23/11/2025
PROCÈS LUMBALA : QUAND LA FRANCE JUGE LES CRIMES QUE LA RDC N’OSE PAS NOMMER
Par KongoTimes!
Dans une salle d’audience parisienne, bien plus qu’un procès ordinaire se joue depuis le 12 novembre 2025 : celui de Roger Lumbala, ancien chef rebelle congolais, est en train de redéfinir les contours de la justice face aux atrocités commises en République démocratique du Congo (RDC). Ce procès est un moment de vérité, de reconnaissance, mais aussi d’interrogations sur ce que signifie vraiment la justice internationale.
I. UN PROCÈS QUI DÉVOILE L’AMPLEUR DES CRIMES OUBLIÉS
Le cœur de l’accusation contre Lumbala repose sur le rapport Mapping de l’ONU, publié en 2010, qui recense les violations massives des droits humains commises entre 1993 et 2003 en RDC. Ce rapport documente des meurtres, viols de masse, tortures, disparitions et destructions de villages, et met en lumière des opérations particulièrement sanglantes comme « Effacer le tableau ».
Lors de l’audition du 19 novembre 2025, l’ancien officier des droits de l’homme Luc Henkinbrant, qui a participé à l’enquête du rapport, a rappelé que lors de cette opération, au moins 373 civils, dont des Pygmées, auraient été exécutés. Des témoignages ont évoqué l’usage par des milices de pratiques rituelles macabres — un niveau de violence et d’intimidation qui dépasse de loin une guerre classique.
Ces récits ne sont pas anecdotiques : ils révèlent une souffrance systémique qui, pendant des décennies, est restée largement impunie. Pour les victimes, ce procès est bien plus qu’un enjeu judiciaire : c’est une reconnaissance de leur douleur.
II. LE SCANDALE DES ANNEXES DU RAPPORT MAPPING : LE VISAGE CACHÉ DE L’IMPUNITÉ
Un des volets les plus troublants du procès est l’absence des annexes du rapport Mapping dans le dossier de la cour française. Ces annexes, selon les témoignages, contiennent les noms des présumés auteurs des crimes, des responsables militaires, rebelles, mais aussi des figures politiques impliquées.
L’absence de ces documents devant la justice française est largement dénoncée comme un véritable scandale, car elle prive les victimes d’une piste cruciale pour identifier tous les coupables. Sans cette base de données, certains acteurs puissants — potentiellement encore influents en RDC, au Rwanda, en Ouganda ou ailleurs dans la région des Grands Lacs — restent hors de portée de la justice.
Cette opacité soulève une question centrale : si la justice internationale ne peut pas accéder à toutes les informations, comment tenir pleinement responsables ceux qui ont semé la terreur ?
III. L’IMPORTANCE DU PRINCIPE DE COMPÉTENCE UNIVERSELLE
Pourquoi la France juge-t-elle un Congolais pour des violences commises en RDC ? La réponse tient au principe de compétence universelle, qui permet à un État de juger des crimes contre l’humanité, même s’ils n’ont pas été commis sur son territoire et que les victimes et les auteurs ne sont pas de sa nationalité.
Lumbala a été arrêté à Paris en décembre 2020 et mis en examen en janvier 2021 par l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité (OCLCH), avant d’être inculpé en 2023 pour « association de malfaiteurs en vue de la préparation de crimes contre l’humanité » et « complicité » de tels crimes.
Plusieurs organisations de défense des droits humains saluent ce procès comme un signal fort : la communauté internationale ne peut plus fermer les yeux sur l’impunité qui frappe la RDC.
IV. L’ABSENCE DE LUMBALA : UN MÉPRIS FACE AUX VICTIMES
Depuis l’ouverture du procès, Roger Lumbala refuse de comparaître. Il a même annoncé une grève de la faim pour protester contre la légitimité de la cour, rejetant la compétence de la justice française.
Ses avocats dénoncent un « procès hors sol », mené à 8 000 km de la RDC, et estiment que la France outrepasse sa souveraineté judiciaire, d’autant que Kinshasa aurait demandé son extradition à plusieurs reprises, sans que Paris ne donne suite.
Ce refus de participer, que beaucoup voient comme un geste d’arrogance ou de déni, est aussi une expression politique : Lumbala affirme vouloir être jugé par la Cour pénale internationale (CPI), mais vingt ans après les faits, ce choix paraît comme un ret**dement de la justice.
V. LE DOCUMENTAIRE « L’EMPIRE DU SILENCE » : UN MIROIR POUR LA CONSCIENCE
Pour aider les jurés à mesurer l’ampleur et la gravité des crimes, un documentaire, intitulé L’Empire du silence, a été projeté pendant le procès. Selon des rapports de presse, ce film montre des images fortes, témoignant des destructions massives, des déplacements, des exactions, des visages de victimes.
Les réactions des jurés ont été poignantes : certains ont détourné le regard, d’autres posé la main sur la bouche. Ce n’est pas seulement un outil pédagogique : c’est un miroir : la vérité congolaise, exposée, ne peut plus être ignorée.
VI. UN SYMBOLE PUISSANT : LA FIN D’UNE IMPUNITÉ ?
Ce procès est historique à plusieurs titres :
- Reconnaissance des victimes : pour la première fois, des survivants congolais voient leurs souffrances reconnues par une juridiction étrangère.
- Menace aux bourreaux : des responsables, autrefois intouchables, sont désormais exposés à des poursuites.
- Rappel politique : jamais la justice ne peut rester passive face aux crimes de guerre et aux crimes contre l’humanité, même des années après.
Modèle pour d’autres États : comme l’a souligné Amnesty International, ce procès pourrait inspirer d’autres pays à utiliser la compétence universelle contre des auteurs présumés de crimes en RDC.
VII. LIMITES ET DÉFIS : LA ROUTE VERS LA JUSTICE RESTE DE LONGUE
Pourtant, ce procès ne résout pas tout :
1. L’absence des annexes du Mapping continue de laisser des zones d’ombre sur la chaîne de commandement.
2. La justice congolaise est contournée ; la défense argue que la RDC devrait juger ses propres responsables, mais la faiblesse de l’État, le manque de volonté ou les pressions politiques compliquent cette voie.
3. Le traumatisme des victimes ne s’efface pas avec une condamnation : la reconnaissance judiciaire est nécessaire, mais pas toujours suffisante pour la réparation.
4. Le facteur politique : certains responsables cités pourraient encore j***r d’influence — la justice internationale doit affronter des résistances très concrètes.
CONCLUSION : UN FRAGILE MAIS PRÉCIEUX ESPOIR
Le procès Lumbala à Paris n’est pas seulement une affaire judiciaire : c’est un acte de mémoire, un appel à la responsabilité, un geste politique. Il rappelle que même deux décennies plus t**d, la vérité peut être mise au jour, que les voix des victimes peuvent être entendues, et que l’impunité peut être ébranlée.
Mais l’histoire ne s’écrit pas seulement dans un tribunal. Pour que ce procès marque véritablement un tournant, il faut que la justice congolaise également prenne le relais, que les annexes du Mapping soient rendues publiques, et que les leçons du passé guident la paix de demain.
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