12/06/2026
Menaces, annonces et volte-face : Donald Trump, un président devenu inaudible
Par Adrien Jaulmes, correspondant à Washington pour Le Figaro le 12 juin 2026
ANALYSE - Ultimatums, promesses de bombardements ou d’accord avec l’Iran se succèdent depuis le début de la guerre avec l’Iran, ôtant sa crédibilité à la parole du locataire de la Maison-Blanche.
La reprise de la guerre était imminente jeudi matin. Trump avait promis de bombarder l’Iran « très durement » dans la soirée, et d’étendre les opérations militaires au sol avec un débarquement prochain sur l’île stratégique de Kharg. Quelques heures plus t**d, en début d’après-midi, il suspend les frappes prévues, affirmant qu’un accord pourrait être signé avec l’Iran dès ce week-end. L’Iran n’a pas confirmé. Mais les négociateurs laissent cette fois entendre que ce pourrait être la bonne.
Même si c’est le cas, la nouvelle annonce a été accueillie avec plus de soulagement que d’espoir. La résolution rapide d’un conflit présenté comme une campagne éclair a été trop souvent annoncée. L’effet des menaces de Trump s’est aussi émoussé. Plus de trois mois après le début de la guerre contre l’Iran, l’affrontement s’est figé dans une quasi-guerre. Les échanges de tirs sporadiques sont rythmés par les menaces de Trump d’une escalade militaire, presque immédiatement suivies par leur suspension, en invoquant des négociations sur le point d’aboutir.
Son imprévisibilité est devenue prévisible
Trump a régulièrement présenté son imprévisibilité comme l’un de ses atouts dans les négociations. Sa version de la « stratégie du fou » pratiquée avant lui par Richard Nixon, consiste à exercer une pression psychologique sur son interlocuteur pour le déstabiliser. Mais l’imprévisibilité de Trump est devenue prévisible. L’Iran a déjà été massivement bombardé. Le président américain alterne entre des menaces apocalyptiques jamais suivies d’effets et des promesses d’une solution négociée qui se fait toujours attendre. Comme dans le film Un jour sans fin, l’actualité semble se répéter à l’infini sans que rien ne se produise de nouveau. Dans un montage vidéo de ses interventions publiques, la chaîne CNN a répertorié 38 promesses du président américain de la signature imminente d’un accord. Depuis le début de la guerre, Trump a menacé au moins huit fois l’Iran d’une escalade militaire, avant de renoncer à la dernière minute.
Le président américain a lancé son premier ultimatum le 21 mars, en menaçant de frapper les infrastructures énergétiques iraniennes « si l’Iran n’ouvre pas totalement le détroit d’Ormuz dans les 48 heures ». Mais deux jours plus t**d, quelques heures avant l’expiration de l’ultimatum, il annonce le « report de toutes les frappes contre les infrastructures iraniennes pour une période de cinq jours », affirmant que son administration a eu avec l’Iran « des discussions très productives ».
Le 26 mars, il prolonge l’ultimatum de 11 jours, affirmant que les pourparlers progressent « très bien », et affirme lors d’une réunion du cabinet, que l’Iran le « supplie de conclure un accord ». La semaine suivante, sur Fox News, il annonce que la guerre approche de son terme. « Je pense qu’ils veulent vraiment conclure un accord. »
Le monde retient son souffle
Le 30 mars, le président américain a de nouveau recours à la menace de bombardements massifs. « Si un accord n’est pas conclu sous peu… et si le détroit d’Ormuz n’est pas immédiatement ouvert au trafic, nous mettrons fin à notre charmant séjour en Iran en faisant sauter et en anéantissant toutes leurs centrales électriques, leurs puits de pétrole et l’île de Kharg que nous avons jusqu’à présent délibérément épargné ». Mais l’opération est ajournée. Dans son premier discours public sur la guerre, prononcé le 1er avril, il promet de nouveau la fin rapide de la guerre « Nous allons mener cette mission à bien, et nous allons le faire très rapidement, nous y sommes presque ».
Nouvel ultimatum le 4 avril : « L’enfer s’abattra » sur l’Iran s’il n’accepte pas un accord dans les 48 heures, promet Trump. « Ouvrez ce pu**in de détroit, bande de salopards, ou vous vivrez un enfer – Vous allez voir ! Loué soit Allah », écrit-il le dimanche de Pâques sur Truth Social. Le 7 avril, il menace de nouveau l’Iran d’anéantissement. « Une civilisation entière va mourir ce soir, pour ne jamais renaître. Je ne veux pas que cela arrive, mais cela arrivera probablement. Nous le saurons ce soir, l’un des moments les plus importants de la longue et complexe histoire du monde ».
Le monde retient son souffle. Mais quelques heures avant l’expiration de son ultimatum, Trump fait marche arrière, et annonce un cessez-le-feu de quinze jours, saluant un « grand jour pour la paix mondiale » et la réouverture du détroit d’Ormuz. Des négociations directes s’ouvrent au Pakistan entre le Vice-président JD Vance et les deux envoyés spéciaux de Trump, Steve Witkoff et Jared Kushner, et la délégation iranienne à Islamabad. Mais sans parvenir à un accord.
Opération suspendue
Le 12 avril, Trump réplique à la fermeture du détroit d’Ormuz par Téhéran en annonçant un blocus naval de l’Iran, mais assure que les négociations continuent et sont sur le point d’aboutir. Le 15 avril, il déclare sur Fox News : « Je pense que c’est presque terminé… ils veulent vraiment conclure un accord ». Le 17 avril, il affirme que l’Iran « a tout accepté », et qu’un accord doit être signé d’ici « un jour ou deux ». Le 20 avril, dans un message sur Truth Social, il prédit que « tout va se faire relativement rapidement », et qu’il prolonge la trêve pour permettre aux négociations de continuer. Dix jours plus t**d, l’Iran n’a rien signé, mais Trump répète que les Iraniens sont « impatients de conclure un accord ».
Les Américains lancent alors une opération navale pour rouvrir le détroit d’Ormuz par la force. Des échanges de tirs ont lieu. Trump suspend l’opération, en invoquant des « progrès considérables » dans les négociations avec l’Iran. Il reconnaît lui-même qu’il a été un peu trop optimiste, mais affirme que cette fois est la bonne. « Nous avons connu des périodes où nous pensions être sur le point de conclure un accord, mais cela n’a pas abouti », dit-il, « mais cette fois-ci, c’est un peu différent ».
Fin mai, un accord est selon lui en train d’être finalisé, et doit être annoncé sous peu. Mais la reprise des combats entre Israël et le Hezbollah au Liban oblige Trump à imposer à Netanyahou de suspendre ses opérations. « Nous sommes très proches d’un accord final avec l’Iran », déclare-t-il alors au site Axios. « Ce sera un bon accord. Je ne veux pas qu’il capote à cause de ce qui se passe actuellement ».
La destruction d’un hélicoptère américain par un drone iranien déclenche de nouveau un cycle de représailles, mais Trump refuse de se laisser entraîner dans une escalade. Il annonce mardi qu’un accord est sur le point d’être signé dans les deux ou trois jours. Puis jeudi de nouvelles frappes. Puis leur suspension. L’espoir d’une signature rapide d’un accord ce week-end a été de nouveau atténué vendredi matin.« Les conditions que l’Iran a divulguées aux médias diffusant de fausses informations n’ont RIEN à voir avec celles qui ont été convenues par écrit », s’est emporté Trump. « Ce sont des gens très malhonnêtes avec qui traiter. Avec eux, la bonne foi n’existe pas. INCROYABLE ! Ils feraient mieux de se ressaisir, et VITE ! »