03/06/2026
CRJ et la question de Mayotte: Et si le modèle Chine-Taïwan inspirait les relations entre les Comores et l’Île comorienne de Mayotte ?
Dans le paysage géopolitique mondial, s’il est un exemple qui prouve que l'économie peut transcender les frontières politiques, c’est bien celui de la Chine continentale et de Taïwan. Malgré des divergences politiques historiques et profondes, ces deux économies partagent une interdépendance vitale : Taïwan est le cœur battant des technologies mondiales dont la Chine a besoin, tandis que le continent reste le premier partenaire commercial de l'île.
Ce modèle de pragmatisme économique offre une source d'inspiration lumineuse pour l'archipel des Comores. Pourquoi ne pas imaginer, à l'instar de Pékin et Taipei, un partenariat économique et commercial ambitieux entre l'Union des Comores et l'île comorienne de Mayotte ? Une telle démarche, loin d'être utopique, s’appuie sur une complémentarité géographique et économique évidente qui ne demande qu'à être exploitée pour le bien-être de tous les Mahorais et de leurs frères des autres îles.
Aujourd'hui, Mayotte fait face à des défis majeurs en matière de coût de la vie et de dépendance vis-à-vis des importations lointaines, notamment européennes. À quelques dizaines de milles marins, Anjouan, Grande Comore et Mohéli regorgent de terres fertiles et d'un savoir-faire agricole traditionnel.
Les Comores disposent du potentiel naturel pour devenir le premier grenier et fournisseur de Mayotte en produits frais et de qualité :
• L'or vert et les féculents : Bananes, manioc, taros et patates douces, qui constituent la base de l'alimentation locale, pourraient être acheminés frais et à moindre coût.
• Fruits et légumes de saison : Agrumes, mangues, avocats et maraîchage bénéficieraient d'un circuit court exceptionnel.
• Les produits de la mer : Grâce à des zones maritimes poissonneuses, les Comores pourraient approvisionner les étals mahorais en poissons frais, répondant à une demande locale forte et exigeante.
En réduisant les intermédiaires et les milliers de kilomètres de transport maritime depuis l'Europe ou l'Amérique du Sud, ce commerce de proximité ferait baisser les prix des produits de première nécessité à Mayotte, tout en garantissant une alimentation saine, locale et bio.
Pour les agriculteurs et les pêcheurs des autres îles de l'archipel, l'accès structuré au marché mahorais représenterait un levier de développement sans précédent.
La création de coopératives agricoles orientées vers l'exportation, l'amélioration des normes de conservation et la modernisation des chaînes logistiques (notamment les liaisons maritimes inter-îles) stimuleraient l'emploi des jeunes et valoriseraient le travail de la terre et de la mer. C'est une injection directe de dynamisme dans les économies locales, créant de la richesse là où le potentiel ne demande qu'à éclore.
Au-delà des chiffres et de la balance commerciale, la force du modèle économique réside dans son impact humain. Les flux commerciaux réguliers nécessitent du dialogue, de la confiance mutuelle et des partenariats entre entrepreneurs de Mayotte, de Moroni ou de Mutsamudu.
En devenant des partenaires d'affaires indispensables les uns pour les autres, les acteurs économiques tisseront des liens de solidarité concrets. L'histoire a prouvé que le commerce adoucit les relations de voisinage. Un partenariat réussi prouverait au quotidien que la coopération apporte des solutions réelles aux problèmes de vie chère, de sécurité alimentaire et d'emploi.
La Chine et Taïwan nous enseignent que l'on peut mettre de côté les questions statutaires pour se concentrer sur ce qui unit et enrichit les populations. Pour Mayotte et l'Union des Comores, le moment est venu d'adopter ce "pragmatisme de l'archipel".
En ouvrant des canaux commerciaux légaux, sécurisés et mutuellement bénéfiques pour les fruits, les légumes et la pêche, les îles de la Lune peuvent transformer leurs défis en une formidable success-story régionale. L'avenir de l'archipel s'écrit ensemble, et le panier de la ménagère pourrait bien être le premier pas vers une ère de prospérité partagée.
Par Mohamed Ahmed