05/06/2026
« Chez Satrapi, ce n’était pas les complications de la vie d’un européen ou d’un américain qui étaient en jeu, mais bien les questions, sous-jacentes partout dans son travail, sur l’exil, le déplacement, la nomadisation et la façon dont une histoire violente habite un auteur, et devient une œuvre. Comprendre les déplacements, mais exprimer aussi les peurs et tout leur éventail, depuis celles éprouvées dans le pays d’origine jusqu’à celles ressenties en terre d’accueil. Les peurs mais aussi la façon de se révolter, à travers ce que l’on porte et la façon de parler. Le langage, chez les personnages de Satrapi, est la première arme face à la violence.
Récit parallèle à ”Persepolis”, “Broderies” était ainsi construit autour des conversations de salon de la société iranienne : de quoi parle-t-on quand on parle de ragots, de chiffons, d’organisation de la maison ? De politique, de condition des femmes, de la façon de s’emparer du monde aussi, semblait raconter Satrapi. Avec les années, son travail de fiction semble correspondre de plus en plus avec celui, analytique d’Edward Said, voire avec celui, poétique, de Mahmoud Darwich : entre eux trois, se dessine comme une cartographie de l’exil, du chemin à parcourir, de l’éloignement et du deuil permanent de ce qui n’est jamais retrouvé, mais toujours espéré. »
✍️ Une de Joseph Ghosn.
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