29/07/2026
A propos des (derniers) films de Nicolas Winding Refn, et de Her Private Hell (le 23/09 au cinéma), abus de ciné, Guillaume Gas.
"Chez NWR, plus que jamais, le propos se veut toujours plus lucide à partir du moment où l’image tend vers l’acide. Quant à la beauté elle-même, sa véritable nature est rendue constamment explicite par le biais d’un certain rectangle théorique : à la fois spectacle pur, miroir névrotique, sujet de réflexion métatextuelle et principe chimique de mise en scène, la beauté y est toujours à lire comme une malédiction drivée par un style visuel dévorant qui prend le pouvoir pour mieux la (re)mettre en abyme et en perspective. Depuis sa sortie en 2016, "The Neon Demon" fait encore figure d’alpha et d’oméga sur la théorisation graphique de l’image au sens large, qu’elle soit fantasmée ou entretenue. D’autant que NWR y utilisait le néon comme un motif scénique des plus stimulants, moins prompt à enjoliver le décor visité qu’à exprimer une idée de l’intériorité du personnage filmé. Pour tout spectateur noyé dans un vaste trip où tout n’était alors qu’expression d’une menace sourde et amplifiée (par le biais du ralenti), altération de la conscience (sous l’effet du flash stroboscopique) et désorientation exponentielle (grâce au clash antagoniste des lumières et des couleurs), seule comptait alors une redéfinition du regard à mesure que l’esprit tendait à disjoncter… Sur les dix années qui auront suivi ce zénith créatif et narratif, l’orientation de NWR vers d’autres modes d’expression (clip, publicité, court-métrage, série télé…) aura consisté non pas à répéter la même radicalité, mais à la pulvériser en s’en allant vers d’autres horizons sensoriels. Et à ce titre, son (double) passage à la série télévisée n’aura en rien freiné ses ardeurs, bien au contraire.
Sortie il y a sept ans dans une relative confidentialité, la série "Too Old To Die Young" avait mis les points sur les « i » : au-delà de sa dimension de monstre sériel qui détruisait plus qu’il ne créait (c’est une qualité), la lente agression qui nous ciblait tout au long de sa narration de néo-noir hypnotique prenait surtout acte d’un réel effroyable, en état de chute libre permanente, de plus en plus dur à avaler, à digérer ou à dégorger. Comme pour enfoncer le clou sur ce que "The Neon Demon" avait suggéré, tous les signes d’une terre vierge métamorphosée en terrain vague dominé par des créatures cannibales, narcissiques et ivres de pouvoir étaient là, laissant ces dernières dévorer les ultimes miettes d’une innocence perdue et tuer le temps avant de s’entretuer. Un tel parangon de nihilisme existentiel avait ainsi valeur de bilan sur l’état de nos sociétés contemporaines et leur devenir chaotique, au point de ne laisser planer plus aucun doute : désormais, chez un NWR de plus en plus baudrillardien dans l’âme, il n’y aurait plus de réel. Juste une forme à la fois épurée et extatique de la désertion sociale avec laquelle il allait falloir se démerder. Juste de l’illusion revendiquée, du fantasme recraché, du fétichisme malaxé, de l’humain figé et privé de sa vibration organique, bref de la chimie plastique à l’état pur, comme un océan de noirceur et de perversité sous la surface duquel il allait falloir s’efforcer de retrouver (mieux : de redéfinir) ce qui se dégage des mots « pureté » et « humanité »."
Dans un Tokyo futuriste si enveloppé par la brume que celle-ci ne laisse pointer que le haut des gratte-ciels à sa surface, trois jeunes femmes se rejoignent dans une chambre d’hôtel dans l’attente du futur tournage d’un film de science-fiction. Après avoir assisté au meurtre et à la dé...