22/01/2026
Haïti face à une crise alimentaire aggravée par l’insécurité et les déplacements forcés
Par Macking PIERRE
Étudiant en Sciences Agronomiques à l’Université Publique du Sud-Est à Jacmel (UPSEJ)
Leader communautaire
Haïti fait face à une crise alimentaire d’une ampleur préoccupante, alimentée par l’insécurité persistante, les déplacements forcés de populations et le manque de soutien structurel accordé au secteur agricole, en particulier au monde paysan.
Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), environ 5 836 personnes ont été déplacées à la suite d’affrontements armés dans plusieurs quartiers de la région métropolitaine de Port-au-Prince, notamment Bel Air, Wharf de la Saline, Delmas 2, Saint-Martin et Tokyo. Ces violences ont contraint de nombreuses familles à abandonner leurs maisons, aggravant leur vulnérabilité alimentaire et économique.
D’après l’OIM, 86 % des personnes déplacées ont trouvé refuge auprès de familles d’accueil, tandis que 14 % se sont installées dans des sites déjà occupés, principalement à Port-au-Prince, Delmas et Cité Soleil. Ces déplacements exercent une pression supplémentaire sur des ménages déjà fragiles, limitant leur accès à la nourriture, à l’eau potable et aux services sociaux de base.
Parallèlement, la situation de la sécurité alimentaire demeure alarmante. Selon Harmel Cazeau, coordonnateur de la Coordination nationale de la sécurité alimentaire (CNSA), 5,7 millions d’Haïtiens vivent actuellement en situation d’insécurité alimentaire aiguë, dont 1,9 million en phase d’urgence et 3,8 millions en phase de crise, pour la période allant de septembre 2025 à février 2026.
Il avertit que la situation pourrait s’aggraver entre mars et juin 2026, avec un nombre de personnes affectées pouvant atteindre 5,9 millions, si aucune mesure appropriée n’est prise.
Dans plusieurs publications et communiqués officiels, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) a également alerté sur la gravité de la crise alimentaire en Haïti. L’institution souligne que l’insécurité entrave l’accès aux marchés, perturbe les chaînes d’approvisionnement et réduit considérablement le pouvoir d’achat des ménages, aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural.
De son côté, l’Organisation des Nations Unies (ONU), à travers différentes agences et rapports, met en garde contre une détérioration continue des conditions de vie en Haïti. Les Nations Unies soulignent que la combinaison de la violence armée, de la pauvreté chronique, de la hausse des prix alimentaires et de la faiblesse de la production agricole constitue une menace majeure pour la sécurité alimentaire et la stabilité sociale du pays.
L’ONU rappelle que la crise actuelle dépasse le cadre de l’urgence humanitaire et révèle des faiblesses structurelles profondes, notamment l’insuffisance des politiques publiques de soutien à l’agriculture, la vulnérabilité des zones rurales et le manque d’investissements durables dans la production locale.
Dans ce contexte, les paysans haïtiens, pourtant au cœur de la sécurité alimentaire nationale, ne bénéficient pas d’un accompagnement adéquat de la part des autorités concernées. Le manque d’accès aux intrants agricoles, au crédit, à l’irrigation, aux infrastructures rurales et aux marchés pénalise lourdement la production nationale.
Cette absence de soutien, combinée à l’insécurité et à la hausse des coûts de production, décourage de nombreux agriculteurs, accroît la dépendance du pays aux importations alimentaires et fragilise davantage les ménages les plus pauvres.
Face à cette crise multidimensionnelle, les acteurs humanitaires, les institutions nationales et la communauté internationale sont appelés à agir de manière coordonnée. Une réponse durable passe non seulement par l’assistance alimentaire d’urgence, mais aussi par un soutien réel, structuré et continu au monde paysan, condition essentielle pour renforcer la résilience alimentaire et réduire durablement la vulnérabilité des populations haïtiennes.