01/12/2022
Quand, en 1990, Saminya Bounou obtint son baccalauréat au lycée de Fomboni, elle n’a jamais pensé à exercer, un jour, le métier de journaliste. Son rêve était ailleurs : devenir professeur d’anglais. Après une année de remise à niveau dans ce qui est devenu aujourd’hui le centre universitaire de Patsy (Anjouan), elle est admise à l’université de la Réunion pour des études de Lettres anglaises.
Après deux ans d’études dans ce département français de l’Océan indien, le coût de la vie pour une étudiante de famille modeste l’ayant dissuadée d’y prolonger son séjour, elle mit le cap sur la grande île voisine, Madagascar, pour deux ans d’études.
De retour aux Comores, elle entra comme réceptionniste à l’hôtel Galawa, du temps de la splendeur du complexe hôtelier du Nord avant que les bulldozers ne rasent le prestigieux hôtel.
Entre-temps, s’annonça un concours de recrutement à Alwatwan. Curieuse, elle s’est dite : pourquoi ne pas essayer ? Elle était loin de savoir qu’elle allait attraper le virus du journalisme. Ce coup d’essai la mena à ce qu’elle n’avait jamais imaginé : admise, elle devient journaliste stagiaire pour un an. C’était en 1999. Peu convaincue qu’elle allait devenir journaliste comme nombre de ses aînés qui étaient déjà sur place, elle continuait de donner ses cours d’anglais dans quelques établissements d’enseignement secondaire dont le lycée de Mitsamiouli, parallèlement à ses débuts de journaliste. Ce sera après trois ans d’exercice dans le journal d’Etat qu’elle accepte d’y poser véritablement ses bagages pour embrasser, corps et âme, un métier qui l’a vite adoptée.
Disposant d’un potentiel sans équivoque à pouvoir exercer le métier, elle n’a pas mis beaucoup de temps à se vêtir de l’habit du journalisme. C’était fini cet ardent désir d’aller au lycée ou au collège, les seuls endroits où elle croyait pouvoir réellement exercer. Au fil des années, pleinement entrée dans le monde du journalisme, elle se félicitait intérieurement du refus que lui avait opposé le ministère de l’Education nationale. Enseignante, elle voulait devenir, enseignante, elle l’était et exerçait ses talents à la maison en faisant travailler les enfants. « J’ai une vocation d’enseignant ; je ne crois pas avoir ma place dans un journal. Je ne pourrais pas écrire comme Madjuwane, AAA, Ali Moindjié ». Et pourtant...
A Alwatwan, elle se fera une place en s’intéressant à plusieurs domaines dont la santé, l’éducation etc., des secteurs qui intéressaient très peu certains de ses collègues.
Riche d’une expérience de dix ans dans le quotidien d’Etat, Saminya rejoindra l’équipe d’Albalad où, pendant près de quatre ans, elle apportera toute son énergie pour faire du quotidien en quadrichromie, un franc succès. Grand reporter, elle introduira le monde rural dans le quotidien. L’histoire, l’économie, le quotidien de ce milieu généralement ignoré par les médias de la place allaient se trouver souvent à la Une du journal.
S’essayant à la radio, elle deviendra rapidement l’une des meilleures voix de la station Albalad FM aux côtés des Kemba, Al Hamdi et d’autres qui découvraient, en même temps qu’elle, le plaisir d’informer un large public à travers les ondes. L’expérience Albalad ayant pris fin trop tôt et revenue à Alwatwan, bien qu’elle n’ait jamais voulu se définir comme femme journaliste ou journaliste femme, Saminya Bounou, accompagnée de plusieurs de ses collègues et d’autres consœurs, créent l’AFCP (Association des Femmes Comoriennes de la Presse) dont elle devient la première présidente.
En quittant ce monde à 49 ans, il y a un peu plus de cinq ans, Saminya (Samy ou Sam pour les intimes) a laissé derrière elle deux charmants garçons au collège et au lycée en ce moment.
Elle a rêvé d’être enseignante, d’éduquer, et a consacré sa vie au métier du journalisme. Sans doute, en paix où elle est, réalise-t-elle avec nous que, finalement : Informer, qu’est-ce donc si ce n’est éduquer ?
Reste en paix Samy. Le combat, que tu as commencé, continue.