29/03/2023
Vivification du mois de Ramadan 1444H
Jour 6 : MATLABUL FAWZAYNI
« Matlabul Fawzayni » (La quĂȘte du bonheur dans les deux mondes [Ici-bas et dans lâAu-delĂ ]) est un poĂšme qui a eu ses lettres de noblesses par la voix de Cheikh Abdoul Ahad, troisiĂšme khalife des Mourides, qui lâavait convoquĂ© dans une de ses adresses. Il en avait choisi plusieurs vers dont il avait lui-mĂȘme fait la traduction. Il indiquait Ă©galement que le Cheikh y rĂ©capitule toutes ses ambitions pour Touba, ce qui est une orientation de taille sur la considĂ©ration qui sied vis-Ă -vis de la ville sainte. Cheikh Abdoul Ahad avait par ailleurs soulignĂ© que les priĂšres formulĂ©es par le Cheikh dans cet Ă©crit ont toutes Ă©tĂ© exaucĂ©es par le Seigneur.
Rappelons que le Cheikh a composĂ© « Matlabul Fawzayni » dĂšs son arrivĂ©e Ă Touba en 1888. Ăcrit dans la mĂ©trique « Rajaz », le poĂšme compte 236 vers et prĂ©sente un prĂ©ambule trĂšs fourni qui dĂ©livre de nombreux Ă©clairages sur le Khassida. Le Cheikh mentionne dans ce prĂ©ambule : « lâobjet du poĂšme est de glorifier Dieu et de lui rendre grĂące ». Il ajoute : « Il a Ă©tĂ© composĂ© Ă Touba, une terre que Dieu a prĂ©servĂ©e ». Toujours dans le prĂ©ambule, le Cheikh poursuit : « Dieu lâa prĂ©servĂ© de tout mal, de tout danger par Ă©gard pour celui qui sâest exilĂ© pour vivifier la tradition du ProphĂšte (PSL)». Le reste du prĂ©ambule est constituĂ© de priĂšres et de propos qui rappellent les invocations du vĂ©nĂ©rĂ© prophĂšte Abraham au moment de son installation Ă la Mecque.
DĂšs le premier vers, le Cheikh glorifie Allah en ces termes : « AlhamdulillĂąhil KarĂźmi zil minan, Alashti qĂąlĂź bi furĂ»din wa sunan » (Louange Ă Dieu le GĂ©nĂ©reux et MaĂźtre des bienfaits...). Il poursuit au vers 2 : « Je Lui rends grĂące pour mâavoir conduit sur une terre oĂč Il a annihilĂ© les obstacles ». Ce vers est pour le moins dĂ©routant, car le Cheikh parle dâobstacles annihilĂ©s alors quâil Ă©tait dans une forĂȘt fort inhospitaliĂšre. Par ce contraste apparent, on peut noter Ă quel point le Cheikh exulte et montre quâil est dĂ©barrassĂ© de tout ce qui Ă©tait contraignant pour lui. NĂ©anmoins, la comprĂ©hension Ă ce niveau doit ĂȘtre double. Le Cheikh montre dâabord une satisfaction majuscule dâavoir trouvĂ© une terre oĂč il pourra se consacrer Ă lâinjonction faite Ă tous les musulmans Ă savoir adorer Allah. Il exulte aussi parce que, de façon plus transcendantale, le Seigneur lui a prĂ©sentĂ© la photographie de ce que Touba sera. Câest ainsi quâil faut comprendre sa dĂ©claration suivante, qui fait rĂ©fĂ©rence Ă la mosquĂ©e de Touba : « Le Seigneur mâa accordĂ© un Ă©difice qui se dressera jusquâau Paradis ». Notons quâen ces temps, nul ne sâimaginait des habitations en dur dans cette ville. Lâauteur ajoute : « Le Seigneur mâa accordĂ© un lieu de quĂȘte du savoir ». Un vers qui nous fait penser Ă lâuniversitĂ© que le vĂ©nĂ©rĂ© Cheikh Mountakha a Ă©difiĂ©.
Le vers 17 sâavĂšre plus explicite sur la raison pour laquelle le Cheikh exulte. Il considĂšre, par humilitĂ©, ne pas mĂ©riter ce que le Seigneur lui a accordĂ©. Il Ă©crit Ă ce propos : « Les Ă©loges des gens ont failli me faire tomber dans le piĂšge de Satan ». Il ajoute au vers 22 : « Jâai Ă©tĂ© nĂ©gligeant ». « Je me plains pour mes nombreux vices » (vers 25). « Je suis un paresseux qui dort beaucoup » (vers 23). Cette posture nâest pas nouvelle chez les soufis et il faut en avoir une comprĂ©hension non superficielle. En effet, dans leur itinĂ©raire, les hommes de Dieu ne voient que la distance qui les sĂ©pare de la conjonction spirituelle, ce qui ne veut pas dire quâils sont paresseux, nĂ©gligents ou indigĂšnes. Au contraire, ils sont « primus inter pares » (premiers parmi leurs pairs).
A suivreâŠ
Commentaire : Serigne Mansour Seck (Membre comité scientifique HT)
Restitution : Awa Tall Ba