05/04/2026
N°132: 𝐇𝐈𝐒𝐓𝐎𝐈𝐑𝐄 𝐃𝐄𝐒 𝐇𝐀𝐎𝐔𝐒𝐒𝐀 𝐃𝐔 𝐆𝐀𝐁𝐎𝐍 🇬🇦
1- 𝗢𝗥𝗜𝗚𝗜𝗡𝗘 𝗘𝗧 𝗘𝗫𝗣𝗔𝗡𝗦𝗜𝗢𝗡 𝗗𝗘𝗦 𝗛𝗔𝗢𝗨𝗦𝗦𝗔 : cités-États, Islam, Califat de Sokoto
L'histoire des Haoussa est tout d'abord marquée par l'émergence de cités-États dès le XIe siècle. Ces cités-États haoussa, implantées dans l'actuel Nord du Nigeria, étaient structurées autour du commerce transsaharien, de l'artisanat et de l'agriculture.
Historiquement, la civilisation haoussa était une civilisation urbaine, dont la vie sociale et politique tournait autour des villes fortifiées, parmi lesquelles les villes de Kano, Daura, Katsina, Zaria, Gobir, Rano et Biram.
À partir du XIe siècle, Kano et Katsina devinrent des centres commerciaux de la zone du bassin du Lac Tchad. De nombreux marchands d'Afrique du Nord et de l'Ouest, attirés par l'attractivité des cités-États haoussa, venaient y commercer. Parmi ces marchands se trouvaient les Wangara. Ce sont ces derniers qui apportèrent l'islam dans les cités-États haoussa.
Mais dès le XIVe siècle, vers 1350, l'islam fut officiellement adopté par l'élite politique, bien que de nombreux souverains pratiquaient encore le Bori, religion animiste.
En 1804, sous la conduite d'Ousman Dan Fodio, les Peulh installés dans le Kasar Hausa (pays haoussa) depuis le XVe siècle, menèrent un djihad contre les souverains haoussa avant de les renverser. Les Peulh installèrent alors le califat de Sokoto, dans lequel furent fondés plusieurs Lamidats.
Ainsi, le djihad mené par les Peulh poussa une partie de la population haoussa à migrer définitivement hors du Kasar Hausa et à s'installer dans les lamidats, notamment dans les lamidats de Yola, Tibati, Ngaoundéré, Banyo et Meiganga, qui font aujourd'hui partie du territoire camerounais.
2- 𝗠𝗜𝗚𝗥𝗔𝗧𝗜𝗢𝗡 𝗘𝗧 𝗜𝗠𝗣𝗟𝗔𝗡𝗧𝗔𝗧𝗜𝗢𝗡 𝗗𝗔𝗡𝗦 𝗟𝗘 𝗡𝗢𝗥𝗗 𝗗𝗨 𝗚𝗔𝗕𝗢𝗡 : commerce forestier, contexte colonial et implantation
Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, des commerçants s'aventurèrent dans le grand Sud-Cameroun et atteignirent la zone forestière afin de troquer leurs marchandises : tissus, bétail, sel gemme (Kawan)… contre de l'ivoire et des noix de cola.
Par la suite, certains s'installèrent avec leurs familles et créèrent des zongo (campements) dans les villages d'accueil, et ce, bien avant la colonisation allemande, qui débuta dès l'année 1884.
C’est à la fin du XIXe siècle, vers les années 1880, que des marchands haoussa s’aventurèrent dans la forêt de Minkébé. Dans un premier temps présents pour des échanges commerciaux avec les Fang, Bekeka et Baka, ils firent progressivement venir leurs épouses et s’établirent durablement dans la région, notamment au sein de villages fang, ethnie déjà implantée dans cette zone depuis le XVIIe siècle.
Quelques alliances matrimoniales furent également contractées entre Haoussa et Fang. Ces rapprochements furent facilités par les contacts commerciaux et culturels antérieurs entre les deux ethnies, établis lors de la progression des marchands haoussa en zone forestière.
Dans les années 1890, les maisons de commerce allemandes telles que la factorerie Woermann s'installèrent dans la région. Ces maisons de commerce européennes se sont vite servies du dynamisme commercial des Haoussa pour écouler leurs marchandises auprès des autres populations noires de la région du Nord du Gabon et du Sud-Cameroun.
C'est dans ce contexte colonial que de nombreux marchands haoussa se sédentarisèrent avec leurs familles dans les comptoirs européens disséminés à travers le nord et le nord-est de l'actuel Gabon, notamment dans les comptoirs de Minkébé, Bitam, Anguma et Oyem.
À Oyem, les premières familles haoussa, issues pour beaucoup des clans Kanawa, Gobirawa, Katsinawa, et pour d’autres d’origine kanuri (Yerwa), s’installèrent vers 1898 à Medoung.
Après l’arrivée de l’administration coloniale française dans le Woleu-Ntem en 1907, les Haoussa quittèrent les Nkondjeign de Medoung pour fonder le village Zongo, placé sous l’autorité du chef Yerima Boukar. Par la suite, Medoung prit le nom d’Akoakam I, tandis que Zongo devint Akoakam-Haoussa.
À Bitam, les Haoussa s’étaient installés dans l’actuel quartier de Nkol-Mengomo bien avant 1907. Dans le cadre de la politique coloniale de regroupement des villages, l’administration locale jugea utile de les déplacer vers un autre site.
Les Haoussa s’installèrent alors sur un terrain qu’ils défrichèrent et qu’ils baptisèrent Sahonzongo (signifiant « nouveau village »). Administrativement, ce site prit par la suite le nom de quartier Est-Haoussa.
Entre-temps, le Woleu-Ntem passa officiellement sous administration allemande entre 1911 et 1915, période durant laquelle il fut intégré au Neu-Kamerun, territoire rattaché à la colonie du Kamerun allemand, dont l’extension, à la suite des accords franco-allemands de 1911, s’étendait du lac Tchad au sud à la forêt de Minkébé.
Il revint ensuite sous contrôle français à la suite de la Première Guerre mondiale. Durant cette brève période de domination allemande, d’autres marchands haoussa, en provenance de l’actuel Nigeria et du Kamerun septentrional, vinrent s’installer dans le nord du Gabon, renforçant ainsi leur présence dans la région.
C’est également à cette époque que le terme « Haoussa » entra dans l’usage de la langue fang pour désigner, de manière plus large, tout commerçant musulman, même lorsque celui-ci n’était pas d’origine haoussa.
Après la fermeture des postes coloniaux de Minkébé et d’Anguma, ainsi que les déplacements forcés de populations entre 1927 et 1933, de nombreux clans Fang-Nzaman migrèrent vers Minvoul, Eboman, Ovan, Makokou, Booué et Mitzic afin d’y fonder de nouveaux villages.
Les Haoussa installés depuis la période coloniale allemande à Minkébé et à Anguma s’établirent également dans plusieurs de ces localités. Ils privilégiaient généralement les zones déjà peuplées par d’autres groupes, notamment les Fang et les Kota, plutôt que de créer des villages distincts.
Cette stratégie répondait à une logique économique : une densité démographique plus importante favorisait leur principale activité, le commerce.
3- 𝗖𝗜𝗧𝗢𝗬𝗘𝗡𝗡𝗘𝗧𝗘́ 𝗘𝗧 𝗥𝗘𝗖𝗢𝗡𝗡𝗔𝗜𝗦𝗦𝗔𝗡𝗖𝗘 𝗣𝗢𝗟𝗜𝗧𝗜𝗤𝗨𝗘: De l’indépendance à la Conférence nationale
À partir des années 50, quelques Haoussa entrèrent dans la politique, à l'instar de Baba Toukour de l'UDSG (Union Démocratique Sociale Gabonaise) dirigée par Jean-Hilaire Aubame et de Oumarou Malam de la BDG (Bloc Démocratique Gabonais) de Léon Mba.
Après l'indépendance du Gabon, le 17 août 1960, les Haoussa se rendirent compte qu'ils étaient privés de légitimité en tant que citoyens gabonais.
Bien que le code de nationalité gabonaise, la Loi n° 89/61 du 2 mars 1962, disposait qu'ont acquis la nationalité gabonaise à titre de nationalité d'origine toute personne née au Gabon avant le 17 août, avec au moins un parent lui aussi né au Gabon, les Haoussa furent largement confrontés aux difficultés administratives, surtout celles liées à l'établissement de leurs pièces d'identité.
En 1963, le président Léon Mba, informé des difficultés administratives rencontrées par les Haoussa du Gabon, donna des instructions pour faciliter la reconnaissance de leur nationalité gabonaise.
Dans la pratique, certains agents administratifs résistèrent à ces directives. Plusieurs témoignages rapportent des obstacles persistants, notamment pour l’établissement des certificats de nationalité et l’accès aux bourses scolaires pour les diplômés haoussa du Woleu-Ntem.
Ces situations reflètent les tensions identitaires et juridiques qui marquèrent les premières décennies de l’État gabonais, autour de l’appartenance nationale et de la définition des composantes ethniques.
En 1990, à la suite de la Conférence nationale tenue à Libreville, le Gabon organisa les premières élections législatives multipartites depuis 1967, marquant officiellement la fin du parti unique.
Lors d’une tournée politique dans la province du Woleu-Ntem, Paul Mba Abessole, dirigeant du Mouvement de redressement national (MORENA), relança la question de l’intégration de l’ethnie haoussa, en affirmant que l'ethnie Haoussa faisait partie intégrante des peuples du Gabon. Ce fut le premier homme politique gabonais à parler de la "question Haoussa".
L’année 1990 marqua ainsi le début des revendications auprès des autorités politiques et la création de l’Association des Haoussa du Gabon, servant d’interlocuteur auprès des autorités administratives et politiques et portant la revendication citoyenne ainsi que la reconnaissance nationale.
En effet, un siècle après leur implantation et trente ans après l’indépendance, il n’était plus question pour les Haoussa du Gabon de se voir discriminés ni de subir des délits de patronymes, liés au fait qu'ils aient des noms à consonance non bantoue. À cela s’ajoutait le fait que, pour certains agents publics, un musulman était intrinsèquement perçu comme étant de nationalité étrangère.
Au cours des années 1990, sous la présidence d’Omar Bongo, une opération de recensement fut organisée à l’initiative des autorités administratives. Placée sous la supervision du général Nguetsara Lendoye, alors directeur général de la documentation et de l’immigration (DGDI), cette démarche visait à identifier les familles haoussa établies de longue date au Gabon, afin de les distinguer des ressortissants haoussa de nationalité étrangère.
Bien que ce recensement n’ait pas été exhaustif, plusieurs familles haoussa du Woleu-Ntem, de l’Ogooué-Ivindo ainsi que celles résidant à Libreville furent identifiées et enregistrées.
Cette démarche visait à faciliter leur accès à la citoyenneté gabonaise, notamment par l’établissement de cartes nationales d’identité et de passeports.
4- 𝗥𝗘𝗖𝗢𝗡𝗡𝗔𝗜𝗦𝗦𝗔𝗡𝗖𝗘 𝗖𝗨𝗟𝗧𝗨𝗥𝗘𝗟𝗟𝗘 𝗘𝗧 𝗢𝗙𝗙𝗜𝗖𝗜𝗘𝗟𝗟𝗘 : Miss Gabon, reconnaissance par l'État gabonais, colloque
Sur le plan socio-culturel, en 2001, Aïcha Sidi, issue de l’ethnie haoussa et originaire de Bitam, fut élue Miss Gabon, mettant en lumière l’ethnie haoussa, qui restait souvent peu visible dans la société gabonaise.
En 2002, l’Association des Haoussa du Gabon (AHG) fut surprise d’apprendre que le recensement mené dans les années 1990 avait servi de base à un décret de naturalisation concernant certaines familles haoussa établies de longue date au Gabon.
Selon l’AHG, ce décret présentait un vice de forme, dans la mesure où les personnes concernées n’avaient jamais demandé à être naturalisées et souhaitaient simplement que leur citoyenneté gabonaise soit reconnue au même titre que celle des autres Gabonais. Il présentait également un vice de fond, car il semblait neutraliser le statut de citoyens déjà gabonais d’origine, tel que défini par le Code de la nationalité de 1962.
Ce décret n°000086/PR/MJ, signé le 21/01/2002, naturalisant pas moins de 162 familles haoussas, n'avait donc aucune valeur juridique et n’ayant jamais été publié au Journal officiel.
Ce n’est qu’en 2005, après plusieurs décennies de revendications relatives à leur reconnaissance administrative, juridique et ethnolinguistique, que la question fut officiellement examinée en Conseil des ministres.
À l’issue de la séance du 12 mai 2005, le président Omar Bongo donna des instructions en vue de l’intégration de l’ethnie haoussa dans la nomenclature des composantes ethniques du Gabon.
L’exécution des instructions présidentielles données lors du Conseil des ministres du 12 mai 2005 aboutit à l’organisation d’un colloque intitulé « Haoussa du Gabon : identité, patrimoine et citoyenneté », qui se tint à Libreville, à l’Assemblée nationale dans la salle Georges Damas-Aleka, du 22 au 25 février 2026.
Ce colloque fut organisé par l’élite haoussa, membres ou non de l’Association des Haoussa du Gabon (AHG), avec le soutien de certains leaders politiques sensibles à cette cause, et co-organisé par le Laboratoire Universitaire des Traditions Orales (LUTO).
Les conclusions du colloque ont été la reconnaissance officielle des Haoussa sur la carte ethnique du Gabon et l’adoption de la dénomination « Haoussa gabonais ». Il a également recommandé le rétablissement des droits des citoyens haoussa lésés et la facilitation de leur accès aux documents administratifs. Le colloque a affirmé que l’ethnie haoussa est pleinement gabonaise, au même titre que les autres ethnies officiellement reconnues par l’État gabonais.
Le colloque a affirmé que l’ethnie haoussa est pleinement gabonaise, au même titre que les autres ethnies officiellement reconnues par l’État gabonais.
Source: Patriotes 241
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