14/08/2026
*Gabon-France- Diplomatie: les retombées de la dernière visite du président Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA*
La dernière visite d’État du président Brice Clotaire Oligui Nguema en France met en lumière une différence de méthode entre Libreville et les dirigeants de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Alors que les autorités du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont construit une partie de leur discours politique autour de la rupture avec les anciennes puissances tutélaires et de la dénonciation du "néocolonialisme », le chef de l’État gabonais Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA semble défendre une autre conception de la souveraineté : celle d’un partenariat négocié, sans rupture systématique.
La nuance mérite d’être soulignée.
Depuis leur prise de pouvoir, les dirigeants de l’AES — Ibrahim Traoré au Burkina Faso, Assimi Goïta au Mali et Abdourahamane Tiani au Niger — ont fait de la souveraineté un axe central de leur communication politique. Mais aussi, un marqueur de leur rupture politique avec la France.
Leurs discours insistent plus sur la nécessité de reprendre le contrôle des ressources naturelles, de réduire l’influence occidentale et de diversifier les partenariats internationaux.
La création puis la transformation de l’Alliance des États du Sahel en Confédération s’inscrivent dans cette logique d’autonomisation politique, économique et sécuritaire.
Dans ce narratif, la France est régulièrement présentée comme le symbole d’une relation historique dont les mécanismes doivent être profondément remis en cause.
Les relais et propagandistes pro-AES amplifient souvent cette lecture en opposant deux modèles : d’un côté, une Afrique qui chercherait à se libérer de toute influence occidentale ; de l’autre, une Afrique accusée de demeurer dépendante de ses anciens partenaires.
Le discours porté par Brice Clotaire Oligui Nguema paraît sensiblement différent.
Lors de sa visite d'État en France, le président gabonais n'a pas placé la relation avec Paris sous le signe de la soumission, mais sous celui de la négociation et des intérêts nationaux. Il s'agissait de ne pas confondre souveraineté et soumission.
La visite a notamment porté sur l’investissement, la transformation locale des ressources, les infrastructures, la défense, l’éducation et la coopération environnementale.
Le choix est donc celui du pragmatisme diplomatique. C'est-à-dire, maintenir un dialogue avec un partenaire historique tout en cherchant à obtenir davantage pour le Gabon.
L’accord portant sur le manganèse illustre parfaitement cette approche.
Libreville cherche à développer la transformation locale de ses ressources afin que la valeur ajoutée ne soit plus essentiellement créée à l’extérieur du pays.
Un protocole d’accord a ainsi été signé avec Eramet autour du développement de la transformation du manganèse au Gabon.
Autrement dit, la question n’est plus seulement : "Avec qui le Gabon cooptèrera -t-il ?", mais surtout : " Que gagne le Gabon de cette coopération ?"
Il serait toutefois réducteur d’opposer totalement le chef de l'État Oligui Nguema aux dirigeants de l’AES.
Les deux approches partagent un objectif politique : renforcer la souveraineté nationale et obtenir une plus grande maîtrise des ressources et des choix stratégiques.
La différence se situe davantage dans la méthode.
L’AES privilégie une stratégie de rupture et de diversification accélérée des partenariats.
Le Gabon d’Oligui Nguema semble, lui, privilégier une stratégie de rééquilibrage des relations existantes.
D’un côté, le discours est souvent : « nous voulons nous affranchir des anciennes tutelles ».
De l’autre, le message pourrait être résumé ainsi : « nous pouvons continuer à coopérer, mais dans un rapport davantage équilibré et au service des intérêts gabonais ».
Cette différence est importante, car la souveraineté ne se mesure pas uniquement à la distance prise avec une puissance étrangère.
Elle peut également se mesurer à la capacité d’un État à négocier avec cette puissance sans renoncer à ses intérêts.
C’est finalement sur le terrain économique que cette différence de doctrine devra être évaluée.
Pour le Gabon, les accords conclus ou annoncés à Paris devront se traduire par des investissements effectifs, la modernisation des infrastructures, davantage de transformation locale, des emplois et un renforcement des compétences nationales.
Le financement de la modernisation du Transgabonais et les discussions sur la transformation du manganèse donnent ainsi une dimension concrète à la stratégie défendue par Libreville.
La véritable question n’est donc pas de savoir si le Gabon doit être « pro-France » ou « anti-France ». Elle est de savoir si Libreville est capable de transformer une relation historique en partenariat mutuellement avantageux.
Entre idéologie et pragmatisme
Le contraste avec certains discours pro-AES est finalement moins une opposition sur la nécessité de défendre la souveraineté qu’une différence de méthode.
Les dirigeants de l’AES ont fait de la rupture avec certains partenaires occidentaux un puissant marqueur politique.
Le président gabonais, lui, semble privilégier une diplomatie de résultats : dialoguer, négocier, attirer les investissements et tenter de rééquilibrer les rapports de force.
Cette approche peut être résumée par une formule : la souveraineté ne consiste pas nécessairement à fermer les portes ; elle consiste à être capable de les ouvrir et de les fermer en fonction de ses propres intérêts.
C’est probablement là que se trouve la principale nuance entre le discours d’Oligui Nguema et celui d’une partie des dirigeants et propagandistes de l’AES.
Le temps dira toutefois quelle stratégie produira les résultats les plus tangibles pour les populations : celle de la rupture assumée ou celle du partenariat renégocié.
Ce magazine vous a été présenté par Roseline Bekale.
Il portait sur les retombées de la dernière du Président Brice Clotaire Oligui Nguema en France, ainsi que sur la différence de méthode entre Libreville et es dirigeants des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES).
À bientôt pour notre prochaine édition.
Fin