13/04/2026
TIR CADRÉ
FEGAFOOT : CARTON ROUGE SUR TOUT LE SYSTÈME
Ce qui devait être une simple formalité électorale s’est transformé en choc institutionnel. À quelques jours du scrutin du 18 avril, tout semblait conduire à une réélection sans suspense de Pierre Alain Mounguengui, président sortant de la Fédération Gabonaise de Football (FEGAFOOT). Candidat unique, terrain balisé, soutiens affichés : le scénario paraissait écrit. Jusqu’à ce que le ministre des Sports, Paul Ulrich Kessany, décide de tout stopper ce 13 avril. Suspension de l’élection, remise en cause de la légalité administrative, crédibilité fragilisée : le match a été annulé avant même le coup d’envoi.
En réalité, cette décision n’a fait que révéler un malaise déjà visible. L’absence d’opposition, les tensions persistantes et la défiance d’une partie de l’opinion entamaient la légitimité du processus. Le cas de l’AO CMS en est une parfaite illustration : son président, Bosco Alaba Fall, a réfuté tout soutien, évoquant même une possible mise en scène électorale. Avant lui, le président de l’Union Sportive d’Oyem, Serge Samy Biveghe, avait officiellement pris ses distances avec le « Collectif des Présidents de Clubs Professionnels ». Dans un communiqué rendu public le 10 avril 2026, le club oyémois affirmait n’avoir jamais été associé à cette entité et réaffirmait son attachement à un processus électoral transparent à la FEGAFOOT. Lorsque des acteurs majeurs prennent ainsi leurs distances et dénoncent publiquement le système, il ne s’agit plus d’un simple désaccord, mais d’un véritable signal d’alerte.
Face à cette situation, l’État avance un argument difficile à contester : aucune élection crédible ne peut se tenir dans un cadre juridique défaillant. Fédérations sans agrément, structures non reconnues, fonctionnement hors normes : le constat est sévère. Dans ces conditions, la suspension apparaît autant juridique que stratégique, afin d’éviter qu’un processus déjà fragilisé ne débouche sur une crise plus profonde.
Mais cette intervention soulève une question sensible : celle de l’ingérence. Dans le football, toute action de l’État est scrutée par les instances internationales. Le Gabon assume pourtant sa position : il ne s’agit pas de choisir les dirigeants, mais d’exiger le respect des règles. Une ligne claire, mais non sans risques.
Une phase décisive s’ouvre désormais. Si la réforme annoncée aboutit, elle pourrait permettre d’assainir le système, de restaurer la confiance et d’aboutir à des élections réellement crédibles. Dans le cas contraire, le pays s’expose à des tensions, voire à des sanctions, et à une crise durable de son football.
Au-delà du scrutin, c’est tout un modèle qui vacille : celui d’une élection sans concurrence réelle et des structures fonctionnant en marge des règles. La suspension du 18 avril marque une rupture. Elle ouvre une période d’incertitude, mais aussi une opportunité de refondation.
Une chose est désormais certaine : le prochain président de la FEGAFOOT ne pourra plus se contenter d’être élu. Il devra être incontestablement légitime.
✍🏽 BLI SPORTS 140426