09/01/2026
Sierra Leone : 27 ans après Freetown, la société civile tire la sonnette d’alarme avant 2028
Le 6 janvier 1999, la guerre civile frappait pour la première fois le cœur de la Sierra Leone. Vingt-sept ans plus t**d, alors que le pays se prépare à la présidentielle de 2028, ONG et chercheurs alertent sur un climat politique qu’ils jugent préoccupant, estimant que la mémoire du conflit doit guider la vigilance.
Pour Idrissa Mamoud Tarawallie, enseignant et responsable de la Sierra Leone au sein de l’International IDEA, cette date reste un tournant dans l’histoire récente. L’offensive menée sur Freetown par le RUF et l’AFRC avait plongé la capitale dans le chaos, avec quartiers privés d’électricité, maisons incendiées et civils pris au piège. Jusqu’alors relativement épargnée, Freetown avait brutalement découvert ce que signifiait la guerre civile : frapper le centre du pouvoir politique et économique du pays.
Aujourd’hui, la commémoration ne se limite pas au souvenir. À deux ans du scrutin présidentiel, l’ONG B-FOUND dénonce une montée des tensions dans l’espace public et appelle les responsables politiques à privilégier les solutions concrètes aux discours incendiaires. Solomon Sundu, directeur exécutif de l’organisation, insiste : « L’économie va mal, le leone se déprécie, et nos diplômés peinent à trouver leur place. Ce sont ces enjeux que les politiques doivent aborder, pas les menaces ou les provocations. »
Les fragilités du système politique s’ajoutent aux défis sociaux. Selon Tarawallie, les séquelles de l’élection de 2023 et les débats sur les réformes électorales pèsent encore sur le climat national. À cela s’ajoutent des rivalités internes dans les deux principaux partis : au SLPP, la succession du président Julius Maada Bio reste ouverte, tandis qu’au APC la compétition pour un retour au pouvoir alimente les tensions. « Si ces dynamiques ne sont pas bien gérées, elles risquent d’accentuer la polarisation », prévient-il.
La jeunesse constitue, pour le chercheur, le facteur le plus préoccupant. Le chômage massif, le manque de perspectives et la diffusion de la drogue de synthèse kush créent un terreau propice à la manipulation politique. Pour lui, cette combinaison représente un « cocktail explosif » que le pays ne peut ignorer.
Pour ONG et chercheurs, tirer les leçons du 6 janvier 1999 est essentiel. La mémoire de ce jour, où la guerre a touché la capitale, doit servir de rappel que frustrations sociales, rivalités politiques et discours incendiaires peuvent rapidement déstabiliser le pays. B-FOUND plaide pour un débat public apaisé et constructif, tandis que Tarawallie insiste sur la nécessité d’éviter toute répétition des conditions qui, par le passé, ont conduit au conflit.
Vingt-sept ans après l’embrasement de Freetown, le message est limpide : la paix se prépare dès aujourd’hui, avant même que la campagne pour 2028 ne commence.