02/08/2026
Entre la Mairie et le SNGRS, qui a la plus grande responsabilité dans le ramassage des fatras à Jacmel ?
Écrit par Jonathan Gédéon
Le 10 juillet 2026, Wilner Sica prend ses fonctions. Il devient Directeur Départemental du Sud-Est du Service National de Gestion des Résidus Solides (SNGRS). Mackensia Paulin l'accompagne comme adjointe. Quatorze jours plus t**d, le 24 juillet, une autre équipe s'installe. Marceau Joseph, Stéphanie Edouard Lafontant et Julie Leclerc prennent la tête de la Mairie de Jacmel. Deux équipes arrivent presque en même temps. Une seule question occupe les esprits Jacméliens : entre le SNGRS et la Mairie, qui doit ramasser les fatras ?
Cette question compte vraiment. Jacmel étouffe sous les déchets depuis plusieurs années. Les rues se remplissent. Les caniveaux se bouchent. Les marchés débordent. Ce désordre n'est pas seulement laid à voir. Il menace la santé des gens. Les eaux stagnantes attirent les maladies. Les fatras bouchent les canaux, et l'eau de pluie inonde alors les maisons. La belle côte de Jacmel, si utile au tourisme, en souffre aussi. Face à ce spectacle, les citoyens s'impatientent, et cette impatience se comprend. Certains, pourtant réfléchis, se trompent de cible. Ils accusent la Mairie et défendent le SNGRS. D'autres font l'inverse. Beaucoup mélangent tout simplement les deux institutions. Pour sortir de cette confusion, il suffit de lire les textes qui les créent. Ensuite, il faut regarder ce qui se passe vraiment sur le terrain.
Le SNGRS naît d'une loi votée en 2017. L'article 1 de cette loi le crée comme un organisme autonome, avec sa propre existence légale. L'article 6 le place sous la tutelle du Ministère de l'Environnement, qui surveille ses décisions sans gérer ses affaires au quotidien. L'article 4 lui donne une mission claire : gérer les déchets solides, médicaux et très toxiques, coordonner et contrôler les différents operateurs et entités qui travaillent dans ce secteur, ainsi que promouvoir des habitudes responsables chez le citoyen dans la protection de son environnement. L'article 2.1 précise ce travail : le SNGRS fixe les règles générales de collecte, de transport, de tri, de recyclage et de transformation des déchets, partout dans le pays. L'article 2.2 ajoute qu'il possède une unité spécialisée pour les déchets médicaux et très toxiques, un travail que la Mairie ne peut pas faire seule. Enfin, l'article 3 oblige le SNGRS à ouvrir des bureaux dans chaque département et dans chaque commune, comme celui que dirige désormais Wilner Sica à Jacmel.
La Commune, elle, suit une autre logique. Un décret de 2006 fixe son organisation et son fonctionnement. L'article 2 la définit comme une collectivité territoriale moyenne, avec sa propre existence légale et son propre argent à gérer. L'article 5 explique qu'elle est dirigée par deux organes : le Conseil Municipal ou Conseil Communal, qui agit, et l'Assemblée Municipale, qui surveille et approuve. L'article 59 précise que le Conseil Municipal est l'organe qui exécute les décisions pour la Commune. L'article 63 donne à ce Conseil une mission large : améliorer le cadre et les conditions de vie des habitants de la commune, en leur fournissant des biens et des services utiles au quotidien, par la promotion et l’animation du développement local. L'article 134 mentionne, parmi les services de la Mairie, une Direction de la Protection Civile qui s'occupe des urgences et de la Police Administrative, chargée de veiller à l'ordre et à la propreté dans les rues. La Mairie connaît chaque ruelle, chaque marché, chaque zone de la commune. Cette proximité est sa vraie force face aux fatras.
À ce stade, une différence claire apparaît. Le SNGRS fixe les règles à l'échelle du pays entier. La Mairie, elle, gère la vie de la commune au jour le jour. Pourtant, la loi ne les sépare pas complètement. Elle prévoit, au contraire, un travail commun obligatoire. L'article 2 de la loi de 2017 le dit sans détour : le SNGRS agit « de concert avec les Collectivités territoriales » pour gérer les déchets solides. Aucune des deux institutions ne porte donc cette responsabilité toute seule. Elle se partage entre elles. L'article 17 va encore plus loin. Il précise que le Service des Opérations du SNGRS planifie et effectue la collecte des déchets « en coopération avec les Collectivités Territoriales et les CASECS ». La Mairie de Jacmel devient ainsi un partenaire essentiel, et non un simple spectateur qui regarde le SNGRS travailler.
Cette façon de faire ressemble à un principe bien connu de la théorie des jeux. Dans un jeu où l'on gagne ensemble, deux joueurs partagent le même but. Chacun possède cependant des atouts différents. La réussite dépend alors de leur entente, et non de leur rivalité. Si chaque joueur attend que l'autre bouge le premier, tout le monde finit par perdre. Les chercheurs appellent ce piège la tragédie des biens communs. Personne ne nettoie, car chacun espère que le voisin s'en chargera. Les fatras s'accumulent alors dans l'indifférence des deux côtés. À l'inverse, un jeu où chacun gagne quelque chose change tout. Dans ce cas, la coopération profite aux deux institutions à la fois. Le SNGRS gagne en efficacité grâce à la connaissance du terrain qu'a la Mairie. La Mairie, elle, gagne en savoir-faire technique grâce à l'appui du SNGRS. Les deux y trouvent leur compte, et la population en profite directement. Les règles qui organisent le travail des administrations de l'État vont d'ailleurs dans ce sens. Elles imposent aux institutions publiques de travailler ensemble. Ce n'est pas un choix libre. C'est une obligation que la loi impose aux deux parties.
La grande loi du pays, la Constitution, renforce encore cette exigence d'entente. Elle donne aux communes le droit de gérer certaines affaires elles-mêmes. Elle n'autorise cependant aucune institution nationale à abandonner totalement le terrain aux communes. Le SNGRS reste un service qui couvre tout le pays. Il garde donc une responsabilité d'ensemble sur la gestion des résidus solides. La Mairie, de son côté, reste l'autorité la plus proche des habitants. Ensemble, ces deux institutions forment un attelage. L'une trace la route, l'autre conduit la charrette. Si l'une des deux se dérobe, l'attelage entier s'arrête.
Concrètement, que doivent attendre les Jacméliens de ces nouvelles autorités ? D'abord, une communication claire entre le bureau départemental du SNGRS et la nouvelle commission municipale. Ensuite, un partage transparent des tâches : les règles et l'appui technique d'un côté, le travail de terrain et la propreté des rues de l'autre. Enfin, un bilan régulier et public des résultats obtenus. Sans cette entente, les critiques continueront de viser la mauvaise cible. Avec elle, Jacmel pourrait enfin tourner la page des rues encombrées.
La presse locale joue ici un rôle utile. Elle explique à la population ce que chaque institution doit vraiment faire. Elle évite ainsi les accusations mal dirigées. Elle pousse aussi les autorités à rendre des comptes devant les citoyens. Une bonne gestion locale repose justement sur cette habitude d'expliquer et de justifier ses actions. Aucune institution ne doit se cacher derrière l'autre pour excuser son inaction. La b***e se trouve maintenant dans le camp du SNGRS et de la Mairie. Aux citoyens jacméliens, ensuite, de rester attentifs et exigeants, sans jamais cesser d'interpeller leurs autorités.