12/10/2025
📚 Aissatou Tissou Diallo, la plume qui guérit : une victoire littéraire en écho à la Journée mondiale de la santé mentale
Dakar, 10 octobre, alors que le monde marquait la Journée mondiale de la santé mentale, c’est une voix guinéenne, douce mais ferme, intime et universelle, qui s’est élevée du Salon du Livre Féminin de Dakar : celle d’Aïssatou Tissou Diallo, lauréate du prestigieux Prix Ken Bugul du Livre 2025.
Un symbole saisissant. Car l’œuvre primée, "Vivre de bon’heur", n’est pas simplement un roman. C’est un cri étouffé devenu parole. Une douleur enfouie devenue lumière. Une œuvre née du silence mental, de la solitude émotionnelle, et transformée en message d’espoir.
🖋 Une littérature du soin, de la vérité, de la reconstruction
« J’ai résisté, et ce n’est que le début. »
Par ces mots, prononcés les larmes aux yeux devant un public ému, Tissou Diallo a résumé l’essence de son écriture : un processus de guérison, autant pour elle que pour ses lecteurs.
Dans "Vivre de bon’heur", l’auteure nous conduit au cœur des blessures invisibles, celles qui ne se voient pas mais se ressentent chaque jour : traumas, deuils, violences intimes, angoisses tueuses. Mais loin de s’enliser dans la plainte, elle transforme l’expérience. Le livre devient un miroir, un refuge, une traversée intérieure. Une ode à la résilience mentale.
À l’heure où les enjeux de santé psychologique prennent enfin leur place dans les débats africains, le sacre de cette œuvre au Salon du Livre Féminin de Dakar résonne comme un acte politique et culturel fort : celui de donner de la valeur à la vulnérabilité, à la guérison, et à la voix des femmes qui transforment leur douleur en force.
🏆 Le Prix Ken Bugul : entre engagement et héritage
Attribué chaque année à une autrice dont l’œuvre s’inscrit dans une démarche de liberté, de résistance et de création audacieuse, le Prix Ken Bugul n’est pas une récompense comme les autres. Il porte le nom d’une icône de la littérature africaine francophone, Ken Bugul, elle-même voix de la marginalité, de la remise en question des normes sociales, et des luttes intimes.
Que ce prix soit remis à une jeune Guinéenne, le 10 octobre, journée mondiale dédiée à la santé mentale, n’a rien d’un hasard. C’est une convergence puissante entre littérature et soin, entre écriture et résistance.
“Ce livre m’a sauvée”
Ce roman n’était pas prévu. C’est sur les réseaux sociaux, d’abord, que Tissou Diallo a commencé à écrire, à raconter, à survivre par les mots. Encouragée par sa communauté, elle en a fait un livre. Un objet de mémoire et de guérison collective.
« Ce n’est pas qu’un roman, c’est un projet de vie », dira-t-elle. « J’ai vécu des choses terribles, mais il fallait que je les vive pour écrire ce livre. »
À travers son courage, elle ouvre la voie à une nouvelle génération d’écrivaines africaines, prêtes à affronter les sujets longtemps tus : santé mentale, trauma, dépression, identité brisée — mais réparée.
Quand la littérature devient soin
En cette Journée mondiale de la santé mentale, la voix de Tissou Diallo nous rappelle une vérité essentielle : parler guérit. Lire libère. Écrire sauve.
Sa victoire est celle de toutes les femmes qui se sont tues trop longtemps, de tous ceux et celles qui ont souffert en silence, et de tous les lecteurs qui trouveront, dans ses pages, la force de recommencer à croire au bonheur — même “de bon’heur”.