25/12/2025
LA FRACTURE AFRICAINE : COMMENT L'HISTOIRE A PROGRAMMÉ NOTRE DÉFIANCE MUTUELLE( pourquoi les africains se battent entre eux ? )
Je veux vous parler d'une douleur qui est en moi depuis longtemps. Une observation qui me brise le cœur chaque fois que je parcours les réseaux sociaux, chaque fois que j'écoute les conversations dans nos rues, dans nos familles. Je vois des Africains qui se déchirent entre eux. Des Ivoiriens qui insultent des Burkinabè. Des Béninois qui méprisent des Nigériens. Des jeunes de la même promotion qui se méfient les uns des autres parce que leurs parents leur ont dit : ''Fais attention à ton frère, il pourrait te jeter un mauvais sort.''
Cette méfiance, cette défiance, cette volonté parfois de détruire l'autre Africain avant même de lui donner sa chance, d'où vient-elle ? Beaucoup disent : ''C'est dans notre nature.'' Je dis non. Ce n'est pas dans notre nature. C'est dans notre histoire. Une histoire qu'on ne nous a pas racontée en entier. Une histoire qui a programmé en nous des réflexes de survie qui sont devenus des poisons.
Commençons par remonter le temps. Pendant la traite transatlantique, qui a duré environ 400 ans, et la traite arabo-musulmane, qui s'est étalée sur près de 1300 ans, un système pervers a été mis en place. Les Européens et les Arabes, pour faciliter leur commerce d'êtres humains, ont créé des complicités locales. Des rois, des chefs, des intermédiaires africains étaient récompensés pour capturer et vendre leurs frères. Les historiens estiment que pour chaque Africain arrivé vivant dans les Amériques, un autre était mort pendant la capture ou le transport. Les chiffres sont vertigineux : entre 12 et 15 millions d'Africains déportés par la traite transatlantique, et peut-être jusqu'à 17 millions par la traite orientale.
Dans ce système, la solidarité est devenue dangereuse. Se méfier de son voisin, de son frère, est devenu une question de survie. Celui qui coopérait avec le maître étranger obtenait des avantages : des armes, des biens, une protection relative. La loyauté a été détournée : elle n'allait plus à la communauté, mais à celui qui détenait le pouvoir de vie ou de mort. Une fracture profonde s'est creusée dans le psychisme collectif africain : l'idée que pour survivre, il faut parfois sacrifier son frère.
Certains me demandent : ''Mais cette absence de solidarité existait-elle avant le colonialisme ?'' Regardons l'histoire précoloniale. L'Empire du Mali sous Soundiata Keita au 13ème siècle était fondé sur la Charte du Manden, l'une des premières déclarations des droits de l'homme, qui proclamait : ''Nul ne mettra son prochain en esclavage.'' Le Royaume du Kongo, lors de l'arrivée des Portugais au 15ème siècle, a d'abord résisté farouchement à la traite. Le roi Affonso Ier du Kongo a écrit des lettres poignantes au roi du Portugal pour dénoncer ce commerce. Il y avait des résistances organisées, des royaumes qui se sont battus pour protéger leurs populations.
Mais le système colonial, puis la colonisation mentale, ont approfondi la blessure. Le principe ''diviser pour régner'' n'était pas une métaphore. C'était une méthode administrative. Les Français ont créé des ''chefferies'' artificielles, favorisant certaines ethnies au détriment d'autres. Les Belges au Congo ont institutionnalisé la carte d'identité ethnique. Les Britanniques ont utilisé le système indirect de gouvernement qui exacerbait les différences. Le colon n'avait pas besoin d'être partout : il suffisait que les colonisés se surveillent et se répriment entre eux.
Aujourd'hui, en 2025, cette colonisation mentale persiste. Nous avons obtenu l'indépendance juridique, mais nos cerveaux sont encore sous occupation. Le psychiatre martiniquais Frantz Fanon l'avait décrit dans ''Les Damnés de la Terre'' : le colonisé intériorise l'image que le colon lui renvoie de lui-même. Il se déteste, et par extension, il hait ceux qui lui ressemblent.
Sur les réseaux sociaux, cette haine de soi se transforme en haine de l'autre Africain. Quand un jeune Ivoirien insulte un jeune Burkinabè, il ne défend pas vraiment son pays. Il défend une fiction. Il confond l'homme politique et le pouvoir politique. Prenons un exemple concret. Si le président ivoirien Alassane Ouattara est critiqué pour certaines de ses politiques, notamment ses relations avec la France, cela ne signifie pas que la Côte d'Ivoire est attaquée. Le président est un homme passager. Ses politiques le sont aussi. L'État, lui, est une continuité. Demain, un autre président pourra changer complètement d'orientation.
Mais le jeune en colère ne fait pas cette distinction. Pour lui, critiquer son président, c'est attaquer son pays, son identité. C'est la même confusion quand des Burkinabès réagissent violemment aux critiques sur leur gouvernance. Ils pensent qu'on s'en prend à leur nation, alors qu'on discute de choix politiques temporaires.
Cette confusion est exploitée. Pendant que nous nous déchirons sur la question de savoir quel président est le meilleur, quel pays est le plus loyal, les vrais décideurs les puissances étrangères, les multinationales, les institutions financières internationales continuent d'extraire nos ressources, de dicter nos politiques économiques, de maintenir des termes de l'échange injustes. L'Afrique perd environ 100 milliards de dollars par an en flux financiers illicites, selon la CNUCED. Pendant ce temps, nous nous querellons sur Facebook.
Regardons le secteur économique. Un parent dit à son enfant : ''Ne t'associe pas avec un tel pour monter une entreprise.'' Cette méfiance paralyse notre développement. Pendant que les Asiatiques créent des réseaux de solidarité économique (les Chaebols en Corée, les Keiretsu au Japon), nous, Africains, nous méfions de notre propre frère. Le taux d'échec des entreprises familiales en Afrique est de 70% à la deuxième génération, en partie à cause des conflits de succession et du manque de confiance.
Pire encore : certains se réjouissent quand un malheur arrive à un pays voisin. Une crise au Niger ? ''Ils l'ont bien mérité.'' Des problèmes au Mali ? ''C'est de leur faute.'' Nous oublions que les frontières qui nous séparent ont été tracées à la conférence de Berlin en 1884-1885 par des Européens qui ne connaissaient rien à notre géographie humaine. Ces frontières ont coupé des familles, des ethnies, des cultures. Les Hausa se retrouvent au Niger et au Nigeria. Les Ewe au Ghana et au Togo. Les Maasai au Kenya et en Tanzanie. Pourtant, nous défendons ces frontières artificielles comme si elles étaient sacrées.
Au Maghreb, une autre fracture s'ajoute. Certains peuples se considèrent ''plus arabes qu'africains'', oubliant que l'arabisation fut aussi une colonisation culturelle. L'historien tunisien Ibn Khaldoun lui-même, au 14ème siècle, décrivait les Berbères comme les habitants originels de l'Afrique du Nord. Aujourd'hui, cette division nous affaiblit face aux défis communs.
Que faire ? D'abord, réapprendre notre histoire. Toute notre histoire, pas seulement la version édulcorée. Ensuite, distinguer clairement l'homme politique du pouvoir politique. Critiquer un président, ce n'est pas trahir son pays. C'est exercer un droit démocratique. Troisièmement, reconstruire des solidarités économiques concrètes. Les regroupements comme la ZLECAF (Zone de Libre-Échange Continentale Africaine) sont importants, mais ils doivent être accompagnés d'un changement mental.
Enfin, regardons les exemples qui fonctionnent. Pendant la pandémie de COVID-19, l'Afrique du Sud a partagé son expertise en séquençage génomique avec tout le continent. Le Rwanda, malgré son histoire tragique, a construit une identité nationale inclusive. Ces lueurs d'espoir montrent que nous pouvons faire autrement.
Les hommes politiques qui nous divisent aujourd'hui passeront. Ils vieilliront, partiront, mourront. Mais nous, les peuples, nous resterons. Nos enfants se marieront entre pays. Nos entreprises auront besoin de marchés régionaux. Nos défis : changement climatique, terrorismes, souveraineté alimentaire eux ignorent les frontières.
En 2025, nous n'avons plus le choix. Soit nous continuons à être les gardiens zélés de notre propre prison mentale, à nous haïr pour le plaisir de ceux qui nous dominent. Soit nous décidons que ça suffit. Que la solidarité n'est pas une faiblesse, mais notre seule force. Que l'Africain n'est pas l'ennemi de l'Africain. Que notre diversité n'est pas une malédiction, mais une richesse.
La prochaine fois que vous lirez un commentaire haineux contre un frère d'un autre pays, posez-vous cette question : ''Qui bénéficie vraiment de cette division ?'' La réponse vous éclairera. Nous avons été programmés pour nous méfier. Mais nous pouvons nous reprogrammer pour nous faire confiance. L'avenir du continent en dépend.
Je suis L'IMPACTEUR 🔥🔥💣
C'est comme le disait l'autre : mon peuple péri par manque de connaissance.