19/08/2026
électoral : le CAHDOA favorable aux élections, mais exige des ajustements au décret du 2 juin
Le Collectif des Acteurs Haïtiens pour le Développement et l’Organisation Alternative (CAHDOA) se prononce en faveur de la relance du processus électoral en Haïti, tout en appelant à des corrections dans le décret électoral publié le 2 juin 2026. Son conseiller politique, Raphaël André, estime que le pays ne peut plus s’enliser dans une transition prolongée. Il réclame toutefois un dialogue entre le gouvernement, le Conseil électoral provisoire (CEP) et les partis politiques afin de lever les ambiguïtés du texte et de créer les conditions nécessaires à des élections inclusives, crédibles et sécurisées.
Le CAHDOA voit les élections comme une sortie de crise
Après plusieurs années sans renouvellement régulier des institutions issues du suffrage populaire, le CAHDOA considère la reprise du processus électoral comme une nécessité politique.
Dans une interview, Raphaël André soutient que la prolongation de la transition ne permet pas, jusqu’ici, de répondre efficacement aux principales difficultés auxquelles le pays est confronté. Il évoque notamment les crises économique, sociale et sécuritaire qui continuent de fragiliser le fonctionnement de l’État.
Pour le conseiller politique du CAHDOA, le renouvellement de la classe dirigeante doit passer par le vote. La légitimité des prochains dirigeants, estime-t-il, doit découler de la volonté populaire.
Cette position s’inscrit toutefois dans une approche nuancée. Le CAHDOA approuve le principe de la tenue des élections, mais conteste certaines dispositions du décret électoral qui, selon Raphaël André, pourraient provoquer de nouvelles difficultés au cours du processus.
Des réserves sur certaines dispositions du décret électoral
Le CAHDOA affirme avoir déjà attiré l’attention du CEP et de l’opinion publique sur plusieurs articles du décret électoral.
Raphaël André cite notamment l’article 153, alinéa 26, relatif à la présentation d’un certificat de santé par les candidats. Selon lui, cette exigence mérite d’être réexaminée au regard des dispositions constitutionnelles relatives aux conditions de participation aux élections.
Son argument repose sur le principe de la hiérarchie des normes. Pour le responsable politique, les dispositions d’un décret doivent être conformes à la Constitution et ne peuvent imposer des exigences qui entreraient en contradiction avec celle-ci.
Dans cette perspective, le CAHDOA invite les autorités électorales à engager des consultations avec les formations politiques concernées. L’organisation estime qu’un dialogue en amont permettrait d’identifier les points de désaccord et de procéder aux modifications nécessaires avant que ceux-ci ne deviennent des sources de contestation.
Le référendum soulève également des interrogations
Autre préoccupation soulevée par Raphaël André : la coexistence éventuelle entre le processus électoral et un référendum susceptible de modifier l’architecture institutionnelle du pays.
Il s’interroge notamment sur la pertinence d’organiser l’élection des sénateurs alors qu’un éventuel référendum pourrait remettre en cause l’existence ou les prérogatives du Sénat.
Pour lui, cette question doit être clarifiée avant la tenue des scrutins. Il serait, selon son analyse, contradictoire de mobiliser des ressources et des moyens pour élire des représentants dont le statut institutionnel pourrait ensuite être remis en question.
Le CAHDOA souhaite donc que les autorités apportent des réponses précises à ces interrogations afin d’éviter que le processus électoral ne soit fragilisé par des contradictions juridiques ou politiques.
« Il faut sortir de la transition »
Sur la question de l’opportunité d’organiser les élections dans le contexte actuel, Raphaël André défend une position claire : Haïti doit renouer avec le fonctionnement normal de ses institutions.
Il rappelle que le pays dispose, sur le plan constitutionnel, d’un exécutif, d’un pouvoir législatif et d’un pouvoir judiciaire. Or, plusieurs de ces institutions connaissent aujourd’hui d’importantes difficultés de fonctionnement.
L’absence prolongée d’élus constitue également une source de préoccupation. Plusieurs mandats locaux étant arrivés à terme, le CAHDOA estime que le pays doit renouveler ses représentants afin de restaurer la légitimité des institutions.
Toutefois, cette volonté d’aller aux élections est conditionnée à la création d’un environnement favorable.
Selon Raphaël André, les autorités doivent notamment garantir aux candidats la possibilité de faire campagne et aux électeurs celle d’exercer leur droit de vote dans des conditions acceptables.
La sécurité, condition essentielle du scrutin
La situation sécuritaire demeure, néanmoins, l’un des principaux obstacles à la réalisation des élections.
Le conseiller politique du CAHDOA reconnaît que certaines régions et certains quartiers sont soumis à l’influence de groupes armés. Il estime toutefois qu’il faut éviter de généraliser la situation à l’ensemble du territoire national.
Il appelle ainsi les autorités à mettre en place les conditions sécuritaires indispensables à la tenue du scrutin.
Mais son analyse de l’insécurité va au-delà de la seule question des a***s. Raphaël André estime que la violence trouve également ses racines dans les faiblesses sociales et institutionnelles du pays.
Il s’inquiète particulièrement de la présence de jeunes adolescents dans les rangs des groupes armés. Pour lui, cette réalité témoigne de l’incapacité de l’État à offrir suffisamment de perspectives aux nouvelles générations.
La réponse à l’insécurité devrait donc, selon le CAHDOA, combiner mesures sécuritaires, politiques sociales et perspectives économiques.
Le développement économique au cœur des préoccupations
Au-delà du calendrier électoral, Raphaël André défend une transformation plus profonde du modèle de gouvernance.
Le CAHDOA souhaite notamment une politique économique orientée vers la création de richesses et d’emplois. L’organisation estime que la lutte contre la pauvreté ne peut être dissociée de la question de l’emploi et de l’investissement.
La production agricole occupe également une place importante dans cette vision. Raphaël André plaide pour une politique publique capable de renforcer la production nationale et de réduire la dépendance alimentaire du pays.
Il appelle également à revoir certaines orientations de la politique monétaire afin de faciliter les investissements et de favoriser la création d’emplois.
Pour le CAHDOA, les élections doivent donc constituer le point de départ d’un changement de gouvernance et non une simple opération de renouvellement des responsables politiques.
Vers un dialogue entre les acteurs
Face aux multiples préoccupations entourant le processus électoral, le CAHDOA préconise finalement l’ouverture d’un dialogue politique.
Raphaël André invite le gouvernement, le CEP, les partis politiques et les autres acteurs concernés à se réunir afin d’examiner les dispositions contestées du décret électoral et de rechercher des solutions consensuelles.
L’objectif affiché est d’éviter qu’une élection organisée dans un climat de méfiance ou d’exclusion ne débouche sur une nouvelle crise.
Le CAHDOA insiste ainsi sur la nécessité d’un processus inclusif. Les acteurs politiques doivent pouvoir participer au débat, les électeurs doivent pouvoir exercer leur droit de vote et les résultats issus des urnes doivent être respectés.
Une élection pour restaurer la légitimité
Le message de Raphaël André repose finalement sur un double impératif : organiser les élections et améliorer les conditions dans lesquelles elles doivent se dérouler.
Pour le CAHDOA, le pays ne peut indéfiniment rester dans une situation de transition. Toutefois, la sortie de crise ne saurait se limiter à l’organisation matérielle d’un scrutin.
Elle suppose également un cadre électoral cohérent, un environnement sécurisé, un dialogue politique ouvert et des garanties permettant aux citoyens de choisir librement leurs dirigeants.
À travers cette position, le CAHDOA entend donc soutenir la dynamique électorale tout en demandant aux autorités de corriger les failles identifiées dans le décret du 2 juin 2026. Reste désormais à savoir si le gouvernement et le CEP répondront favorablement à cet appel au dialogue et aux modifications réclamées avant la poursuite du processus.
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