10/04/2026
Je viens de finir le tout dernier roman de Kettly Mars et je dois dire que la fin (reproduite ci-dessous) est magistrale, et surtout poétique. En fait, tout le livre est poétique. Kettly est, dans sa biographie, toujours présentée d’abord comme poète. C’est une poète qui écrit des romans. Elle avait d’ailleurs commencé sa carrière d’écrivain comme tel avec le recueil “Feu de miel” (1997). Puis, en 2011, “Feulements et sanglots”. Je n’ai jamais lu les poèmes de Kettly Mars, mais j’ai lu sa poésie à travers ses romans comme son tout dernier “Je ne te trouverai pas deux fois dans ce même corps” (2026). Je considère cet ouvrage comme le plus poétique de son œuvre romanesque. Pas parce qu’elle n’y fait que de la poésie. Elle y raconte bien une histoire, ou plutôt des histoires qui s’entremêlent, s’entrechoquent, se lient et se délient. Des histoires sociales, comme celle des manifestations pour réclamer des comptes sur les fonds PetroCaribe avec le fameux slogan « Kote kòb PetroCaribe a ». Le pays lock. Des histoires comme celle de cette femme entre deux amours dans un Port-au-Prince alambiqué où aimer est un grand risque. De temps à autre, parmi ces histoires, la poésie se glisse subrepticement comme un cadeau. Des phrases si sublimes qu’il faut les lire plusieurs fois, non pour les comprendre, mais pour en j***r à satiété. L’auteure rend par ailleurs hommage à plusieurs poètes comme Castera ou Davertige, dont elle reprend quelques vers. Le poète que je suis remercie Kettly Mars pour ce précieux moment en sa compagnie.
-Jonel Juste, poète
“La nuit à ma fenêtre s’arrête un moment; elle retient son souffle juste quelques secondes avant l’explosion du premier jet de couleurs. Je me penche vers le ciel, le regard assoiffé. C’est à chaque fois le même enchantement, une émotion nue qui naît dans le silence rompu. Pendant une minute d’éternité, un homme continue de défier les ombres avec des giclées rondes et lumineuses d’or, de vert, de bleu, de rouge qui explosent, montent au plus profond de l’obscurité et retombent lentement, traînées d’étoiles s’éteignant une à une. Il lance ses obus de joie multicolore pour chanter les yeux bridés d’une femme perdue dans la foule, célébrer les amours nomades et les mains qui se tendent vers d’autres mains.”
-Kettly Mars, “Je ne te trouverai pas deux fois dans ce même corps” (2026)
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