29/05/2026
À l’heure où Abdoulaye Wade s’apprête à célébrer ses 100 ans, son parcours continue de fasciner autant qu’il intrigue. En retraçant plusieurs moments clés de sa vie, nos confrères de RFI mettent en lumière une constante : l’ancien président sénégalais n’a jamais joué la politique comme les autres.
Dès ses débuts, Wade choisit une voie inattendue. En 1974, alors que le système politique sénégalais est largement dominé, il ne s’oppose pas frontalement. Selon RFI, il se rend jusqu’à Mogadiscio pour approcher Léopold Sédar Senghor et lui demander l’autorisation de créer un parti, non pas “d’opposition”, mais de “contribution”. Une nuance qui change tout. Senghor, amusé mais lucide, le surnomme alors « Ndiombor », le « lièvre futé » en wolof. Le ton est donné.
Cette capacité à contourner plutôt qu’affronter va devenir sa signature. Même dans les moments les plus difficiles, Wade ne disparaît jamais complètement. En février 1994, lorsqu’il est emprisonné pour la troisième fois, beaucoup pensent que sa carrière est terminée. Lui-même reconnaît, des années plus t**d, une situation de blocage politique. Mais là encore, il ne rompt pas. Il temporise.
Puis vient l’un de ses mouvements les plus incompris. En 1995, Abdoulaye Wade accepte d’entrer dans le gouvernement de son adversaire Abdou Diouf. Une décision vivement critiquée à l’époque, certains estimant qu’il est “allé à la soupe”, comme le rappelle RFI. Mais derrière cette apparente contradiction, Wade reste fidèle à sa logique : rester dans le jeu, observer, et préparer la suite.
Car le véritable tournant arrive quelques années plus t**d. En 1999, alors qu’il s’est retiré en France et que beaucoup le croient fini, il orchestre un retour spectaculaire à Dakar. RFI évoque une “marée humaine” pour décrire l’accueil de ses partisans. Ce retour n’est pas un simple come-back. C’est une démonstration de force.
L’année suivante, il réalise ce que peu imaginaient. En mars 2000, Abdoulaye Wade bat Abdou Diouf et devient le premier opposant à imposer une alternance démocratique par les urnes au Sénégal. Une victoire construite sur des alliances inattendues et une stratégie patiemment élaborée. Comme le souligne RFI, il a “forcé le destin”.
Mais même au pouvoir, Wade reste fidèle à son style. Imprévisible, parfois déroutant, il alterne entre décisions audacieuses et prises de position controversées. Cette logique se retrouve également dans la gestion de l’affaire de son fils, Karim Wade. Entre déclarations provocatrices et phases d’apaisement, il finit par obtenir sa libération en juin 2016, après une grâce présidentielle annoncée par Macky Sall.
Au fil des décennies, Abdoulaye Wade a ainsi imposé une manière singulière de faire de la politique. Ni linéaire, ni totalement lisible, son parcours est fait de détours, de retours et de coups calculés. Chaque recul semble préparer une avancée.
Aujourd’hui, alors qu’il atteint le cap symbolique des 100 ans, une question demeure : comment un homme donné plusieurs fois perdant a-t-il réussi à rester aussi longtemps au centre du jeu ?
Peut-être parce que, contrairement à ses adversaires, Abdoulaye Wade n’a jamais simplement joué la partie.
Il a toujours cherché à en changer les règles.