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26/08/2026
1- Professeur Franklin Nyamsi, comment analysez-vous la visite de travail effectuée à Alger par le Premier ministre mali...
26/08/2026

1- Professeur Franklin Nyamsi, comment analysez-vous la visite de travail effectuée à Alger par le Premier ministre malien, le Général de division Abdoulaye Maïga, dans une perspective de redéfinition des équilibres géopolitiques au Sahel et en Afrique du Nord ?

C’est une mission essentielle que le Président de la Transition et Chef de l’Etat du Mali, Son Excellence le Général d’Armée Assimi Goïta a assigné au Premier ministre le Général de division Abdoulaye Maïga : renouer un dialogue actif et constructif avec le grand voisin algérien, au niveau intergouvernemental, afin de relancer des politiques concrètes que ces dernières années de refroidissement diplomatique ont quelque peu retardées. Un rapprochement encore plus fort des deux sommets des exécutifs malien et algérien a d’ailleurs été annoncé. C’est aussi un déplacement des plaques tectoniques de la géopolitique sahélienne dans une perspective prenant en compte les intérêts mutuels algéro-maliens dans une logique de souveraineté réciproque reconnue, de coopération économique pragmatique et de retour aux exigences de bon voisinage que la complaisance algérienne envers les groupes terroristes et leurs parrains otaniens avait dégradées. Enfin, c’est un coup dur évident pour l’impérial-terrorisme, car les grands perdants de ce rapprochement, ce sont évidemment les terroristes du FLA-JNIM, leur grand parrain français et ses relais locaux dans le Maghreb et au sein de la CEDEAO. Je n’oublie pas non plus que les Etats médiateurs marquent également ainsi un bon point : la Russie, le Maroc, le Togo, le Congo tirent littéralement la couverture sous les pieds de la France macronienne et de l’OTAN. La visite du Premier ministre Abdoulaye Maïga en Algérie constitue un véritable coup de maître du régime panafricain du Président Assimi Goïta sur l’échiquier politique mondial. C’est aussi un retour de l’Algérie à la saine appréciation des réalités panafricaines contemporaines. Et une démonstration concrète des fruits de la patience et de la détermination maliennes.

2- Lors de ses entretiens avec le Président Abdelmadjid Tebboune, le Premier ministre a insisté sur la vision partagée des pères fondateurs de la lutte contre le néocolonialisme. En tant qu'analyste des dynamiques post-coloniales, quel rôle l'axe Bamako-Alger peut-il jouer pour affranchir durablement la région de toute forme d'hégémonie extérieure ?

L’axe-Bamako-Alger est vital pour une osmose entre le Sahel et le Sahara. C’est quand même 1300 kilomètres de frontière commune algéro-malienne, des interactions sociétales et un potentiel minier remarquables à exploiter en bonne intelligence pour la prospérité de nos peuples ! L’insistance sur la lutte commune contre le néocolonialisme vise très clairement la nuisance de la France et de son grand parapluie l’OTAN depuis notamment le saccage de la Libye en 2011. Le Président algérien a pleinement, et c’est fort heureux, recouvré la mémoire des liens historiques et idéologiques qui ont fondé l’amitié algéro-malienne dans une fraternité vitale de lutte contre le colonialisme français et l’impérialisme occidental en général des années 40 aux années 80. Les liens profonds du Front de Libération Nationale d’Algérie avec le régime fondateur du Président Modibo Kéita qui offrit le territoire malien comme base arrière de l’armée de libération nationale algérienne n’auraient jamais dû être édulcorés par l’hébergement des groupes terroristes hostiles au Mali et pilotés par la puissance néocoloniale française dans son obsession à s’accaparer les ressources subsahariennes pour sauver sa face dans ce siècle de déclin qu’elle a mal entamé. Les pères fondateurs des indépendances malienne et algérienne avaient jeté les bases d’un véritable co-développement algéro-malien, tant dans les domaines socioéconomiques que sécuritaire et géostratégique. Depuis les années 90, on a pu observer avec dommage que la nouvelle génération de dirigeants algériens voulait plutôt établir une relation d’hégémonie avec le Mali, en s’attribuant la capacité à faire ou défaire les dirigeants à Bamako. A travers une interprétation séditieuse de l’Accord d’Alger aujourd’hui caduc, les autorités algériennes semblaient avoir choisi de compter sur les séparatistes-terroristes pour pouvoir tirer bénéfice des richesses incommensurables du bassin malien de Taoudeni. C’est cette logique qui a échoué avec les défaites militaires tactiques et stratégiques du JNIM-FLA pro-français au Mali comme dans tout le Sahel central, la montée en puissance de l’AES et des nouvelles alliances russo-africaines dans la région. L’Algérie a dû reconsidérer et réévaluer ses intérêts au regard de cette évolution positive du rapport de forces en faveur de la pleine reconnaissance de la souveraineté intégrale du Mali.

3- Le Président Tebboune a rappelé un principe cardinal : « Nous ne pouvons pas déménager », soulignant l'inéluctabilité du voisinage géographique. Comment, selon vous, les États sahéliens souverains et l'Algérie peuvent-ils dépasser les soubresauts diplomatiques passés pour bâtir une confiance mutuelle exempte de toute ingérence ?

La géographie dicte souvent l’histoire, car c’est le rapport à la terre qui détermine la domination des sociétés. Celui qui contrôle les richesses des sols, des sous-sols, des eaux et des airs contrôle de facto les masses humaines qui sont faites elles-mêmes de feu, de terre, d’air et d’eau. Pas seulement d’âme et d’esprit. La maxime de l’impossible déménagement algéro-malien vient de cette évidence : qu’on monte ou qu’on descende, Maliens et Algériens sont condamnés à vivre ensemble sur cette même terre d’Afrique, berceau de l’humanité. On a alors le choix entre deux options : se nuire mutuellement et se pourrir la vie, d’une part, ou au contraire, s’entraider mutuellement et progresser ensemble, dans une humanité mutuellement partagée et reconnue. On a le choix entre le néocolonialisme et le panafricanisme, dans la bande saharo-sahélienne. Le modèle néocolonialiste et impérialiste a versé suffisamment de sang arabe et africain depuis des siècles et il serait temps que les dirigeants et peuples d’Afrique du nord le comprennent une fois pour de bon au lieu de vouloir en profiter à leur tour contre l’Afrique noire, comme l’ont fait les négriers et colons orientaux et occidentaux depuis le moyen-âge. Le modèle panafricaniste est meilleur puisqu’il se fonde sur les principes d’égalité et de fraternité des peuples du continent africain, dans une perspective de paix, de sécurité et de prospérité partagées. Il est temps pour l’Afrique du Nord de se débarrasser radicalement de ses préjugés tenaces qui l’entretiennent dans l’illusion d’une supériorité ontologique sur les pays d’Afrique subsaharienne. C’est une décolonisation complète des mentalités africaines qui va ouvrir le champ des meilleurs possibles en faveur de notre continent.

4- Cette visite intervient alors que le Mali s'inscrit pleinement dans la dynamique de la Confédération des États du Sahel (AES), aux côtés du Niger et du Burkina Faso. Dans quelle mesure un rapprochement stratégique entre l'Algérie et l'AES redessine-t-il l’architecture sécuritaire et diplomatique de toute la sous-région ?

Vous aurez bien noté que le nouveau rapprochement algéro-malien a été boosté par plusieurs facteurs concurrents : le rapprochement algéro-nigérien a forcément facilité le dialogue algéro-malien ; le partenariat russo-algérien et russo-malien a forcément servi de pont vers cette ère nouvelle ; les médiations togolaises ou congolaises n’y ont pas non plus été pour rien. Le rapprochement algéro-malien signifie clairement l’affaiblissement de l’influence française et l’effondrement inéluctable de la coalition JNIM-FLA qui bénéficiait des complicités algériennes et mauritaniennes sous la supervision du couple néocolonialiste franco-ukrainien. L’armée malienne, en bonne entente avec l’Algérie, va purger le nord du Mali de la présence des terroristes du JNIM-FLA, va éloigner de ses frontières nord ses opposants les plus acharnés, tels Mahmoud Dicko, Oumar Mariko, Fakaba Sissoko, Alghabass ag Intalla, Bilal Ag Chérif et consorts. Toute cette nébuleuse de chefs terroristes va sans doute finir ses jours dans des appartements miteux de banlieue parisienne, dans le meilleur des cas ou dans les prisons maliennes. L’Alliance des Etats du Sahel sort renforcée et légitimée par ce rapprochement, d’autant plus que l’Algérie – on l’a vu avec le don de matériels militaires importants au Niger – va résolument combattre les groupes terroristes anti-maliens pour faciliter la mise en œuvre des projets économiques juteux qu’elle envisage depuis des décennies au Mali. Une région du nord du Mali beaucoup plus sécurisée est une promesse de boom économique extraordinaire pour la région sahélo-saharienne : l’or, le pétrole, le gaz, l’eau potable, l’uranium, le coltan, le lithium du bassin du Taoudeni représentent, entre autres richesses potentielles considérables, une promesse formidable de co-développement algéro-malien. Au total, le Mali en sort plus fort, l’Algérie ne perd pas la face et la Russie, voire aussi la Turquie et l’Iran supplantent notamment la France comme grand allié sous-régional des Africains du nord comme du Sahel.

5- Au-delà des impératifs sécuritaires et de la lutte contre le terrorisme, le Chef du gouvernement malien a mis en avant l'histoire partagée, de l'Université de Tombouctou aux luttes de libération. Pensez-vous que ce substrat historique et culturel soit suffisant pour cimenter une alliance durable et mutuellement avantageuse entre le Maghreb et le Sahel ?

Le Premier ministre du Mali, le docteur Général de division Abdoulaye Maïga est un homme de grande culture. Il sait que rien de grand ne s’accomplit entre les communautés humaines sans la profondeur des choses de l’esprit qui unissent davantage que les biens matériels éphémères. La grande politique est toujours assise sur une grande spiritualité. La petite se contente des bassesses et des immédiatetés. C’est donc sans doute a dessein que le général Abdoulaye Maïga a invoqué l’esprit de la communauté algéro-malienne, depuis les brassages des populations et cultures sahélo-sahariennes jusqu’aux hauts-lieux de cette vie partagée que furent les sciences universitaires célèbres du grand empire malien et la forge commune de la lutte contre l’oppression coloniale. Ces choses sacrées ne devraient être trahies par aucun Algérien ni par aucun Malien. On devrait même en titrer une cérémonie panafricaine, solennelle et rituelle du serment algéro-malien que les deux peuples célèbreraient tous les ans. Le substrat culturel commun ne peut servir de ciment à la coopération multiforme algéro-malienne que si la même élévation des consciences s’empare des masses populaires et des élites de part et d’autre de la frontière d’origine coloniale entre ces deux pays. Ce processus d’activation de la communion des esprits sahélo-sahariens passe par la rééducation panafricaniste des masses, la conscientisation géostratégique et géopolitiques des élites contre l’impérial-terrorisme, mais aussi un effort d’ascèse personnelle du leadership algéro-malien qui incarnera alors les entités supérieures et surnaturelles qui bonifient les nations éclairées. Dieu se manifeste parmi ceux qui le servent en esprit et en vérité. Il faudra conjuguer ici les vertus de patience, de dialogue, de pertinence, de perspicacité, de courage et d’amour de la vérité-justice, cette Maât dont les plus anciennes civilisations négro-africaines faisaient le pilier central de l’harmonie terrestre et de l’harmonie céleste.

26/08/2026

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