24/09/2022
[Les commentaires d’AYITI | FEEDBACK]
La Pilule du Dr. Ariel Henry
Pendant plus de dix jours, toutes les activités ont été paralysées. Des scènes de pillage ont été enregistrées dans presque toutes les villes du pays. Toutes les institutions de la République ont dû fermer leurs portes. Des pneus enflammés et des barricades de tout genre ont été dressés un peu partout à travers les rues. La Police Nationale d’Haïti, pour dissuader les protestataires-manifestants ont, par endroit, utilisé un bras de fer. Déclarations incendiaires. Altercations. Arrestation de plusieurs dizaines de personnes. Affrontements. Jets de pierres. Voitures et maisons incendiées. Bref… Le tout, pour forcer le gouvernement de Ariel Henry à revoir sa décision.
Dans son adresse à la nation, le dimanche 18 septembre, le Premier ministre, Ariel Henry, a, semble-t-il, mis de l’huile sur le feu. Il a maintenu sa position, malgré toutes les perturbations ayant secoué la République pendant environ six jours. Selon lui, les dégâts enregistrés auraient été l’œuvre d'hommes armés opérant pour le compte d’un groupe économique. Une affirmation qu’a soutenue le Secrétaire général de l’Organisation des Nations-Unies qui, à la veille de la 77è Assemblée générale, intervenait, en exclusivité, sur France 24. Antonio Guterres reste convaincu qu’il faut subventionner les familles mais pas le carburant. Dans la foulée, il persiste à croire qu’une « force robuste » doit être mise en place pour contrecarrer les gangs armés.
« Ce sont les acteurs économiques qui financent le mouvement des rues. Ils ne vivent pas en Haïti. Ils ont des manoirs dans différentes parties du monde. Pourtant, ce sont eux qui paient pour que les gens investissent les rues », a, en début de semaine, fait savoir Juan Gonzalez, directeur principal du Conseil de sécurité nationale pour l’hémisphère occidental et assistant spécial du Président Joe Biden. Une autre affirmation, plus détaillée, qui soutient fermement le Premier ministre dans sa démarche.
Malgré tout, les rues ont connu une deuxième semaine de « Lock » jusqu’au jeudi 22 septembre, où, timidement, les activités paraissent avoir été reprises. Les forces de l’ordre tentent d’enlever les barricades. Des tirs sporadiques et des rafales ont été entendus un peu partout dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Dans certains endroits, les résidents replacent et/ou renforcent les barrages empêchant aux véhicules, mêmes ceux de l’Etat, de traverser. Une situation chaotique portant les esprits avisés à ne pas entrevoir une lueur d’espoir pour Haïti et envisager le pire dans les jours à venir.
Le silence des autorités gouvernementales pèse lourd. Un silence qui en dit long. Peut-être le chef du gouvernement joue-t-il sur la carte du temps. Il a la certitude qu’un peuple qui a faim ne peut pas se battre indéfiniment. Il attend sans doute que les réserves soient épuisées pour un retour au calme et au dialogue. Un souhait qu’il renouvelle à chaque prise de parole. L’important est d’attendre. Pour combien de temps ? Personne ne sait.
Entre temps, la situation sociale, économique, politique et sécuritaire du pays est détériorée. A environ quinze jours de la réouverture des classes, le 3 octobre prochain, le bât blesse. Le carburant n’est toujours pas disponible dans les stations de service. Dans une vidéo circulant sur les réseaux sociaux, le Chef des G9 a fait savoir que le Premier ministre doit l’abattre pour que le terminal Varreux puisse acheminer le carburant dans les stations de service. La population est aux abois. Le prix des produits de première nécessité grimpe encore. Celui du transport en commun aussi. Pénurie d’eau potable dans certains quartiers de la capitale. Depuis dimanche, de longues files d’attente se dessinent devant les stations de gaz propane. Certaines boutiques de provisions alimentaires sont en rupture de stock. Personne ne sent l’implication et la volonté du gouvernement à matérialiser les promesses qu’il a faites au peuple haïtien pour pallier la situation sociale et économique du pays. Par-dessus tout, le problème de l’insécurité reste entier.
Plus de dix jours de « Lock » se sont écoulés. Pour quel résultat ? Les vrais problèmes de la nation, ont-ils été résolus ? Le prix du carburant à la pompe, a-t-il été revu ? Le Premier ministre, Ariel Henry, a-t-il démissionné comme l’exigeaient les manifestants protestataires ? L’ordre, va-t-elle enfin régner ? Peut-on s’attendre au pire ? Que l’on veuille ou non, la population haïtienne se verra en situation d’avaler « la pilule Ariel Henry » qui, pour alléger la situation socio-économique de la population, avait promis la mise en place des programmes d’apaisement sociale pour les plus faibles, la relance des restaurants communautaires de la région métropolitaine capables de fournir 40 mille plats chauds par jour. Une promesse qui a été déjà faite, il y a près de dix mois.
La Rédaction
www.ayitifeedback.com