03/04/2023
De jolis mots sur Holy Emy au sujet de la projection de vendredi dernier.
HOLY EMY D’ARACELI LEMOS, ACTUELLEMENT AU CINÉMA ✨
Holy Emy
"L'aura du ciné-club de 47.2" est telle qu'elle rassemblait hier soir à l'Eden une assistance enviable autour d'un crypto-film grec parlé en philippin, même pas en philippin, en tagalog (variante linguistique, détail pesant assez peu dans sa compréhension directe) : Holy Emy, de Araceli Lemos, jeune réalisatrice hellène vivant à Los Angeles.
Elle en arrivait tout droit pour passer une semaine de promotion en France ; avant-hier au Saint-André-des-Arts à Paris, puis à Cosne en compagnie de son producteur Mathieu Bompoint.
C'est lui qui se félicitait de l'aura du ciné-club. De la cinéphilie grecque nous n'avons que la référence écrasante de Théo Angelopoulos qui a définitivement gravé sa terre natale dans le marbre de plans-séquences sublimés par une neige permanente et sous-tendus des accords célestes dus à Eleni Karaindrou.
Ici rien de commun.
Araceli Lemos colle à la peau, s'accroche d'entrée à l'épiderme de deux soeurs fusionnelles, Teresa et Emy, ressortissantes philippines vivant au Pirée, le grand port d'Athènes dont elle ne montre guère que le marché aux poissons et une vue finale qui fait penser aux rues de San Francisco.
Immergées dans une Grèce chrétienne corsetée de formalisme, les deux sœurs évoluent dans leur communauté asiatique que baigne un syncrétisme religieux fondu d'irrationnel et de symbolisme.
Contrairement à Teresa, Emy est non baptisée, ce qui ne l'empêche pas de verser des larmes de sang, à l'instar de San Gennaro dont le sang se liquéfie plusieurs fois par an, à Naples.
Dès lors, le film lorgne vers le genre fantastique. Là où dans "Sisters", Brian De Palma campait deux sœurs jumelles dont l'une se cachait derrière l'autre pour tuer, Araceli Lemos filme (d'une caméra quelquefois brouillonne), l'errance de ses héroïnes entre bien et mal. Emy détient un pouvoir de guérison ; mais ne va-t-elle pas le pervertir ?
La réalisatrice ne les lâche pas d'un pixel, elle ajuste sa mise en scène au plus près de son propos, en cela c'est réussi.
C'est du cinéma organique à la David Cronenberg, fascinant ou repoussant, c'est selon. "Le Monde" parle d'une beauté à induction lente. Bien trouvé.
Holy Emy,
de Araceli Lemos,
Avec Abigael Loma, Hasmine Kilip, Irene Inglesi