17/07/2023
Le débat de Missélé eba'a : Les temps ont changé…
Jadis on les nommait Simon Oyono Aba'a, Pierre Louis Agondjo Okawe, Pierre Mamboundou Mamboundou, Paul Mba Abessolo, Serge Mba Bekalé, Luc Bengone Nsi. Voici l’opposition qui a affronté Omar Bongo Ondimba et décrié sa gestion du pays. Ces hommes n'avaient jamais géré l’administration et le pouvoir politique. On peut se permettre de dire que leur opposition était d’abord guidée par leurs convictions, le bon sens des choses, mais surtout par leur volonté de construire une République démocratique debout.
Aujourd’hui, elle est constituée de Jean Pierre Lemboumba Lepandou, Guy Nzouba Ndama, Paulette Missambo, Alexandre Barro Chambrier, Raymond Ndong Sima, Victoire Lasseny Duboze, Mike Jocktane, Jean Gaspard Ntoutoume, Ayi, Geoffroy Foumboula Libeka, Anges Kévin Nzigou. Ces personnalités ont, pour la plupart, géré l’administration mais surtout le pouvoir politique en place. Elles connaissent bien l’état d’esprit qui peut guider leurs anciens camarades lorsqu’ils décident d’engager illico presto une réforme ou de modifier presqu’en catimini une loi.
Et dire que l’histoire du monde est riche d’exemples sur les fautes politiques à éviter pour demeurer au pouvoir.
Pourquoi le grand maître avait finalement accepté la Conférence nationale alors qu’il avait publiquement dit qu’elle n’aura jamais lieu au Gabon ? Il avait bien compris que les temps changeaient et que le vent venu de l'Est pouvait le balayer s’il avait joué au chêne et non au roseau. Il s’est tellement adapté au temps qu’il est demeuré au sommet de l’État près de 20 ans après la Conférence nationale. C’est là tout son génie politique.
En France, on peut se poser la question de savoir, pourquoi Valéry Giscard d’Estaing avait été battu à l’élection présidentielle de 1981 par François Mitterrand ?
L’une des raisons les plus simples est que, non seulement le contexte sociopolitique national et international avait fortement changé mais surtout que le successeur de Georges Pompidou n’avait pas pris conscience qu’il n’avait plus en face de lui le François Mitterrand de 1974. Ce dernier avait beaucoup changé car il avait bien appris de ses erreurs.
Ensuite on peut ajouter, l’affaire des diamants, l’absence du président de la République lors de l’attentat rue Copernic qui visait la communauté juive, la mort suspecte d’un certain nombre de personnalités autour du chef de l’État, le divorce politique avec Jacques Chirac, autant de choses qui ont alourdi et terni la campagne de Valéry Giscard d’Estaing.
Si en 1974, selon Valéry Giscard d’Estaing, Mitterrand était l’homme du passé pour avoir été plusieurs fois ministre sous la quatrième République et commencé le combat de l’alternance à l’époque du général de Gaulle, il l’était désormais moins que lui qui avait été ministre sous deux présidents, de Gaulle et Pompidou, et président de la République, donc responsable de tout.
Les arguments de campagne ne pouvaient donc plus et ne devaient donc plus être les mêmes. Hélas, en 1981, il fut terrassé par François Mitterrand.
De ce qu’on observe côté Gabon, on a l’impression que le pouvoir en place s’est renouvelé mais sans sa mémoire. Ceux qui gèrent désormais le pouvoir ignorent le passé dont ils n’ont nullement tiré les leçons et n’ont pas du tout conscience qu’ils affrontent ceux qui hier partageaient leurs différents modes opératoires. Quoi de plus agréable pour l’opposition d’avoir, en permanence, une longueur d’avance ? Et ça, on le voit depuis le début de la campagne en cours. Le pouvoir est systématiquement dans la réaction des actes divers posés par l’opposition et la société civile.
En pays fang, un conte raconte l’histoire de ces jeunes qui voulaient prendre le pouvoir dans le village. Ils décidèrent, une nuit, que chacun devait tuer son père. Malheureusement, un d’eux n’exécuta pas cette basse besogne et alla cacher son père en forêt. Survinrent alors les premiers problèmes dans le village.
Malgré des heures de réflexion, ils peinaient à trouver des solutions efficaces. Celui qui avait caché son père allait, à chaque fois et discrètement, le consulter. Les solutions données faisaient toujours référence à des situations déjà vécues.
N'étant pas connu comme étant un érudit, les autres s’interrogèrent sur cette nouvelle lumière du village.
Un soir, alors, qu’il était question de trouver une solution à un nouveau problème qui dérangeait le village, les jeunes le suivirent en forêt et le virent entrain de consulter son père. Ils découvrirent qu’il ne l’avait pas tué comme tous les autres, que les solutions qu’il venait à chaque fois proposer étaient en réalité celles de son père. La supercherie prit fin, le vieux fut ramené au village et désigné comme chef.
C’est dire que chaque chose a son temps. Les « enfants là » qui sont au pouvoir ont mis les anciens de côté pensant être en capacité d'affronter les problèmes du pays. Hélas, la réalité montre qu’ils ont échoué et qu’ils se trouvent empêtrés dans de grandes difficultés. Une élection présidentielle ça se prépare. À ce jour, la campagne présidentielle d’Ali Bongo Ondimba, président sortant, n’a pas de visage. Ce n’est pas du tout normal.
Noureddine Bongo Valentin peut constater que ce n’est pas en demandant à Ian Ghislain Ngoulou de gifler Télesphore Obame Ngomo, en total désaccord avec ses méthodes de gouverner, que les problèmes du Gabon trouveront une solution. Bien heureusement que ce n’est resté qu’un simple projet car, ce ne sont pas tous les animaux de la forêt qu’on mange.
Et le général d’armée de gendarmerie, Ngomo Mve David de dire à Omar Bongo Ondimba, dont il était le chef d’état-major particulier, « Monsieur le Président, pourquoi vous pensez que celui qui n’est pas d’accord avec vous est forcément contre vous ? ».
Dans aucun pays au monde, le pouvoir ne peut être gagné ou occupé par des gens sans expérience qui, en plus ignorent l’histoire ou le passé. C’était là où résidait toute la force d’Omar Bongo Ondimba. Il connaissait les différents acteurs, leur histoire et leurs descendances. Ce qui ne semble pas le cas pour les nouveaux tenants du pouvoir.
En voulant combattre les nouveaux opposants au régime comme Omar Bongo Ondimba avait combattu les siens, le pouvoir en place fait une erreur monumentale. Jean Ping était certes un baron du régime, mais il traînait des tares politiques qui ne pouvaient nullement jouer en sa faveur pour la prise du fauteuil présidentiel.
(1) Il a le sang chinois dans un environnement où la France reste influente. (2) Il avait été battu lors de l’élection devant désigner le président de la Commission de l’Union africaine, donc désavoué par les chefs d’État. Enfin, (3) il avait osé défier l’Occident sur la question de Kadhafi. Du fait de ces raisons qui dépassent le simple cadre politique gabonais, Jean Ping ne pouvait pas présider. C’était bien entendu une aubaine pour le pouvoir d'Ali Bongo Ondimba.
Comme c’est une aubaine inouïe pour Jean Ping aujourd’hui de se venger du pouvoir en place. Comment avoir pensé un seul instant qu’en lui remettant son passeport et en le laissant sortir du territoire après tant d’années d’humiliation et de violence il pouvait être un allié qui aiderait le régime en place à se maintenir au pouvoir ? L’absence d’expérience coûtera toujours chère aux collégiens du bord de mer.
Pas une, pas deux, sa première visite officielle fut réservée à Jean Pierre Lemboumba Lepandou, opposant irréductible à Ali Bongo Ondimba, en exil depuis 7 ans, et dont la maison a été brûlée à Okondja. Pour rien au monde Jean Ping ne pouvait jouer le jeu du pouvoir. Il aurait d’ailleurs été plus judicieux, politiquement, de libérer Brice Laccruche Alihanga et ses amis qui sont restés populaires dans l’opinion publique.
La jurisprudence Brice Laccruche Alihanga est perçue comme une véritable menace par tout le système qui a gouverné ce pouvoir. En renouvelant le bail des actuels tenants du pouvoir, c’est leur survie qui se joue. Aucun baron ou dignitaire ne veut finir sa vie en prison car ces « petits là » sont bel et bien capables de les y jeter. Il y a un niveau de pouvoir où on ne prend aucun risque. La pilule étant trop amère après.
Voici que ni Paulette Missambo, la femme dzebi accomplie, l’épouse respectable des fang et la francophile compétente reconnue, ni Alexandre Barro Chambrier, le fils du FMI et des chefs d’État voisins, le pondéré courageux, ni Raymond Ndong Sima, le cadre compétent et ami des fonctionnaires gabonais, ne partent à la conquête du pouvoir suprême avec ces boulets que traînait Jean Ping. Comment peut-on vouloir les affronter sans faire une analyse sérieuse de leurs forces et de leurs faiblesses ? De leur profil respectif tout simplement ?
La grande difficulté aujourd’hui des anciens qui sont restés dans le pouvoir est que les jeunes à la manœuvre ont vu leur nudité et ne peuvent donc plus les respecter. Quand on pille les caisses de l’État, quelle leçon de morale on peut encore se permettre de faire à des jeunes voyous ? Quand on triche à tout va, quelle remarque peut-on encore faire à des jeunes délinquants ? On est disqualifié. D’où le spectacle désolant sous nos yeux. Sinon, qu’est ce qui justifie ces situations politiques extraordinaires ?
C’est la raison pour laquelle, ces jeunes se sont autorisés des dérapages et des fautes graves qui amènent aujourd’hui les anciens au pouvoir à devoir nettoyer publiquement leur m***e. On ne récolte que ce qu’on sème.
Le développement des réseaux sociaux et l'évolution de la technologie ont fait changer les mentalités et les réalités en politique. Tout sera désormais filmé et enregistré au grand dam de ceux qui agissaient très souvent en catimini. La cour pénale internationale (CPI) a besoin de preuves irréfutables. Elle les aura. La communauté internationale pourrait être mise en difficulté si elle fait régner le silence face à des éléments tangibles de fraudes électorales. Les temps ont réellement changé et le pouvoir en place semble négliger cette réalité.
Qui peut apprendre à des gens qui ont été ministres et hauts cadres du parti démocratique gabonais (PDG) comment on modifie une loi ? Qui peut enseigner à la société civile d’aujourd’hui comment on décortique un communiqué du Conseil des ministres ou comment on rédige un recours devant une juridiction ? C’est parce que ce qui est dénoncé est évident et relève des contradictions flagrantes que la loi penche du côté des adversaires du régime.
En prenant la décision d’organiser les élections générales, les jeunes au pouvoir qui ne connaissent rien d’une élection ne mesuraient pas le côté pratique de la chose. Si on a 15 candidats à l’élection présidentielle, 13 candidats pour l’élection législative et 9 listes pour les élections locales. Un électeur se retrouve avec combien de bulletins de vote ? Voici les élections générales voulues.
Pour pallier à cette incongruité, c’est la loi électorale qu’on tente de modifier alors que le processus déjà est engagé. Cette manière de faire ne sert pas la République. Il faut que ceux qui gouvernent aient une haute et autre idée de l’État. Sinon de Gaulle n’aurait jamais démissionné. François Hollande n'aurait jamais refusé de briguer un second mandat. La dignité d’un homme vaut plus que les grands avantages éphémères que peut offrir le pouvoir politique.
À ce jour, on continue de pointer le doigt aux descendants de Pétain. Qui aimerait qu’on pointe du doigt à ses descendants après son séjour sur la terre des vivants ? La jurisprudence France en Afrique est intéressante à ce niveau. Après les épisodes du Mali et la vague de rejet anti français, désormais elle n’interfère plus dans le processus électoral des pays ou n’impose plus des dirigeants aux africains, elle compose avec ceux choisi par les peuples.
Les temps ont changé et seuls ceux qui sauront s’adapter résisteront aux secousses de l’histoire. Que le pouvoir en place le comprenne. C’est à ce niveau, et maintenant, que la voix de Sylvia Bongo Ondimba est attendue si elle souhaite réellement accompagner Ali Bongo Ondimba sur les sentiers de la victoire. Où est le visage de campagne du candidat président, Madame ?
Par Télesphore Obame Ngomo
Président de l’Organisation patronale des médias (OPAM)