14/02/2026
Bre-X : le scandale du gisement d’or fictif qui a ébranlé la Bourse
Par Abdoul Gadiri Wagué
Dans les années 1990, Bre-X Minerals Ltd., une société minière canadienne appartenant à l’homme d’affaires David Walsh et opérant en Indonésie, annonce la découverte d’un gisement d’or sur l’île de Bornéo, à Busang. La compagnie affirme que le site pourrait contenir des dizaines de millions d’onces d’or, suscitant un immense intérêt sur les marchés financiers.
En octobre 1995, Bre-X évoque un potentiel de plus de 30 millions d’onces. L’année suivante, en juillet 1996, l’estimation est portée à 46,92 millions d’onces. Puis, à la fin de 1996, les projections atteignent 57 millions, voire près de 71 millions d’onces selon certains modèles techniques de ressources.
Les premières réserves apparaissent en 1997, lorsque Freeport-McMoRan, entreprise américaine partenaire, obtient l’autorisation de réaliser ses propres forages afin de vérifier les chiffres annoncés. Les résultats sont décevants : la quantité d’or réelle est minime. Les doutes sur la validité du gisement se confirment.
En mai 1997, Strathcona Mineral Services est chargée d’analyser les carottes de forage. Ses experts découvrent que certains échantillons ont été volontairement « salés », c’est-à-dire enrichis artificiellement en or. Cette manipulation provoque l’effondrement immédiat de l’action Bre-X à la Bourse de Toronto. Des milliards de dollars s’évaporent et les investisseurs sont lourdement touchés. L’État indonésien retire alors le permis minier.
Au cœur de cette fraude se trouve le géologue Michael de Guzman. C’est par son intermédiaire que les carottes auraient été falsifiées. Le 19 mars 1997, alors que les soupçons s’intensifient, il meurt dans la chute d’un hélicoptère dans des circonstances jugées suspectes ; son corps est retrouvé mutilé.
Selon un article du journal Le Monde publié le 10 août 2013 par Alain Faujas et Jacques Trauman, David Walsh mourra d’une crise cardiaque un an plus t**d. John Felderhof, géologue principal de la société, sera quant à lui acquitté en 2007.
Le scandale Bre-X entraîne une réaction majeure dans le secteur minier : la mise en place de normes plus strictes, dont le standard canadien NI 43-101, destiné à garantir la transparence et la fiabilité des estimations de ressources.
Pour les pays en développement, comme la Guinée et ses projets miniers ambitieux tels que Simandou, cette affaire rappelle l’importance des audits indépendants, des contrôles étatiques rigoureux et du respect des standards internationaux, notamment les principes de la Société financière internationale (IFC) et des Principes de l’Équateur.
Aujourd’hui, Bre-X demeure un exemple emblématique de la nécessité de gouvernance, de transparence et de vigilance dans l’industrie minière.