30/07/2026
Raoul Vaneigem nous a quittés hier. Aux côtés de Guy Debord, au sein de l’Internationale situationniste, il aura porté l’une des critiques les plus radicales de la société marchande et de l’aliénation moderne. Là où Debord dévoilait le règne du spectacle, Vaneigem en poursuivait la critique au cœur de la vie quotidienne. Il opposait aux puissances qui administrent l’existence la souveraineté du désir, l’intelligence sensible et la possibilité d’une vie qui ne soit pas réduite à la survie.
Il nous avait confié ces lignes pour ouvrir « La Falsification du monde » de Sergio Ghirardi :
« Mon ami Sergio n’ignore pas mes réticences à préfacer un livre qui à mon sens, se défend par sa seule qualité. C’est d’autant plus vrai pour un ouvrage qui appelle à détruire ce qui nous détruit et participe ainsi de préoccupations qu’embrasent partout dans le monde les insurrections de la vie quotidienne.
Cependant, la paupérisation propagée par la dictature du Profit va de pair avec une baisse tendancielle de l’intelligence.
Certes, la régression mentale affecte l’intelligence intellectuelle plus que l’intelligence sensible, l’intelligence du corps pulsionnel. L’atterrante imbécillité des dirigeants souligne le caractère paradoxal de notre époque où la puissance technologique règne partout et ne gouverne nulle part. Car les résonances de la conscience vitale sont la radicalité vouée à anéantir naturellement ce qui n’est qu’un mécanisme coupé du vivant.
Pourquoi la radicalité, fruit d’un désir authentique, irait-elle s’inquiéter du silence, de la censure, de la confusion qui sont l’œuvre d’un décervelage dont les décervelés font tourner la machine ? Nous ne serons jamais des machines. Vivre est une préoccupation de chaque moment. Elle enseigne à former des collectivités autogérées où harmoniser nos désirs nous initie à anéantir la prédation et toutes les formes de gouvernement qui nous voudraient asservir. » — Raoul Vaneigem
Il avait choisi la vie contre tout ce qui la falsifie. Cette exigence demeure.
Amanuensis Éditions adresse ses pensées à ses proches, à ses amis et à ses lecteurs.