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Haïti face à une crise alimentaire aggravée par l’insécurité et les déplacements forcésPar Macking PIERRE Étudiant en Sc...
22/01/2026

Haïti face à une crise alimentaire aggravée par l’insécurité et les déplacements forcés

Par Macking PIERRE
Étudiant en Sciences Agronomiques à l’Université Publique du Sud-Est à Jacmel (UPSEJ)
Leader communautaire

Haïti fait face à une crise alimentaire d’une ampleur préoccupante, alimentée par l’insécurité persistante, les déplacements forcés de populations et le manque de soutien structurel accordé au secteur agricole, en particulier au monde paysan.

Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), environ 5 836 personnes ont été déplacées à la suite d’affrontements armés dans plusieurs quartiers de la région métropolitaine de Port-au-Prince, notamment Bel Air, Wharf de la Saline, Delmas 2, Saint-Martin et Tokyo. Ces violences ont contraint de nombreuses familles à abandonner leurs maisons, aggravant leur vulnérabilité alimentaire et économique.

D’après l’OIM, 86 % des personnes déplacées ont trouvé refuge auprès de familles d’accueil, tandis que 14 % se sont installées dans des sites déjà occupés, principalement à Port-au-Prince, Delmas et Cité Soleil. Ces déplacements exercent une pression supplémentaire sur des ménages déjà fragiles, limitant leur accès à la nourriture, à l’eau potable et aux services sociaux de base.
Parallèlement, la situation de la sécurité alimentaire demeure alarmante. Selon Harmel Cazeau, coordonnateur de la Coordination nationale de la sécurité alimentaire (CNSA), 5,7 millions d’Haïtiens vivent actuellement en situation d’insécurité alimentaire aiguë, dont 1,9 million en phase d’urgence et 3,8 millions en phase de crise, pour la période allant de septembre 2025 à février 2026.
Il avertit que la situation pourrait s’aggraver entre mars et juin 2026, avec un nombre de personnes affectées pouvant atteindre 5,9 millions, si aucune mesure appropriée n’est prise.

Dans plusieurs publications et communiqués officiels, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) a également alerté sur la gravité de la crise alimentaire en Haïti. L’institution souligne que l’insécurité entrave l’accès aux marchés, perturbe les chaînes d’approvisionnement et réduit considérablement le pouvoir d’achat des ménages, aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural.

De son côté, l’Organisation des Nations Unies (ONU), à travers différentes agences et rapports, met en garde contre une détérioration continue des conditions de vie en Haïti. Les Nations Unies soulignent que la combinaison de la violence armée, de la pauvreté chronique, de la hausse des prix alimentaires et de la faiblesse de la production agricole constitue une menace majeure pour la sécurité alimentaire et la stabilité sociale du pays.
L’ONU rappelle que la crise actuelle dépasse le cadre de l’urgence humanitaire et révèle des faiblesses structurelles profondes, notamment l’insuffisance des politiques publiques de soutien à l’agriculture, la vulnérabilité des zones rurales et le manque d’investissements durables dans la production locale.
Dans ce contexte, les paysans haïtiens, pourtant au cœur de la sécurité alimentaire nationale, ne bénéficient pas d’un accompagnement adéquat de la part des autorités concernées. Le manque d’accès aux intrants agricoles, au crédit, à l’irrigation, aux infrastructures rurales et aux marchés pénalise lourdement la production nationale.
Cette absence de soutien, combinée à l’insécurité et à la hausse des coûts de production, décourage de nombreux agriculteurs, accroît la dépendance du pays aux importations alimentaires et fragilise davantage les ménages les plus pauvres.

Face à cette crise multidimensionnelle, les acteurs humanitaires, les institutions nationales et la communauté internationale sont appelés à agir de manière coordonnée. Une réponse durable passe non seulement par l’assistance alimentaire d’urgence, mais aussi par un soutien réel, structuré et continu au monde paysan, condition essentielle pour renforcer la résilience alimentaire et réduire durablement la vulnérabilité des populations haïtiennes.

12/10/2025
6 conseils essentiels pour cultiver de magnifiques tomates charnues.Obtenir de grosses tomates bien formées et savoureus...
09/10/2025

6 conseils essentiels pour cultiver de magnifiques tomates charnues.

Obtenir de grosses tomates bien formées et savoureuses n’est pas qu’une question de chance. C’est le résultat de pratiques simples mais précises, que j’ai pu tester et perfectionner au fil des saisons. En appliquant ces quelques méthodes, vous transformerez vos plants de tomates en véritables champions du potager.

1) Bien choisir les variétés adaptées.
Le succès d’une culture commence par la sélection judicieuse des variétés. Toutes les tomates n’ont pas les mêmes besoins ni le même comportement selon le climat, le sol et l’usage que vous souhaitez en faire.
Les tomates à croissance déterminée (ou “buissonnantes”) produisent leurs fruits sur une courte période. Elles sont idéales pour la préparation de sauces et de conserves, car la récolte se fait presque simultanément.
À l’inverse, les tomates à croissance indéterminée continuent de pousser et de fructifier tout au long de la saison, assurant une récolte étalée dans le temps, parfaite pour la consommation fraîche.
Avant de planter, tenez compte de la résistance aux maladies, du temps de maturation (précoce ou tardif) et de la taille des fruits. En adaptant votre choix à vos conditions locales, vous augmenterez vos chances d’obtenir une production abondante et de grande qualité.

2) Planter en profondeur pour un enracinement solide
Les tomates expriment pleinement leur potentiel lorsqu’elles disposent d’un système racinaire fort et bien développé.
Contrairement à la plupart des légumes, les plants de tomates peuvent être enterrés profondément sans risque. L’idéal est d’enfouir environ les deux tiers de la plante, y compris une partie de la tige.

Cette méthode stimule la formation de nouvelles racines le long de la tige enterrée, rendant la plante plus résistante à la sécheresse et mieux ancrée dans le sol.
Installez vos tomates dans un emplacement ensoleillé, recevant 6 à 8 heures de lumière directe par jour. La lumière favorise la photosynthèse, la floraison et intensifie la saveur des fruits.

3 Pailler dès la plantation
Le paillage est l’un des gestes les plus efficaces pour la réussite de vos tomates. Il consiste à recouvrir le sol d’une couche de matière organique afin de le protéger et de préserver ses qualités naturelles.
Dès la mise en terre, appliquez une couche de 5 à 7 cm de paillis autour du pied de chaque plant. Vous pouvez utiliser de la paille, du compost, des copeaux de bois ou des feuilles séchées.
Ses avantages sont nombreux :
Il conserve l’humidité du sol, limitant les arrosages.
Il stabilise la température, protégeant les racines des écarts thermiques.
Il empêche la prolifération des mauvaises herbes.
Il évite les éclaboussures de terre sur les feuilles, réduisant ainsi les risques de maladies comme le mildiou.
En se décomposant, le paillage enrichit naturellement le sol en matière organique.

4 Associer les tomates à des plantes protectrices
Le compagnonnage végétal est une pratique naturelle consistant à associer des plantes qui se soutiennent mutuellement.
Certaines espèces jouent un rôle clé dans la protection et la croissance des tomates.
Le basilic stimule la croissance et renforce l’arôme des tomates tout en repoussant les mouches blanches et les moustiques.
Les œillets d’Inde (ou soucis) libèrent des substances qui éloignent les nématodes, parasites des racines.
L’ail agit comme un répulsif naturel contre les pucerons et les acariens.
Ces associations favorisent un équilibre écologique dans votre potager et diminuent le recours aux produits chimiques.

5) Arroser avec régularité et précision
L’eau est essentielle pour obtenir des tomates charnues et savoureuses.
Les besoins varient selon la météo, mais comptez généralement 2,5 à 5 cm d’eau par semaine. Il est préférable d’arroser moins souvent, mais en profondeur, afin d’encourager les racines à descendre chercher l’humidité.
Évitez l’arrosage par aspersion, qui mouille le feuillage et favorise les maladies.
Préférez un arrosage au pied ou un système de goutte-à-goutte, plus efficace et économe.
Maintenez une humidité constante : un sol trop sec suivi d’un excès d’eau peut provoquer l’éclatement des fruits.

6) Tailler pour favoriser la lumière et l’aération
La taille, souvent négligée, est pourtant essentielle à la vigueur et à la productivité des plants.
Supprimez les feuilles inférieures (celles proches du sol) et les gourmands, ces petites pousses qui apparaissent à la jonction des tiges.
Une bonne aération empêche l’apparition des maladies fongiques et améliore la maturation des fruits.
Cette pratique permet également de rediriger l’énergie de la plante vers la production de tomates plutôt que vers le feuillage.
Un plant bien taillé, c’est un plant plus robuste, productif et facile à entretenir.

Haïti, pays essentiellement agricole sans agriculture : comprendre le paradoxe ruralÉcrit par PIERRE Macking, étudiant e...
06/10/2025

Haïti, pays essentiellement agricole sans agriculture : comprendre le paradoxe rural

Écrit par PIERRE Macking, étudiant en sciences agronomiques à l’UPSEJ, Coordonnateur adjoint de l’OVAD et leader communautaire

La paysannerie haïtienne a toujours été le cœur battant de la nation. Ce sont les cultivateurs qui nourrissent le pays, préservent les traditions ancestrales et transmettent des savoirs agricoles uniques. Pourtant, malgré cette place centrale, la réalité de la vie rurale aujourd’hui est empreinte de souffrance et de précarité. Les paysans, censés être soutenus et valorisés, sont confrontés à un enchevêtrement de crises cumulatives qui menacent non seulement leur survie, mais aussi l’avenir alimentaire et économique de la nation.

Depuis de nombreuses années, l’accès aux semences constitue un obstacle majeur. Dans un contexte où la production familiale devrait assurer la souveraineté alimentaire, les semences de qualité deviennent de plus en plus rares et chères, souvent hors de portée pour les familles rurales. Les cultivateurs doivent se contenter de semences médiocres, qui réduisent les rendements et augmentent les pertes. Les cultures essentielles comme le maïs, le riz, le haricot, le manioc et l’igname sont affectées, et la dépendance aux importations alimentaires devient inévitable. Ce paradoxe frappe de plein fouet Haïti : pays agricole, mais incapable de nourrir sa population de manière autonome.

Le coût des intrants agricoles aggrave ce problème. Autrefois accessibles, les engrais chimiques, les produits de traitement des cultures et même certains outils de base sont aujourd’hui hors de portée pour la majorité des paysans. Sans fertilisation adéquate, les sols s’appauvrissent, la production diminue et les récoltes deviennent insuffisantes pour couvrir les besoins alimentaires et économiques des familles rurales. L’absence de mécanismes de financement adaptés à l’agriculture empêche les cultivateurs d’investir dans la modernisation ou l’expansion de leurs exploitations. Les banques commerciales considèrent l’agriculture comme un secteur trop risqué et refusent systématiquement les crédits, laissant les paysans sans soutien financier.

L’insécurité et la marginalisation sociale complètent ce tableau sombre. La ruralité haïtienne est frappée par la violence, les menaces et les obstacles structurels qui limitent la liberté de circulation et d’échange. Les routes impraticables, les marchés insuffisants et l’absence d’infrastructures de stockage et d’irrigation transforment la production agricole en un défi permanent. Les récoltes sont souvent perdues avant même d’atteindre le marché, et la pauvreté s’accroît inexorablement. La jeunesse, témoin de ces difficultés, se détourne progressivement de l’agriculture, cherchant un avenir dans les villes ou à l’étranger, ce qui entraîne une perte de savoir-faire et une fragilisation de la production locale.

Le climat et l’environnement jouent également un rôle déterminant dans ce cycle de vulnérabilité. Les sécheresses, les inondations, l’érosion et la déforestation fragilisent les exploitations agricoles et réduisent la productivité des terres. Les catastrophes naturelles récurrentes détruisent régulièrement les cultures, et les paysans n’ont que peu de moyens pour se protéger ou se reconstruire. La résilience, pourtant ancrée dans la culture rurale haïtienne, est mise à rude épreuve par l’absence de soutien technique, de formation et de politiques publiques cohérentes.

Pourtant, malgré toutes ces difficultés, les paysans continuent de travailler la terre avec courage et persévérance. Ils innovent à petite échelle, expérimentent de nouvelles méthodes de culture, protègent les variétés locales et nourrissent leurs communautés. Ils sont les garants de la souveraineté alimentaire et de la résilience culturelle, même lorsque l’État, les institutions et les infrastructures les abandonnent.

La pauvreté rurale en Haïti n’est donc pas le fruit du hasard, mais le résultat de multiples facteurs structurels : l’absence de soutien institutionnel, le manque d’accès aux semences et aux engrais, l’absence de crédit agricole, les infrastructures déficientes, la vulnérabilité climatique, l’insécurité et la marginalisation sociale. Ces facteurs combinés créent un cercle vicieux où la production agricole reste faible, la pauvreté persiste, et l’émigration rurale s’accélère.

Redonner aux paysans les moyens de cultiver, sécuriser les zones rurales et soutenir l’agriculture familiale est non seulement une question de justice sociale, mais aussi une nécessité économique et stratégique. Investir dans les routes agricoles, les centres de stockage, les systèmes d’irrigation et les marchés locaux, subventionner les semences et les engrais, faciliter l’accès au crédit et former les producteurs aux techniques modernes et durables sont autant de mesures indispensables pour relancer la paysannerie et garantir l’avenir alimentaire du pays.

Haïti ne pourra retrouver sa souveraineté alimentaire et son développement économique que si la paysannerie est reconnue, soutenue et protégée. Les cultivateurs sont le cœur vivant de la nation, et leur survie conditionne celle du pays. Les ignorer, c’est condamner Haïti à rester dépendante, pauvre et vulnérable. Les soutenir, c’est investir dans un avenir où l’agriculture devient moteur de prospérité, de résilience et de stabilité sociale.

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31/08/2025

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|| Paysannerie haïtienne : une richesse étouffée par les problèmes structurels et sociaux

Écrit par PIERRE Macking, Étudiant en Sciences Agronomiques à l'UPSEJ

En Haïti, la paysannerie constitue le cœur battant de la vie économique et sociale. Dans les mornes, les plaines et les vallées, les paysans se lèvent chaque matin avant l’aube pour travailler la terre, cultiver le maïs, le haricot, la patate douce, le riz, le café, le cacao, le pois congo, ainsi que d’autres denrées vivrières indispensables à la survie de la population. Pourtant, malgré ce rôle vital, le paysan haïtien demeure abandonné, marginalisé et victime d’un système qui ne valorise pas son labeur.

Le premier grand problème auquel la paysannerie fait face reste le manque d’accès aux infrastructures de base. Les routes agricoles sont souvent impraticables, surtout en saison de pluie. Aujourd’hui encore, la route de Martissant, qui constitue un passage incontournable vers la capitale, reste bloquée par l’insécurité et les barricades. En conséquence, quatre départements du pays se retrouvent paralysés : les produits agricoles pourrissent dans les zones de production parce que les madan sara ne peuvent plus descendre à Port-au-Prince pour écouler les récoltes. Des tonnes de maïs, de fruits, de légumes et de tubercules se gaspillent sur place, alors que la population urbaine, de son côté, subit la flambée des prix. Cette réalité douloureuse montre comment une crise sociale et sécuritaire peut détruire à la fois l’économie paysanne et la sécurité alimentaire nationale.

À cela s’ajoute le manque d’accès au crédit et aux intrants agricoles. La majorité des petits planteurs travaillent encore avec des outils rudimentaires : la houe, la machette et la pioche. Peu de paysans ont les moyens d’acheter des semences améliorées, des engrais ou des produits phytosanitaires. Quand bien même certains voudraient moderniser leur agriculture, les banques commerciales ne leur font pas confiance et refusent de leur prêter de

À cela s’ajoute le manque d’accès au crédit et aux intrants agricoles. La majorité des petits planteurs travaillent encore avec des outils rudimentaires : la houe, la machette et la pioche. Peu de paysans ont les moyens d’acheter des semences améliorées, des engrais ou des produits phytosanitaires. Quand bien même certains voudraient moderniser leur agriculture, les banques commerciales ne leur font pas confiance et refusent de leur prêter de l’argent. Résultat : la production reste faible, l’agriculture demeure de subsistance, et les familles paysannes s’enfoncent dans la pauvreté.

Le paysan haïtien est également confronté à l’absence d’encadrement technique. Les services de vulgarisation agricole sont pratiquement inexistants dans plusieurs communes. Des paysans cultivent toujours sans véritable connaissance scientifique de la gestion des sols, de la rotation culturale, de la lutte intégrée contre les ravageurs ou de la conservation des récoltes. Ce vide institutionnel contribue à l’épuisement des terres, à la déforestation et à la baisse de la productivité agricole.

À côté de ces difficultés structurelles, la paysannerie souffre aussi d’un manque de débouchés commerciaux organisés. Les marchés locaux, tels que le légendaire marché de Croix-des-Bossales autrefois appelé « marché du peuple » ou « marché pèp la » témoignent de la centralité des petits producteurs dans l’économie nationale. Mais aujourd’hui, ce marché est devenu un espace de chaos, où les madan sara se battent pour trouver une place et vendre leurs produits dans des conditions insalubres, sans sécurité ni protection sociale. Le paysan, qui a peiné sur sa terre pour produire, se voit obligé de vendre à perte, car il ne dispose d’aucune structure de stockage, ni de transformation, ni de transport sécurisé.

Un autre défi majeur réside dans le changement climatique. Les sécheresses prolongées, l’irrégularité des pluies, les ouragans dévastateurs et les inondations à répétition détruisent les récoltes et accentuent la vulnérabilité des paysans. Faute d’irrigation moderne, la majorité dépend encore des pluies naturelles. Une seule saison perdue peut signifier la famine pour des milliers de familles rurales.

La vie paysanne est également marquée par une grande précarité sociale. Beaucoup de familles n’ont pas accès à l’électricité, à l’eau potable, aux soins de santé ni à une éducation de qualité. Les enfants des paysans, faute de moyens, abandonnent souvent l’école pour aider aux travaux champêtres ou pour migrer vers la capitale en quête d’une vie meilleure, perpétuant ainsi le cycle de pauvreté.

Pourtant, malgré toutes ces difficultés, le paysan haïtien demeure résilient. Chaque jour, il continue de labourer sa terre, de semer et de récolter, convaincu que la terre est son seul véritable héritage. La paysannerie haïtienne, loin d’être un fardeau, est en réalité la solution au problème de sécurité alimentaire du pays. Investir dans l’agriculture paysanne, c’

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30/08/2025

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La paysannerie haïtienne face à la crise multidimensionnelle

Écrit par PIERRE Macking, étudiant en sciences agronomiques à l’UPSEJ

L’histoire d’Haïti, depuis son indépendance, ne peut être racontée sans mettre en avant le rôle central des paysans. Ils sont les véritables bâtisseurs silencieux de la nation, ceux qui nourrissent le peuple et portent sur leurs épaules la survie économique du pays. Pourtant, la réalité contemporaine des paysans haïtiens contraste douloureusement avec cette mission vitale. Leur quotidien est marqué par des difficultés croissantes, une marginalisation persistante et une absence flagrante de politiques publiques adaptées.

Aujourd’hui, les paysans haïtiens doivent affronter une situation presque intenable. D’abord, la question des semences constitue un problème majeur. Elles sont devenues excessivement coûteuses et l’État ne joue aucun rôle réel dans la subvention ou l’accompagnement. Là où hier les intrants agricoles, notamment les engrais chimiques, étaient accessibles, désormais leurs prix exorbitants excluent la majorité des cultivateurs. La conséquence directe est une baisse drastique de la production locale.

À cette difficulté s’ajoute l’absence d’une banque agricole véritablement fonctionnelle dans le pays. Les institutions financières classiques refusent de prêter aux paysans, faute de garanties. Résultat : l’agriculture, qui devrait être le moteur du développement national, reste étouffée par un manque cruel de financement.

Pire encore, l’insécurité généralisée bloque désormais tout espoir de relance. La Route de Martissant, axe vital reliant Port-au-Prince au Sud, est depuis plusieurs années sous le contrôle de groupes armés. Quatre départements entiers (Sud, Nippes, Grand’Anse et Sud-Est) se retrouvent ainsi paralysés, incapables d’écouler leurs denrées dans la capitale. Les madan sara, qui constituaient autrefois le cœur battant du commerce paysan, ne peuvent plus se rendre à Port-au-Prince. Les produits récoltés dans les campagnes pourrissent, faute de marché.

Autrefois, on disait du marché Croix-des-Bossales qu’il était le « marché du peuple ». C’était là que convergeaient les récoltes, les sueurs et les espoirs des cultivateurs venus de tout le pays. Les madan sara, véritables piliers de l’économie populaire, montaient sur les camions pour acheminer les produits maraîchers, vivriers et fruitiers vers la capitale. Aujourd’hui, cette dynamique est brisée. Le marché du peuple n’est plus que l’ombre de lui-même, affaibli par l’insécurité, la rareté des produits et l’impossibilité des échanges interrégionaux.

Il faut rappeler que la crise de la paysannerie ne date pas d’hier. Pendant des années, des décisions politiques erronées ont accentué la vulnérabilité des cultivateurs. On se souvient encore du scandale des semences de riz distribuées dans l’Artibonite qui, loin d’apporter une solution, ont provoqué des pertes catastrophiques. Des champs entiers ont été ravagés par des rats à la suite de l’utilisation de ces semences, plongeant les riziculteurs dans un désespoir sans précédent. Aujourd’hui, pour aggraver la situation, l’insécurité s’est installée jusque dans la vallée de l’Artibonite, privant les paysans de leur principal grenier.

Cette accumulation de défis, entre semences inaccessibles, engrais trop chers, absence de crédit agricole, insécurité généralisée, blocage des routes nationales et paralysie du commerce, illustre la profondeur du drame paysan en Haïti. Et pourtant, ce sont ces mêmes paysans qui continuent, malgré tout, de gratter la terre, de semer avec espoir, de nourrir une population souvent ingrate et un État absent.

La situation actuelle doit interpeller tous les décideurs et tous les citoyens. Si la paysannerie s’effondre, c’est la nation entière qui bascule dans la famine et la dépendance. Haïti ne pourra jamais se relever sans une politique agricole forte, inclusive et adaptée aux réalités locales. Soutenir les paysans, c’est redonner espoir au pays.

Paysannerie haïtienne : une richesse étouffée par les problèmes structurels et sociauxÉcrit par PIERRE Macking, Étudiant...
29/08/2025

Paysannerie haïtienne : une richesse étouffée par les problèmes structurels et sociaux

Écrit par PIERRE Macking, Étudiant en Sciences Agronomiques à l'UPSEJ

En Haïti, la paysannerie constitue le cœur battant de la vie économique et sociale. Dans les mornes, les plaines et les vallées, les paysans se lèvent chaque matin avant l’aube pour travailler la terre, cultiver le maïs, le haricot, la patate douce, le riz, le café, le cacao, le pois congo, ainsi que d’autres denrées vivrières indispensables à la survie de la population. Pourtant, malgré ce rôle vital, le paysan haïtien demeure abandonné, marginalisé et victime d’un système qui ne valorise pas son labeur.

Le premier grand problème auquel la paysannerie fait face reste le manque d’accès aux infrastructures de base. Les routes agricoles sont souvent impraticables, surtout en saison de pluie. Aujourd’hui encore, la route de Martissant, qui constitue un passage incontournable vers la capitale, reste bloquée par l’insécurité et les barricades. En conséquence, quatre départements du pays se retrouvent paralysés : les produits agricoles pourrissent dans les zones de production parce que les madan sara ne peuvent plus descendre à Port-au-Prince pour écouler les récoltes. Des tonnes de maïs, de fruits, de légumes et de tubercules se gaspillent sur place, alors que la population urbaine, de son côté, subit la flambée des prix. Cette réalité douloureuse montre comment une crise sociale et sécuritaire peut détruire à la fois l’économie paysanne et la sécurité alimentaire nationale.

À cela s’ajoute le manque d’accès au crédit et aux intrants agricoles. La majorité des petits planteurs travaillent encore avec des outils rudimentaires : la houe, la machette et la pioche. Peu de paysans ont les moyens d’acheter des semences améliorées, des engrais ou des produits phytosanitaires. Quand bien même certains voudraient moderniser leur agriculture, les banques commerciales ne leur font pas confiance et refusent de leur prêter de l’argent. Résultat : la production reste faible, l’agriculture demeure de subsistance, et les familles paysannes s’enfoncent dans la pauvreté.

Le paysan haïtien est également confronté à l’absence d’encadrement technique. Les services de vulgarisation agricole sont pratiquement inexistants dans plusieurs communes. Des paysans cultivent toujours sans véritable connaissance scientifique de la gestion des sols, de la rotation culturale, de la lutte intégrée contre les ravageurs ou de la conservation des récoltes. Ce vide institutionnel contribue à l’épuisement des terres, à la déforestation et à la baisse de la productivité agricole.

À côté de ces difficultés structurelles, la paysannerie souffre aussi d’un manque de débouchés commerciaux organisés. Les marchés locaux, tels que le légendaire marché de Croix-des-Bossales autrefois appelé « marché du peuple » ou « marché pèp la » témoignent de la centralité des petits producteurs dans l’économie nationale. Mais aujourd’hui, ce marché est devenu un espace de chaos, où les madan sara se battent pour trouver une place et vendre leurs produits dans des conditions insalubres, sans sécurité ni protection sociale. Le paysan, qui a peiné sur sa terre pour produire, se voit obligé de vendre à perte, car il ne dispose d’aucune structure de stockage, ni de transformation, ni de transport sécurisé.

Un autre défi majeur réside dans le changement climatique. Les sécheresses prolongées, l’irrégularité des pluies, les ouragans dévastateurs et les inondations à répétition détruisent les récoltes et accentuent la vulnérabilité des paysans. Faute d’irrigation moderne, la majorité dépend encore des pluies naturelles. Une seule saison perdue peut signifier la famine pour des milliers de familles rurales.

La vie paysanne est également marquée par une grande précarité sociale. Beaucoup de familles n’ont pas accès à l’électricité, à l’eau potable, aux soins de santé ni à une éducation de qualité. Les enfants des paysans, faute de moyens, abandonnent souvent l’école pour aider aux travaux champêtres ou pour migrer vers la capitale en quête d’une vie meilleure, perpétuant ainsi le cycle de pauvreté.

Pourtant, malgré toutes ces difficultés, le paysan haïtien demeure résilient. Chaque jour, il continue de labourer sa terre, de semer et de récolter, convaincu que la terre est son seul véritable héritage. La paysannerie haïtienne, loin d’être un fardeau, est en réalité la solution au problème de sécurité alimentaire du pays. Investir dans l’agriculture paysanne, c’est investir dans l’avenir d’Haïti.

Il est donc urgent que les autorités publiques, les organisations de la société civile et la diaspora unissent leurs forces pour valoriser le travail paysan. Il faut reconstruire des routes agricoles, garantir la sécurité des axes routiers stratégiques, moderniser les pratiques de production, mettre en place des coopératives de stockage et de transformation, et surtout donner une véritable reconnaissance sociale au paysan. Car sans le paysan, il n’y a ni nourriture, ni stabilité économique, ni développement durable possible.

La paysannerie haïtienne crie son désespoir, mais aussi son espoir d’être entendue et respectée. Il est temps de transformer ce cri en action, pour que les générations futures puissent vivre dans une Haïti où la terre nourrit dignement ses enfants.

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