11/08/2026
Crime de Deir Mimas : l’ébriété n’exonère pas l’accusé
La juge d’instruction de Nabatiyé, Fatima Majed, a émis un acte d’accusation contre le meurtrier présumé du président du Conseil municipal de la localité.
L'OLJ / Par Claude ASSAF, le 10 août 2026
La juge d’instruction de Nabatiyé, Fatima Majed, a émis, jeudi, un acte d’accusation à l’encontre de F.B., soupçonné d’avoir tué, le 1er juin, le président du Conseil municipal de Deir Mimas, Souheil Abou Jamra, et grièvement blessé le moukhtar du village, Nicolas Sleiman. La magistrate a jugé que le prévenu, arrêté le 2 juin, a commis un homicide volontaire, considérant que l’état d’ivresse dans lequel il se trouvait au moment des faits n’écarte pas sa responsabilité, au regard de ses antécédents de comportements violents liés à sa consommation régulière d’alcool. Le dossier a été transmis à la Chambre d’accusation présidée par Mounif Barakat, qui devrait, le cas échéant, le transmettre à la Cour criminelle de Nabatiyé.
Selon les éléments de l’enquête, Nicolas Sleiman et Souheil Abou Jamra se trouvaient au domicile de ce dernier à Deir Mimas, village chrétien du caza de Marjeyoun (Liban-Sud), situé dans la zone contrôlée de facto par Israël, lorsqu’ils ont entendu des coups de feu en provenance du domicile de F.B. Ils se sont alors rendus sur place afin de s’enquérir des raisons de ces tirs, d’autant que les tensions sont exacerbées dans cette région frontalière. Le prévenu leur aurait répondu qu’il n’avait « aucune raison » d’avoir agi ainsi. Alors qu’ils avaient constaté que les balles avaient été dirigées contre un mur et qu’ils s’apprêtaient à quitter les lieux, l’accusé aurait tiré dans leur direction, tuant Souheil Abou Jamra et blessant grièvement Nicolas Sleiman.
La question de l’état d’ivresse de l’accusé occupe une place importante dans le dossier. Nicolas Sleiman, constitué partie civile, a souligné dans le cadre de sa plainte que F.B. avait la voix « pâteuse » au moment des faits, précisant néanmoins qu’il était pleinement « conscient ». L’épouse de l’accusé a, elle aussi, évoqué une voix « pâteuse », affirmant toutefois que son mari était dans un état d’« inconscience ». Elle a précisé que, lorsqu’il boit, F.B. a tendance à injurier et casser des objets, indiquant également que ce dernier avait consulté un médecin, qui lui avait prescrit un traitement auquel il ne s’était pas conformé. Un cousin de F.B., également présent à son domicile au moment des faits, a, de son côté, affirmé avoir constaté qu’il était en état d’ébriété avant qu’il ne tire des coups de feu en direction du mur.
Prévention du risque
L’acte d’accusation, dont L’Orient-Le Jour a consulté une copie, a fait état d’antécédents de comportements violents de F.B. dus à sa consommation excessive d’alcool. Un témoin a notamment fait état d’incidents au cours desquels celui-ci aurait provoqué nombre d’altercations, frappant des personnes, brandissant son arme en direction d’un habitant du village et tiré des coups de feu à plusieurs reprises. Selon ce témoignage, ces agissements étaient connus par des éléments du poste de police de Bourj el-Moulouk (Marjeyoun).
Interrogé dans le cadre de l’instruction, F.B. a reconnu souffrir d’alcoolisme, affirmant ne pas se souvenir d’avoir tiré sur les deux hommes. La juge Majed a examiné cet argument, avant de juger qu’il ne constitue pas une cause d’exonération de responsabilité pénale. Elle s’est fondée, à cet égard, sur l’article 235 du Code pénal qui, s’il prévoit une telle exonération lorsque, « au moment des faits, l’auteur se trouve, par suite d’un cas fortuit ou d’une force majeure, dans un état d’intoxication provoqué par l’alcool », précise néanmoins qu’« une personne reste responsable d’une infraction intentionnelle lorsqu’elle s’est elle-même placée dans cet état et qu’elle pouvait prévoir qu’elle risquait, de ce fait, de commettre des actes délictueux ».
Concernant Nicolas Sleiman, la juge a retenu l’article 201 du Code pénal qui prévoit la prison à l’encontre d’« une personne qui accomplit un acte criminel dont l’effet n’a pas été atteint en raison d’une circonstance indépendante de sa volonté ». En l’espèce, le moukhtar a survécu à ses blessures alors que les tirs de F.B. étaient dirigés contre lui.
Une habitation détruite par l'armée israélienne, à Deir Mimas, au Liban-Sud, le 13 mai 2026. Photo fournie par la municipalité