsine, jeune policière maniaque des microbes, découvre ce mystérieux cahier et se met à le lire. Dans ses pages se raconte une « non-histoire » d’amour, une idylle qui n’a jamais véritablement été vécue et qui, pourtant, bouleverse profondément celle qui l’écrit. Une histoire nourrie d’attentes, de fantasmes, de solitude et de mots, où l’imaginaire finit par donner au réel une existence presque plus tangible que celle du quotidien.

La littérature se glisse dans les conversations, les lettres, les souvenirs, les réflexions des personnages. Tolstoï, Baudelaire, Barthes, Racine, Hemingway, Gary, Adorno… Les références littéraires et artistiques sont nombreuses, mais jamais gratuites.

Les histoires que l’on invente peuvent-elles devenir des histoires vécues ? Un amour doit-il être consommé pour être véritable ? Une « non-histoire » est-elle nécessairement une histoire ratée ? Et que reste-t-il d’une relation lorsque le réel n’a jamais vraiment eu lieu ?

L’Année perdue de la tortue verte est un roman profondément habité par l’art. Les tableaux, les livres, les dessins, les murs, la mer deviennent autant de lieux de refuge ou de résistance.

Réparer le monde par la beauté.



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La Piquette de RimbaudJ’ai toujours aimé septembre, ce mois vert où le jaune et le bleu de l’été se mêlent à l’instar de...
05/09/2026

La Piquette de Rimbaud

J’ai toujours aimé septembre, ce mois vert où le jaune et le bleu de l’été se mêlent à l’instar des couleurs primaires sur la palette d’un peintre. Septembre est l’authentique mois du renouveau, le printemps de l’année. La fébrilité de la rentrée, l’ébullition consécutive au retour des grandes vacances se communiquent à la saison et lui insufflent son caractère, comme si c’était l’astre du jour qui s’apprêtait à apprendre le subjonctif, les momies égyptiennes ou la racine carrée.

Septembre, c’était traditionnellement l’âge des vendanges – celui où l’Homme dérobe aux dieux le feu sacré de la vigne, celui où l’Homme se fait Prométhée. Prométhée ? Rimbaud, donc – le poète voleur de feu.
Je fus frappé jadis, à la lecture du poème Comédie de la soif, par les vers suivants :

Nos vins secs avaient du cœur !
Au soleil sans imposture
Que faut-il à l’homme ? boire.
« Nos vins secs avaient du cœur ! » Quel oxymore saisissant pour l’étudiant que j’étais alors, écartelé entre son allégeance à Apollon et sa vassalité à Dionysos ! Or, dans l’aridité de nos vies, n’est-ce pas l’ivresse qui, semant la graine de l’amitié, célèbre ce mariage contre nature de la sécheresse et du cœur ? Parce que l’ivresse peut transmuter un déboire en gloire, un échec en conquête ; une débâcle en spectacle.

Je me souviens que j’avais acheté le volume de la Pléiade de Rimbaud à un bouquiniste quai de la Tournelle, me réjouissant de la bonne affaire et me dépêchant d’aller dépenser ce que j’avais économisé grâce à ce livre d’occasion dans un rade de la rue Mouffet**d.
Délaissant pour une fois la bière, j’y picolai du vin avec mon condisciple de la Sorbonne, que je rameutai à grand renfort d’arguments perfides, prétextant qu’on travaillerait plus t**d :
« Réviser les cours, ça veut pas dire qu’on les comprend, se convainquit-il.
– L’histoire de l’art, ça se bosse au musée, renchéris-je. La philosophie, au café. »
Et nous devisâmes toute la nuit, comme seuls deux jeunes savent le faire.

Xavier Chapuis

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La Piquette de Rimbaud

Katsushika Ōi, f***e de peintureSon nom, changeant comme le ciel à chaque palier de sa vie, mais désormais Katsushika H...
03/09/2026

Katsushika Ōi, f***e de peinture

Son nom, changeant comme le ciel à chaque palier de sa vie, mais désormais Katsushika Hokusaï, a traversé les mers tel le vent. Cette vague d’un autre temps est venue baigner les rêves des artistes européens des XIXe et XXe siècles, se poser sur leurs lèvres, dans leurs couleurs, sur leurs toiles. Il a laissé derrière lui près de 30 000 morceaux de vie, instants de jardins, passages du temps, sur le papier.
L’ukiyo-e, « monde flottant », notion de l’impermanence, récupéré dans l’industrie de l’Art nouveau, fleurit les murs, les services de table, les tissus, les lampes.

Penché sur son ouvrage avec passion dans son simple atelier, Hokusaï a longtemps été considéré, par ceux qui ne savent pas voir, comme un simple artisan parmi d’autres, et baptisé avec mépris « l’amuseur de la canaille ».

Dans tout ce capharnaüm d’atelier, aux odeurs de sueur et d’encre de Chine amère, au sol recouvert de multiples feuilles froissées, de bols de bois à pigments, de tissus chamarrés, de pinceaux, d’assiettes de nourriture délaissée, une présence oubliée, mais tenace et productive s’affaire, penchée sur le sol, peignant comme on respire, le nez collé au motif. Elle a toujours été là, à grandir au cœur de ce lieu, où l’art n’est pas un métier, mais une manière de respirer, où le papier, l’encre, le trait forment le pain quotidien. Dès l’aube de sa vie, elle apprend patiemment au rythme de ce père consciencieux et ferme, ce fou de dessin, comme il se nommait lui-même, ainsi qu’auprès de Tsutsumi Torin III, peintre réputé de l’école Kano, chaque trait de pinceau, chaque couleur, chaque geste répété comme une prière. Les nuques inclinées, à la pâle carnation, le bout des doigts qui retient une manche, la lumière de la lampe passant sur les visages. Des soieries qui miroitent sous la flamme, les nuits calmes des jardins parfumés, presque silencieuses. Tout est paisible, rien ne bouge.

-e

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Pourquoi écrit-on ?Et plus particulièrement de la poésie ?On peut écrire pour raconter une histoire, activité aussi viei...
01/09/2026

Pourquoi écrit-on ?
Et plus particulièrement de la poésie ?

On peut écrire pour raconter une histoire, activité aussi vieille que l’Humain. Du coin du feu, le soir, en groupe, à cette activité solitaire, écriture et lecture. Tel est le parcours.

J’ai reçu, il y a quelques jours, un petit livre de poèmes, de Sandra Defoy, Mordant l’âme. Beau petit livre de poèmes, de textes poétiques.
Et je me suis posé, encore, cette question : pourquoi écrit-on ? Quel est le besoin, urgent, immédiat, vital, d’écrire ? D’où vient ce besoin ?

Je sais que Sandra Defoy a commencé par écrire avant de lire, de devenir une grande lectrice. Elle a ressenti, un jour (ou peut-être une nuit) ce besoin, cette nécessité d’écrire cela :

On me crache dessus�Je ne suis pas une fille comme il faut�Je ne suis pas prude�Je ne suis pas maternelle�De la haine dans leurs yeux�Contre mes valeurs�Contre ma vie�Contre moi
Ou cela :
Je suis une saloperie de clichés
une saloperie de cœur brisé
une saloperie de femme blessée.
J’ai toujours mal pu**in.

On pourrait aussi gloser pendant des heures sur ce qu’est la poésie.
Pour moi, c’est assez simple : elle est un monde donné par le langage. On pense, je pense, bien sûr, à cette célèbre phrase de Wittgenstein : « Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde » Phrase terrible quand on y pense, mais aussi phrase pleine d’espoir, de voir son monde devenir plus grand, plus beau, quand son langage augmente, s’ouvre, de déplie, se déploie.
La poésie, c’est ça, pour moi, agrandir mon monde par le langage, par la grammaire.
Il y a des limites, il n’y a pas de limite.

Ce monde est terrible. Ce monde est beau.
Le langage est terrible. Le langage est beau.
Le monde et le langage sont terribles. Le monde et le langage sont beaux.

Emmanuel Regniez


Sandra Defoy

Mordant l’âme

Voix de la mer et voix du vent, voix d’aujourd’hui et voix d’antan, du peuple kawésqar qui habitait autrefois la Patagon...
27/08/2026

Voix de la mer et voix du vent, voix d’aujourd’hui et voix d’antan, du peuple kawésqar qui habitait autrefois la Patagonie chilienne et dont certains descendants naviguent encore dans ses canaux maritimes.

Voix de la mer et voix des éléments, voix de naguère et voix de l’enfant, Eskera, enfant-esprit qui vit avec son grand-père, kéwe, dans une hutte sur le rivage.

Récit tour à tour poétique et onirique, magique et chamanique ; l’autrice emprunte mille canaux et détours, mille ruses et tours pour nous conter le passé, l’histoire de ce peuple dont les légendes hantent encore le littoral, soufflées par le vent, puissant et fort, les quarantièmes rugissants et les cinquantièmes hurlants, au large, dans l’océan Austral.

Roman-monde, l’histoire nous emporte au-delà de la grève et du temps, plus de dix mille ans en arrière, à la fin de la période glaciaire, à la rencontre de ceux qui vécurent sur ces rivages, aux confins de ces territoires, et puis, plus récemment, quand les colons prirent pied sur le continent, envahirent la plage et les terres, asservirent, assimilèrent et anéantirent, les voix, les vies, les volontés.
À travers ce récit qui mêle réalisme magique et Histoire, tout un peuple prend vie sous nos yeux, sa manière de vivre, ses coutumes, ses contes et légendes, et c’est un hommage que l’autrice lui rend par le biais des chants, des voix, des narrations, des voyages, à travers les paysages et le temps.

Parle, parle, Eskera, chante les histoires d’autrefois, conte-nous encore la vie du peuple qui fut le tien et pour y parvenir, prends la voix de cette autrice venue à ta rencontre, glisse-toi dans sa plume et dans ses pensées, irrigue ce récit et les canaux de Patagonie, pour qu’à nouveau résonne, au-delà de l’eau et du temps, la voix, les voix des peuples d’autrefois, peuples du bord du monde, parmi lesquels le tien…
La voix des Kawésqar.



ESKERA AU BORD DU MONDE

L'enfant ébloui est ce garçon touché par les lumières assassines. Ces lumières aveuglantes qui s’élevèrent en champignon...
20/08/2026

L'enfant ébloui est ce garçon touché par les lumières assassines. Ces lumières aveuglantes qui s’élevèrent en champignon gigantesque, au début des années 1960 dans les déserts algériens, creusant, dans le même temps, les tombes profondes de ceux qu’elles enveloppèrent. Lumières explosives ; sanglantes à rebours.

Xavier Le Clerc poursuit son travail de recherche en fouillant dans les archives des sales dossiers. Ceux réduits au silence, cachés, honteux, rendus répugnants par le temps et les langues. Il chemine parmi les mots pour mieux saisir, presque de manière charnelle, l’héritage colonial franco-algérien.
À travers cet enfant ébloui, l’auteur nous raconte la perte, la désolation, le pouvoir, le désir sulfureux de vengeance et l’espoir ; plongeant, de nouveau, le lecteur dans les troubles de la condition humaine. Xavier Le Clerc fait de l’Algérie moins un territoire littéraire qu’un lieu de mémoire et de confrontation : celui des relations qu’elle entretient avec la France, mais aussi de ce que la France continue d’entretenir avec elle.

Il s’approprie l’Histoire dans une écriture politique et intime. Une langue vivante et posée dont on perçoit toutes les variations et les respirations qui se manifestent par des chapitres courts, entrecroisés de lettres reçues ; des correspondances comme des liens que l’on retisse à travers les années. L’écriture s’inscrit dans l’esprit comme la lumière sur la rétine. Pénétrante, intrusive.

De cette langue fluide, découpée par moments, quasiment ciselée, on perçoit toute la chaleur, toute l’intensité, la rugosité du sable qui vole et le drame du sable qui se cristallise. On respire la poussière, on sent le soufre, on se cogne aux particules, a priori inoffensives pourtant mortelles. La matière même du paysage devient celle du désastre. On est transpercé par la radiation lumineuse, bercé par les mouvements lancinants des cris et des silences, lassé de ces mensonges qui rongent, désolé de n’être rien.

Le livre d’une grande vivacité, didactique, est concis comme un cri. Vibrant comme la terre.

Lien de la recension en bio

Éditions Gallimard David Valentin Claude

L’enfant ébloui est ce garçon touché par les lumières assassines. Ces lumières aveuglantes qui s’élevèrent en champignon gigantesque, au début des années 1960

La chronique d'août de Xavier Chapuis ! La Gondole de NoaillesAoût est le mois de la constance, la saison de la pesanteu...
18/08/2026

La chronique d'août de Xavier Chapuis !

La Gondole de Noailles

Août est le mois de la constance, la saison de la pesanteur, de la lassitude inlassable. L’ennui y est paisible, voire enviable. C’est le moment où l’on prend véritablement congé de sa vie avant d’y revenir pour un an. Août est une exception en somme, une espèce de pause, où la sieste sur le sable accompagne la sieste du sablier. J’ai pour ma part élu mon domicile temporaire à Venise, sirotant un bellini sur la terrasse d’un célèbre café de la place Saint-Marc, savourant la dolce vita au pied du palais des Doges. Venise, qui est en quelque sorte l’août des villes, les vacances de la géographie…

Raconter Venise… Un beau projet autant qu’un marronnier. Quel auteur n’a pas déjà écrit sur la Sérénissime ? Et pourtant, l’exercice demeure séduisant : Paul Morand n’écrivait-il pas dans Venises : « Je reste insensible au ridicule d’écrire sur Venise » ?

C’est néanmoins une autre plume que je convoquerai ici : Anna de Noailles. Dans son poème « Nuit vénitienne », extrait de son recueil Les Vivants et les Morts, l’autrice s’extasie en effet :
Les hauts palais dormants, aux marbres effrités,
Luisent sur le canal, somnolent, arrêté,
Qui semble une liquide et molle éternité…

Quelle langoureuse expression : un liquide et molle éternité » ! Immédiatement, l’image m’évoque le vin. Bien entendu, c’est sur la cité des Doges que s’épanche la poétesse ; cependant, comment ne pas dresser un parallèle avec ma boisson préférée ? J’ai toujours eu ce sentiment, en faisant circuler rouge ou blanc dans ma bouche, que s’y déposait une longueur infinie, une texture immuable, mais presque par flegme, comme si la sensation était trop paresseuse pour s’éclipser d’elle-même. Eh bien, cette persistance, je l’ai vécue pour la première fois à Venise.

Xavier Chapuis

La Gondole de Noailles

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