04/11/2025
𝙇𝙪𝙢𝙖𝙣𝙚 𝘾𝙖𝙨𝙞𝙢𝙞𝙧, 𝙡’𝙚́𝙩𝙤𝙞𝙡𝙚 𝙛𝙞𝙡𝙖𝙣𝙩𝙚 𝙙𝙚 𝙡𝙖 𝙘𝙝𝙖𝙣𝙨𝙤𝙣 𝙝𝙖𝙞̈𝙩𝙞𝙚𝙣𝙣𝙚.
Venue au monde en 1914 à Plaisance, au cœur du Nord d’Haïti, Lumane Casimir demeure l’une des âmes les plus lumineuses de la musique haïtienne des années quarante. Femme d’une rare beauté et d’une intensité vocale bouleversante, cette muse au destin brisé aurait pu conquérir le monde, si les vents de la vie lui avaient été plus cléments.
Rongée par la précarité, elle fuit les terres arides des Gonaïves pour rallier Port-au-Prince, n’ayant pour tout bagage que sa voix céleste et une guitare complice. C’est lors d’un récital en plein air, au Champ de Mars, qu’elle éblouit le peintre renommé 𝘼𝙡𝙞𝙭 𝙍𝙤𝙮. Envoûté par le frisson mélodique de ses accords et la cadence vibrante de sa voix, il partage sa découverte avec sa tante, 𝙇𝙞𝙣𝙖 𝙈𝙖𝙩𝙝𝙤𝙣 𝘽𝙡𝙖𝙣𝙘𝙝𝙚𝙩, une grande dame de la musique, connue pour sa bienveillance envers les talents en germe.
Touchée par l’âme ardente de Lumane, Madame Blanchet la prend sous son aile. Ainsi naît l’ascension fulgurante de celle que l’on allait bientôt nommer la prêtresse des chants haïtiens, interprète enchanteresse de classiques intemporels tels que 𝙋𝙖𝙥𝙖 𝙂𝙚𝙙𝙚 𝘽𝙚𝙡 𝙂𝙖𝙨𝙤𝙣, 𝙋𝙖𝙣𝙖𝙢𝙖’𝙢 𝙩𝙤𝙣𝙗𝙚, ou encore 𝙆𝙖𝙬𝙤𝙡𝙞𝙣 𝘼𝙠𝙖𝙤.
Mais si la gloire embrasse sa voix, la misère ne quitte jamais son ombre. Délaissée, marginalisée, souvent fauchée, elle mène une existence de solitude, loin du faste que mérite son talent incandescent. Son épopée artistique, telle une flamme dans la nuit, s’éteint trop tôt.
Sa disparition, nimbée de mystère, fait couler plus d’encre que de larmes. Certains disent qu’elle aurait succombé à l’ivresse, d’autres évoquent la tuberculose, qui l’aurait terrassée dans une masure délabrée, abandonnée à Fort Saint-Clair. Elle aurait quitté ce monde en 1953, en silence, loin des projecteurs qu’elle avait illuminés.
Ce jour-là, murmurent les anciens, le ciel d’Haïti pleurait sans pluie, le soleil brillait comme un hommage, et les arbres s’inclinaient en silence sur le passage de cette voix majestueuse.
𝙇𝙪𝙢𝙖𝙣𝙚 𝘾𝙖𝙨𝙞𝙢𝙞𝙧, la sentinelle mélodieuse à la guitare, s’est éteinte dans l’oubli et l’indifférence. Pourtant, son nom devrait résonner dans les écoles, ses chansons dans nos cœurs, et son legs dans notre conscience collective.
Célébrons son talent comme une étincelle sacrée. Rendons hommage à ceux et celles qui ont chanté l’âme de notre peuple. Et si nos aînés ont péché par oubli, que notre mémoire les corrige avec gratitude.✍️
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