20/01/2023
🔴 VOUS AVEZ DIT MASSIF ?
Massif est un mot que nous autres militants utilisons parfois à tort et à travers. Mais force est de reconnaître qu’il a pris hier tout son sens. Le ministère de l’intérieur, si peu enclin aux exagérations numériques, annonçait 1,12 millions de manifestants dans l'hexagone, quand la CGT revendiquait plus de 2 millions de personnes. Si l’on s’en tient aux seuls chiffres de la police, il s’agit ni plus ni moins de la deuxième plus grosse manifestation en France depuis 1995.
Et pour quiconque a fréquenté les mouvements sociaux de ces dernières années, il ne fallait pas plus de quelques minutes pour comprendre que cette journée se distinguerait par son caractère en effet massif. La place de la Bastille, située à mi-parcours, se remplissait déjà que certains manifestants ne pouvaient même pas encore à accéder à celle de la république, tellement les rues étaient densément peuplées. Un itinéraire bis a même dû être improvisé en cours de route pour canaliser l’afflux de manifestants.
Devant le carré syndical, un imposant cortège de tête - comme dans à peu près toutes les manifestations importantes depuis 2016. Notons que celui-ci paraissait particulièrement bigarré et transgénérationnel. Notons aussi, pour être honnêtes, que sa disponibilité à l’émeute était inversement proportionnelle à son niveau d’organisation tactique, les quelques affrontements avec la police à hauteur du métro Chemin Vert tournant court, non sans plusieurs arrestations au passage.
Mais l’essentiel était sans doute ailleurs, en cette première journée de mobilisation contre la seconde réforme des retraites de l’ère Macron. Car les chiffres record de la mobilisation ont fait écho à ceux de la grève, tout aussi impressionnants. En voici quelques-uns : les raffineries Total ont connu des taux allant de 70 à 100% ; il y a eu dans l’enseignement plus d’un million de grévistes selon la FSU ; plus de la moitié des employés de la SNCF dont 80% des conducteurs…
Les faits sont connus. Cette réforme est massivement impopulaire dans le pays. Plus de 9 actifs sur 10 la rejettent, pour ne citer qu’un sondage parmi d’autres. L’unité syndicale s’est reconstituée pour la première fois depuis plus de dix ans. Le gouvernement affiche sa détermination avec d’autant plus d’emphase que sa marge réelle est excessivement mince, y compris à l’assemblée nationale, où il compte sur l’appui des députés de droite pour faire passer son texte.
Alors, comment transformer ces conditions favorables (sur le papier) en victoire politique ? Comment briser enfin le cycle de défaites dont le mouvement social ne cesse de panser les plaies depuis si longtemps, à tel point que la notion même de victoire semble être devenue abstraite ?
Les marées humaines, même répétées, ne garantissent pas à elles seules la victoire (le mouvement de 2010, entre autres, est là pour nous le rappeler). Les grèves dures, y compris menées par des secteurs stratégiques, y compris prolongées, peuvent être vaincues, nous le savons aussi (les camarades cheminots en ont fait plusieurs fois l’amère expérience).
Mais si, pour une fois, déstructuration économique du système et déstabilisation politique du régime vont de pair, si les mobilisations de masse se conjuguent à un mouvement de grève tendant vers sa généralisation, si les blocages font écho aux actions symboliques (comme les coupures de courant ciblées habilement évoquées par certains syndicalistes) alors nous aurons, qui sait, la possibilité de faire ravaler leur arrogance à Macron et ses ministres.
Ce 19 janvier est un excellent début. L’appel du 21 soutenu par la France insoumise est un signe prometteur, de même que les différents plans de bataille proposés par certaines branches de la CGT (celles de la chimie et de l’énergie notamment). C’est le moment d’y jeter toutes nos forces.
Photos : ACTA ZONE, AFP, Marc Endeweld, Maxime Sirvins