15/05/2019
Disparition de 353 containers sous scellés au port d’Owendo
Les délires du Kevazingogate !
Une affaire qui ne manquerait pas d’inspirer Hollywood, voire, pourrait permettre à son réalisateur, de décrocher la Palme d’Or du meilleur film de l’année au Festival de Cannes. Un gros morceau à avaler, mais qui inspire certains à faire dans la délation. Pour brouiller les pistes, et tenter d’embobiner quelques esprits faibles. On cherche le bouc-émissaire idéal. Et solder des vieux comptes enfouis depuis des lustres. Comme si certains avaient avalé des doses de décoction faites à base d’écorce du Kevazingo.
C’est à l’image de ces vaudevillesques que l’on ne voit qu’au cinéma, que l’on assiste avec la tumultueuse affaire dit du « réseau Kevazingo », dont l’ampleur et retentissante récente, reste la disparition sur le quai d’Owendo, de 353 containers, chargés de ce bois précieux, interdit à l’exportation. A l’insu des usagers et des habitués du port, une telle cargaison qui faisait pourtant l’objet d’un regard accru de la part du parquet de la République, près le Tribunal de première instance de Libreville, qui l’avait mise sous scellés.
La disparition d’une telle cargaison -parce que les containers ne sont pas des boîtes d’allumettes ou des cartons de cure dents-, suscite tellement l’émoi et la réprobation, que c’est le branle-bas. Et quelques-uns qui voient en cette affaire, le moyen le plus sûr, pour avoir le scalp des autres, s’y sont engouffrés avec toute la diablerie possible. Comme l’Okoumé qui ne tombe pas en forêt, sans tout emporter sur son passage, le Kevazingogate emportera-t-il tous ceux qui ont trempé dans ce trafic ?
Pour rappel, c’est sur la base d’une vaste enquête diligentée par Interpol et la douane internationale, qui ont eu vent d’un trafic d’exploitation et d’exportation frauduleuse du Kevazingo vers l’Asie, en général, et au pays de l’Empire du Milieu (la Chine, ndlr), en particulier. Il faut rappeler que suite à un précédent scandale sur ladite essence forestière, l’Etat avait interdit sa coupe, malheureusement, le bizness faisant nourrir son homme, des compatriotes véreux de certaines administrations en la matière et leurs complices exploitants forestiers ont continué leur sale besogne. Jusqu’à la découverte, en mars dernier, suite à l’alerte d’Interpol et de la douane internationale, de plusieurs containers chargés du bois en question, et prêt à l’exportation. Sur ce, le parquet de la République avait pris la ferme résolution de mettre sous scellé toute la cargaison litigieuse, le temps d’une instruction et de situer les responsabilités de ce trafic. Les 353 containers étaient alors sous scellés sur place au quai d’Owendo. Du côté du ministère des Eaux et Forêts, le ministre de tutelle, Guy Bertrand Mapangou, face à ce qu’il avait qualifié d’entorse grave avait commencé par faire pleuvoir des sanctions sur certains de ses administrés supposés avoir participé à ce trafic.
Mais quel n’a pas été l’étonnement de l’opinion d’apprendre par la voix du procureur de la République, Olivier N’Zahou, que les objets scellés par son administration s’étaient volatilisés, comme par enchantement du port. De ses enquêtes préliminaires, selon le parquet, les faisceaux étaient orientés vers des fonctionnaires du ministère des Eaux et Forêts. Là, il faut au moins penser que ces présumés fonctionnaires véreux, avaient du cran. D’autant qu’ils venaient de réussir l’exploit de se payer la tête du procureur. Mieux, de toute la chaîne des transports et de la logistique des lieux. Venir agir sur un périmètre qui n’est pas le leur, et à l’insu des autorités portuaires, c’est quand même fort de café. Pour ne pas dire avoir un paratonnerre hyperpuissant.
Pendant que l’opinion cherche à savoir ce qui s’est réellement passé, curieusement, on a actionné des lobbys pour lancer l’estocade finale, afin de chercher et d’agonir de tous les noms de volatiles, les présumés boucs-émissaires dans cette disparition des 353 containers. Malins en diable, certains, ont carrément orienté leurs faisceaux vers l’administration en la matière, sur la base des dires du procureur après la découverte de cette disparition. Mieux encore, sur les réseaux sociaux, quelques petits exploitants, ont trouvé là le terreau pour faire dans la délation, en parlant d’autres choses, juste pour faire en sorte que les investigations remontent à un niveau supérieur, histoire de confondre les responsables. Les mêmes, qui avaient déjà sévi dès le déclenchement de l’affaire en mars dernier. C’est à y perdre son latin, que lesdits responsables jouent à un jeu dangereux.
La diligence des investigations menées une semaine après, par le parquet via ses limiers de la PJ, 200 containers sur les 353 volatilisés ont été « localisés » sur le quai, dont 71 sont entreposés sur le site de la Société de transport du Gabon (SOTRASGAB) et 129 sont sur la plate-forme de la Société Owendo Containers Terminal (SOCT). Selon le procureur, Olivier N’Zahou qui a fait l’annonce de ces trouvailles, le responsable présumé de cette mystérieuse disparition des containers est un exploitant bridé, François Wu, dont l’identité d’origine chinoise n’est autre que Wu Jufeng. Celui-là même qui est le représentant au Gabon de 3C Transit. Pendant que le supposé commanditaire est hors du Gabon, deux de ses présumés acolytes et compatriotes ont été interpellés par la PJ : Zhu Kongfu et Amy Zang. Dans le viseur du parquet, aussi des « fonctionnaires publics des Eaux et Forêts et des Douanes » qui « ont activement et passivement favorisé la disparition desdits containers ». Alors, pourquoi dans les déclarations préliminaires, après la constatation des faits, le parquet avait-il automatiquement voué aux gémonies le département des Eaux et Forêts d’être à la manœuvre de cette disparition ? «Il ressort des informations recueillies que les conteneurs ont été déplacés ont été déplacés sur ordres de certains agents du ministère des Eaux et Forêts. (…) », avait déclaré le procureur. Selon le site en ligne rfi.fr «...18 conteneurs seraient déjà arrivés en Chine ». Chose curieuse, sur le même site où l’on parle de disparition, on retrouve encore 200 containers sur 353 disparus. Comment cela est-ce possible ?
Mais, on l’aura compris, la recherche de la matérialisation de la vérité n’était pas dénuée d’arrière-pensée, dès lors qu’il fallait avoir le scalp du bouc-émissaire présumé, dans la haute administration des Eaux et Forêts.