21/01/2026
Tribune : Conakry, le théâtre des dégagements sans lendemain
Par Mohamed Fodé Fofana
Les bulldozers rugissent, les forces de l’ordre s’affairent, et les trottoirs de Conakry retrouvent — pour quelques jours — leur visage originel. Les opérations de dégagement des emprises illégales reviennent sur le devant de la scène, comme un rituel que la Guinée connaît trop bien.
Sur le papier, l’initiative est salutaire. Elle incarne l’idée d’une capitale mieux organisée, débarrassée du chaos urbain qui étouffe ses habitants. Mais derrière le bruit des engins et les images spectaculaires, une question obsédante s’impose : combien de temps cela va-t-il durer ?
Le cycle guinéen : dégager, relâcher, recommencer
Car ce n’est pas la première fois. À chaque régime, les mêmes promesses, les mêmes démonstrations de force, et les mêmes échecs. Après quelques mois, l’anarchie reprend ses droits, les trottoirs se transforment à nouveau en marchés improvisés, et les autorités ferment les yeux. Pire, elles deviennent complices de ce désordre qu’elles prétendaient combattre.
Propagande ou véritable réforme ?
Il est légitime de se demander si ces opérations ne sont pas qu’un coup de propagande, destiné à impressionner l’opinion publique et à donner l’illusion d’une gouvernance ferme. Car en Guinée, tout semble parfois relever du spectacle : des annonces tonitruantes, des gestes symboliques, mais rarement une stratégie durable.
Le risque de l’habitude
Le citoyen guinéen n’est pas dupe. Il a vu trop de campagnes de « dégagement » finir en mascarade. Il sait que l’ordre affiché aujourd’hui peut se transformer demain en chaos toléré. Et il se demande, avec une ironie amère, si ce n’est pas là une nouvelle pièce dans le théâtre politique guinéen.
Ce qu’il faudrait vraiment
Ce que Conakry attend, ce n’est pas une opération ponctuelle, mais une politique urbaine cohérente et continue. Un suivi rigoureux, une responsabilisation des autorités locales, et surtout une volonté politique qui dépasse la simple mise en scène. Sans cela, les dégagements resteront des feux de paille, vite consumés par l’anarchie.