21/05/2026
Hommage
Gilles Vidal 1955 – 2026
Il y a 40 ans, en 1986, j’entrai par hasard chez un libraire d’occasion de l’avenue Ledru-Rollin à Paris pour faire provision de romans policiers. Le libraire, un certain Gilles Vidal, me tint le crachoir pendant une bonne heure et tant mieux, parce que je n’avais rien d’autre à faire que de humer l’odeur enivrante/poussiéreuse des livres écornés à pas cher qui convenaient à ma bourse. L’accent toulousain du boutiquier fut la cerise sur le gâteau et j’appris ce jour-là, entre moult digressions, qu’il était aussi écrivain et qu’il avait le projet de devenir éditeur. Nous nous sommes revus, puis re-revus, de plus en plus. De fil en aiguille, de bière en bière, de whisky en whisky, en compagnie de quelques amis il fonda les éditions de L’Incertain. Avec Aline Angoustures, je fus l’un de ses premiers auteurs publiés, tout comme Pascal Dessaint (dont on connait le parcours).
Au début, tout se manigançait à la main dans sa cuisine avec des ciseaux et du scotch (sans jeu de mot). Puis l’enfant a grandi. Il a pris des couleurs. La magnifique aventure de L’Incertain dura dix ans sous le signe de la jeunesse turbulente et de l’audace dans les choix de publication. L’un des exploits de Gilles fut de sortir des inédits d’écrivains américains de grand renom (Carver, Harrison, Brautigan et d’autres).
Bref. Le temps a passé, L’Incertain s’est assoupi et nous avons tous vieilli. Il y a deux ans, Gilles et moi avons eu l’idée, en sirotant un spritz, de remettre ça. L’Incertain, le retour. Pourquoi pas ? Aline nous a rejoint et hop ! Si tôt dit, si tôt fait. Le temps de déposer les statuts, de constituer une équipe (avec Juliette et Corinne), d’aller à la pêche aux auteurs, de réapprendre le métier à une époque où l’édition n’est plus autant une aventure émoustillante et de nous accrocher à l’idée que c’était quand-même possible (Gilles l’avait dit : « quoiqu’il arrive, je serai toujours éditeur »). Résultat, le catalogue de L’Incertain 2 compte déjà vingt auteurs(es) après un an et demi de renaissance. Et soudain ! sans crier gare, Gilles nous quitte comme s’il nous faisait faux bond. Mais c’est un leurre. En s’esquivant, ce petit malin s’est arrangé pour s’incruster dans nos têtes comme dans nos actes. Indépendance, liberté, respect des auteurs(es) : comme une devise, certains parleront de mantra.
Gilles, tous les livres que nous publierons désormais te seront dédiés.
Salut mec. On t’aime.
Daniel Pasquereau