07/03/2026
Archives Nationales d'Haïti : la crépuscule d'un règne, le Naufrage d'une mémoire à la tête des Archives Nationales d’Haïti (ANH)
Depuis plus de quarante ans, Jean-Wilfrid Bertrand semble aujourd’hui prisonnier d’une institution qu’il a pourtant portée à bout de bras. Entre le poids des années, l’essoufflement administratif et la grogne syndicale, la question de son maintien au poste de Directeur Général ne relève plus du débat technique, mais de l’urgence nationale.
Dans les couloirs poussiéreux de l’institution située au cœur d’une capitale meurtrie, le silence des vieux registres est désormais brisé par les murmures de mécontentement. Jean-Wilfrid Bertrand, nommé en 1983 sous l’ère Duvalier, incarne à lui seul une longévité qui frise l’anachronisme. Si l’homme a été, pendant des décennies, le gardien respecté de l’état civil et de l’histoire haïtienne, le constat actuel est sans appel : l’énergie n’y est plus.
Le poids de l’âge face au défi du siècle
La « faute de vieillesse » n’est pas ici une attaque personnelle, mais une réalité managériale. À l’heure où les archives mondiales basculent dans l’intelligence artificielle et la numérisation massive, les ANH peinent encore à sortir de l’ère du papier jauni. La direction actuelle, affaiblie par le poids des ans, semble incapable de mener la transition numérique nécessaire pour protéger nos actes de naissance et nos documents historiques des menaces climatiques et des assauts des gangs qui encerclent le centre-ville.
« On ne gère pas une institution d’État en 2026 avec les réflexes des années 80 », confie un employé sous couvert d’anonymat. Cette incapacité physique et stratégique à se projeter dans l’avenir laisse l’institution dans un état de stagnation léthargiqueUn remplacement au cœur des zones d’ombre
Mais alors, pourquoi ce statu quo ? Pourquoi l’État haïtien s’obstine-t-il à maintenir un dirigeant dont les forces déclinent ? Les interrogations fusent. S’agit-il d’une volonté délibérée de laisser pourrir l’institution pour mieux masquer certains dysfonctionnements administratifs ? Ou est-ce le signe d’un vide sidérant au sein de la fonction publique, incapable de préparer une relève compétente ?
Les syndicats, de leur côté, ne décolèrent pas. Ils dénoncent une gestion devenue opaque, où le manque de vision du sommet se traduit par une dégradation des conditions de travail et un gel des carrières. Pour beaucoup, le remplacement de M. Bertrand est devenu un sujet tabou au sein du Conseil des Ministres, comme si toucher à ce « monument » risquait de faire s’écrouler tout l’édifice de l’état civil haïtien.
L’urgence d'un changement de direction à l'ANH
Le maintien de Jean Wilfrid Bertrand à la tête des Archives Nationales ressemble aujourd’hui à un acte de négligence patrimoniale. La mémoire d’un peuple ne peut dépendre de la résistance biologique d’un seul homme. Il est impératif que les autorités de transition sortent de leur mutisme et organisent une passation de pouvoir digne, permettant à l’institution de retrouver un second souffle avant que l’histoire ne s’efface, faute de gardien capable de la porter.
L’heure n’est plus aux hommages pour services rendus, mais à l’action. Car si les Archives meurent, c’est l’identité même de chaque Haïtien qui s’évapore.
Écrit par: Weeth-shel JOSEPH
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