31/10/2025
Adapté du roman éponyme de Laurent Gaudé, Chien 51 nous plonge dans un Paris dystopique sous haute surveillance, divisé en trois zones : la zone 1 des élites, la zone 2 des classes moyennes encore intégrées au système, et la zone 3, immense périphérie reléguée, où règnent violence, trafics et insécurité.
Dans cette ville-panoptique où chacun peut être observé sans le savoir : checkpoints, contrôle algorithmique et drones armés, d’abord supervisés puis abandonnés à une IA autonome, instaurent une menace diffuse et permanente.
Cédric Jimenez explore la montée d’une intelligence artificielle décisionnelle, capable de classer, anticiper et sanctionner. L’esprit évoque Black Mirror, mais avec une ancre très française : fracture sociale, crispation sécuritaire, tension politique.
Le système se nomme ALMA, “âme” en espagnol, ironie mordante dans un monde qui semble avoir perdu la sienne. Difficile de ne pas entendre résonner la maxime de Rabelais : "science sans conscience n’est que ruine de l’âme".
Gilles Lellouche livre une performance intense et vulnérable en policier usé, tandis qu’Adèle Exarchopoulos impose une présence magnétique. Leur duo porte un thriller d’anticipation tendu, où chaque scène interroge l’équilibre fragile entre liberté et sécurité, humanité et algorithmie.
Avec Bac Nord et Novembre, Jimenez avait déjà montré son regard sur les zones de tension. Ici, il signe un film nerveux, troublant, qui regarde notre futur immédiat droit dans les yeux. Chien 51 n’est pas seulement une dystopie, c’est un avertissement. Jusqu’où accepterons-nous de déléguer nos peurs et nos choix à des systèmes intelligents ?