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Les Forces libanaises sont-elles vraiment en retrait ?Un article paru dans l’OLJ le 12 juin sous le titre “ Pourquoi le ...
13/06/2026

Les Forces libanaises sont-elles vraiment en retrait ?

Un article paru dans l’OLJ le 12 juin sous le titre “ Pourquoi le moment de gloire des Forces libanaises n'a (finalement) pas sonné” conclut que les Forces Libanaises seraient aujourd’hui en retrait de la scène où menacées d’effacement politique.
Une conclusion hâtive et pour le moins discutable.

1- Il existe une différence fondamentale entre la conquête du pouvoir et la victoire des idées.
Pendant des années, les FL ont porté des positions que beaucoup jugeaient irréalistes, excessives ou même dangereuses : le monopole des armes par l’État, la fin des milices, la restauration de la souveraineté nationale, tout en préservant des relations équilibrées avec la communauté internationale, et en limitant l’influence iranienne sur notre pays.

Pour avoir défendu ces principes, elles ont souvent été critiquées, marginalisées ou accusées d’être déconnectées des réalités. Pourtant, ce que les FL réclamaient hier est devenu aujourd’hui l’objectif affiché de l’État libanais et d’une large partie de l’opinion publique.
Ce n’est donc pas l’échec des Forces libanaises. C’est au contraire la confirmation éclatante de la pertinence de leur analyse et de la solidité de leur combat. Elles ont tenu bon lorsque beaucoup courbaient l’échine.

2- Considérer que toute montée en puissance du président Aoun se ferait nécessairement au détriment des FL relève davantage de la spéculation que de l’analyse.
Nous sommes dans deux registres différents. Le président de la République exerce ses fonctions dans un contexte exceptionnel qui lui confère naturellement un rôle central. Soutenir l’action du chef de l’État lorsqu’elle va dans le sens du renforcement de la souveraineté nationale n’est pas un signe de faiblesse politique. C’est une preuve de cohérence et de maturité politique.

Qui a jamais prétendu que la souveraineté ne devait relever que d’un seul parti ?
L’objectif des FL n’a jamais été de se substituer à l’État. Bien au contraire. Leur combat a toujours consisté à faire en sorte que l’État assume pleinement ses responsabilités et exerce seul son autorité sur l’ensemble du territoire national.

3- L’idée selon laquelle une nouvelle droite favorable à la normalisation avec Israël pourrait remplacer les Forces libanaises repose davantage sur une hypothèse que sur une réalité objective.
La grande majorité des souverainistes libanais réclament avant tout un État fort, souverain, le désarmement des milices, le respect de la Constitution et l’application des lois. Cela ne signifie pas nécessairement qu’ils souhaitent faire de la normalisation avec Israël l’axe central de leur engagement politique.
Or confondre ces deux débats serait trop simplifier la réalité libanaise.

Enfin, l’article sous-estime peut-être un élément essentiel : dans une démocratie, le succès d’un parti ne se mesure pas uniquement à son exposition médiatique du moment. Il se mesure surtout à sa capacité à influencer durablement les orientations du pays.

Si le Liban avance aujourd’hui vers davantage de souveraineté, vers le rétablissement de l’autorité de l’État, vers la fin des armes illégales et vers son retour sur la scène internationale, alors les FL n’ont pas été marginalisées. Mais leurs idées ont gagné.
Et quand un parti voit ses idées devenir celles de l’État, on peut dire qu’il a accomplit sa mission.
Les victoires politiques sont souvent provisoires. Les victoires des idées, elles, finissent par entrer dans l’histoire.

“Rien n’est stupide comme vaincre, la gloire est de convaincre” Victor Hugo.

Sandra Khawam

Samir Geagea

Le nouveau monde…
13/06/2026

Le nouveau monde…

Qui est Michel Fayad, qui prétend aimer la résistance chrétienne et se permettre de donner des leçons aux véritables rés...
12/06/2026

Qui est Michel Fayad, qui prétend aimer la résistance chrétienne et se permettre de donner des leçons aux véritables résistants ?

Michel Fayad serait, selon cette lecture, un mélange entre les agendas de Gebran Bassil et de l’Iran. Sa stratégie? S’immiscer dans la communauté juive en étant plus royaliste que le roi sur certains sujets, opérer un whitewashing après un passé sulfureux où il défendait l’agenda de l’Iran et relativisait le danger du Hezbollah sur Russia Today et Radio Algérie (il a depuis effacé toutes traces de ces collaborations). D’ailleurs, dons son livre, il relativise l’impact de la chute du régime en assumant qu’en gros, « ça ne résoudrait pas grand chose ». Nous reviendrons plus t**d à ce raisonnement pernicieux. Fayad ferait partie de la diaspora liée au Courant Patriotique Libre (CPL), sans appartenir officiellement à ce courant mais en y trouvant des alliés « objectifs ». Il se cache derrière le nom de son père qui a jeté l’éponge du combat assez rapidement et qui n’a marqué qu’un petit groupe de déserteurs aigris qui n’ont pas eu le courage de continuer le combat. En réalité, il agirait dans le cadre d’un agenda favorable à la nouvelle stratégie des aounistes, alliés du Hezbollah. Se refaire une virginité politique après des années de dhimmitude et de justification de l’action du Hezbollah terroriste et du régime sanguinaire de Bachar El Assad au nom du combat contre « Daech ». Du refus légitime de la dhimmitude à l’état islamique, la catégorie qu’il représente a préféré la dhimmitude au chiisme.
Michel Fayad travaillerait avec des compagnies pétrolières et des sociétés écrans entre l’Iran et la Russie et entretiendrait des liens avec le régime iranien, ainsi qu’avec Gebran Bassil sanctionné et Lazar. Il aurait également entretenu des relations étroites avec le régime Assad.

Fayad, ami de Diana Menhem de Kulluna Irada créé par Karim Bitar - figure notoire du militantisme pro-palestinien, a été conseiller du ministre de l’Économie Raoul Nehme et aurait des liens avec des compagnies pétrolières en Iran. Il aurait aussi participé comme conseiller au plan Lazar, aux côtés du cercle de Gebran Bassil.

Michel Fayad serait un partisan dissimulé de l’axe de la résistance. Il utiliserait les questions des minorités et les positions pro-Israël comme couverture.

Michel et Najib Fayad, qui se présentent comme des soutiens de la résistance libanaise, des Gardiens du Cèdre et d’autres courants, seraient également favorables à Kulluna Irada en raison de leurs relations.
Ils n’auraient qu’un lien superficiel avec Bachir Gemayel. Bachir appartenait au camp de droite, tandis que ces « corrompus » se rangeraient du côté de la gauche radicale lorsqu’il s’agit d’intérêts financiers. Leur principale préoccupation serait d’attaquer les Forces libanaises et leur président Samir Geagea, principal opposant de l’axe iranien et premier défenseur de la souveraineté libanaise, de l’identité libanaise et de la cause libanaise. Ce dernier n’a pas capitulé ni exilé dans les immeubles de luxe haussmanien, mais a été emprisonné pendant 11 ans par le régime syrien et ses alliés internes dont le Hezbollah.

Aucune personne avisée, au passé aussi sulfureux et opaque, ne devrait avoir l’assurance d’un Fayad mené par la haine de son père qu’il présente en héros et qui n’est pas reconnu par l’essentielle formation politique chrétienne aujourd’hui au Liban. Triste de voir la haine d’un ancien combattant frustré et déserteur se muer en rancoeur intergénérationnelle. Pendant que le Liban traverse un moment clé, nous aurions préféré consacrer notre énergie à la paix et la stabilité avec nos voisins et à l’éradication « TOTALE et IRRÉVERSIBLE » du Hezbollah, au lieu de répondre aux marginaux.

Jossy Hanna KH sur X

Menaces, annonces et volte-face : Donald Trump, un président devenu inaudiblePar Adrien Jaulmes, correspondant à Washing...
12/06/2026

Menaces, annonces et volte-face : Donald Trump, un président devenu inaudible

Par Adrien Jaulmes, correspondant à Washington pour Le Figaro le 12 juin 2026

ANALYSE - Ultimatums, promesses de bombardements ou d’accord avec l’Iran se succèdent depuis le début de la guerre avec l’Iran, ôtant sa crédibilité à la parole du locataire de la Maison-Blanche.

La reprise de la guerre était imminente jeudi matin. Trump avait promis de bombarder l’Iran « très durement » dans la soirée, et d’étendre les opérations militaires au sol avec un débarquement prochain sur l’île stratégique de Kharg. Quelques heures plus t**d, en début d’après-midi, il suspend les frappes prévues, affirmant qu’un accord pourrait être signé avec l’Iran dès ce week-end. L’Iran n’a pas confirmé. Mais les négociateurs laissent cette fois entendre que ce pourrait être la bonne.

Même si c’est le cas, la nouvelle annonce a été accueillie avec plus de soulagement que d’espoir. La résolution rapide d’un conflit présenté comme une campagne éclair a été trop souvent annoncée. L’effet des menaces de Trump s’est aussi émoussé. Plus de trois mois après le début de la guerre contre l’Iran, l’affrontement s’est figé dans une quasi-guerre. Les échanges de tirs sporadiques sont rythmés par les menaces de Trump d’une escalade militaire, presque immédiatement suivies par leur suspension, en invoquant des négociations sur le point d’aboutir.

Son imprévisibilité est devenue prévisible

Trump a régulièrement présenté son imprévisibilité comme l’un de ses atouts dans les négociations. Sa version de la « stratégie du fou » pratiquée avant lui par Richard Nixon, consiste à exercer une pression psychologique sur son interlocuteur pour le déstabiliser. Mais l’imprévisibilité de Trump est devenue prévisible. L’Iran a déjà été massivement bombardé. Le président américain alterne entre des menaces apocalyptiques jamais suivies d’effets et des promesses d’une solution négociée qui se fait toujours attendre. Comme dans le film Un jour sans fin, l’actualité semble se répéter à l’infini sans que rien ne se produise de nouveau. Dans un montage vidéo de ses interventions publiques, la chaîne CNN a répertorié 38 promesses du président américain de la signature imminente d’un accord. Depuis le début de la guerre, Trump a menacé au moins huit fois l’Iran d’une escalade militaire, avant de renoncer à la dernière minute.

Le président américain a lancé son premier ultimatum le 21 mars, en menaçant de frapper les infrastructures énergétiques iraniennes « si l’Iran n’ouvre pas totalement le détroit d’Ormuz dans les 48 heures ». Mais deux jours plus t**d, quelques heures avant l’expiration de l’ultimatum, il annonce le « report de toutes les frappes contre les infrastructures iraniennes pour une période de cinq jours », affirmant que son administration a eu avec l’Iran « des discussions très productives ».

Le 26 mars, il prolonge l’ultimatum de 11 jours, affirmant que les pourparlers progressent « très bien », et affirme lors d’une réunion du cabinet, que l’Iran le « supplie de conclure un accord ». La semaine suivante, sur Fox News, il annonce que la guerre approche de son terme. « Je pense qu’ils veulent vraiment conclure un accord. »

Le monde retient son souffle

Le 30 mars, le président américain a de nouveau recours à la menace de bombardements massifs. « Si un accord n’est pas conclu sous peu… et si le détroit d’Ormuz n’est pas immédiatement ouvert au trafic, nous mettrons fin à notre charmant séjour en Iran en faisant sauter et en anéantissant toutes leurs centrales électriques, leurs puits de pétrole et l’île de Kharg que nous avons jusqu’à présent délibérément épargné ». Mais l’opération est ajournée. Dans son premier discours public sur la guerre, prononcé le 1er avril, il promet de nouveau la fin rapide de la guerre « Nous allons mener cette mission à bien, et nous allons le faire très rapidement, nous y sommes presque ».

Nouvel ultimatum le 4 avril : « L’enfer s’abattra » sur l’Iran s’il n’accepte pas un accord dans les 48 heures, promet Trump. « Ouvrez ce pu**in de détroit, bande de salopards, ou vous vivrez un enfer – Vous allez voir ! Loué soit Allah », écrit-il le dimanche de Pâques sur Truth Social. Le 7 avril, il menace de nouveau l’Iran d’anéantissement. « Une civilisation entière va mourir ce soir, pour ne jamais renaître. Je ne veux pas que cela arrive, mais cela arrivera probablement. Nous le saurons ce soir, l’un des moments les plus importants de la longue et complexe histoire du monde ».

Le monde retient son souffle. Mais quelques heures avant l’expiration de son ultimatum, Trump fait marche arrière, et annonce un cessez-le-feu de quinze jours, saluant un « grand jour pour la paix mondiale » et la réouverture du détroit d’Ormuz. Des négociations directes s’ouvrent au Pakistan entre le Vice-président JD Vance et les deux envoyés spéciaux de Trump, Steve Witkoff et Jared Kushner, et la délégation iranienne à Islamabad. Mais sans parvenir à un accord.

Opération suspendue

Le 12 avril, Trump réplique à la fermeture du détroit d’Ormuz par Téhéran en annonçant un blocus naval de l’Iran, mais assure que les négociations continuent et sont sur le point d’aboutir. Le 15 avril, il déclare sur Fox News : « Je pense que c’est presque terminé… ils veulent vraiment conclure un accord ». Le 17 avril, il affirme que l’Iran « a tout accepté », et qu’un accord doit être signé d’ici « un jour ou deux ». Le 20 avril, dans un message sur Truth Social, il prédit que « tout va se faire relativement rapidement », et qu’il prolonge la trêve pour permettre aux négociations de continuer. Dix jours plus t**d, l’Iran n’a rien signé, mais Trump répète que les Iraniens sont « impatients de conclure un accord ».

Les Américains lancent alors une opération navale pour rouvrir le détroit d’Ormuz par la force. Des échanges de tirs ont lieu. Trump suspend l’opération, en invoquant des « progrès considérables » dans les négociations avec l’Iran. Il reconnaît lui-même qu’il a été un peu trop optimiste, mais affirme que cette fois est la bonne. « Nous avons connu des périodes où nous pensions être sur le point de conclure un accord, mais cela n’a pas abouti », dit-il, « mais cette fois-ci, c’est un peu différent ».

Fin mai, un accord est selon lui en train d’être finalisé, et doit être annoncé sous peu. Mais la reprise des combats entre Israël et le Hezbollah au Liban oblige Trump à imposer à Netanyahou de suspendre ses opérations. « Nous sommes très proches d’un accord final avec l’Iran », déclare-t-il alors au site Axios. « Ce sera un bon accord. Je ne veux pas qu’il capote à cause de ce qui se passe actuellement ».

La destruction d’un hélicoptère américain par un drone iranien déclenche de nouveau un cycle de représailles, mais Trump refuse de se laisser entraîner dans une escalade. Il annonce mardi qu’un accord est sur le point d’être signé dans les deux ou trois jours. Puis jeudi de nouvelles frappes. Puis leur suspension. L’espoir d’une signature rapide d’un accord ce week-end a été de nouveau atténué vendredi matin.« Les conditions que l’Iran a divulguées aux médias diffusant de fausses informations n’ont RIEN à voir avec celles qui ont été convenues par écrit », s’est emporté Trump. « Ce sont des gens très malhonnêtes avec qui traiter. Avec eux, la bonne foi n’existe pas. INCROYABLE ! Ils feraient mieux de se ressaisir, et VITE ! »

Michel Aoun : C’était trop t**dPar le brigadier général à la retraite Johnny Khalaf / Nidaa el Watan le 12 juin 2026 Tex...
12/06/2026

Michel Aoun : C’était trop t**d

Par le brigadier général à la retraite Johnny Khalaf / Nidaa el Watan le 12 juin 2026
Texte original en arabe - Adaptation et traduction française par Sandra Khawam.

Michel Aoun ou l’histoire d’un rendez-vous manqué avec le Liban

Dans l’histoire contemporaine du Liban, rares sont les responsables politiques dont le nom aura suscité autant d’espoirs, puis autant de désillusions, que celui de Michel Aoun.

Depuis son entrée au palais de Baabda à la tête du gouvernement militaire en 1988 jusqu’à son départ de la présidence de la République le 31 octobre 2022, son parcours aura été jalonné d’affrontements, de revirements, d’alliances, de compromis et de paris politiques dont les résultats se sont souvent révélés contraires aux promesses initiales.

Peut-être les historiens ne trouveront-ils jamais de formule plus juste pour résumer cette trajectoire que cette simple phrase prononcée au crépuscule de son mandat :

« C’était trop t**d. »

Trop t**d pour réformer. Trop t**d pour reconstruire l’État. Trop t**d pour corriger les erreurs accumulées. Trop t**d pour empêcher l’effondrement d’une République qui se délitait sous les yeux de ceux qui prétendaient encore la gouverner.

Lorsque Michel Aoun quitte Baabda le 13 octobre 1990, au terme de la guerre dite de « Libération » puis de la guerre d’« Élimination », il emporte avec lui l’image du général qui a défié le régime syrien et refusé les compromis imposés au Liban.

Durant ses années d’exil en France, il parvient à s’imposer comme l’un des symboles de la souveraineté libanaise. Pour beaucoup de Libanais, il incarne alors la résistance à la tutelle syrienne et l’espoir d’un État indépendant.

Son retour au Liban en mai 2005 intervient dans un contexte historique exceptionnel. Quelques mois plus tôt, l’assassinat de Rafic Hariri a provoqué un séisme politique sans précédent. Une large majorité de Libanais considère alors que ce crime dépasse la personne de l’ancien Premier ministre et vise directement le projet d’un Liban souverain après le retrait syrien.

Nombreux sont ceux qui s’attendent alors à voir Michel Aoun rejoindre pleinement ce mouvement.

L’histoire prendra pourtant une autre direction.

Le 6 février 2006, le Courant Patriotique Libre signe avec le Hezbollah l’accord de Mar Mikhaël. Présenté comme un pacte destiné à renforcer la stabilité nationale et le dialogue entre communautés, cet accord produira des effets bien plus profonds que ceux annoncés à l’époque.

Il offre au Hezbollah une couverture politique chrétienne sans précédent à un moment où le débat sur ses armes, son rôle régional et sa place au sein de l’État libanais devient central.

À partir de cet instant, Michel Aoun n’est plus seulement un allié du Hezbollah ; il devient l’un des principaux défenseurs de ses choix stratégiques, y compris lorsque ceux-ci divisent profondément les Libanais.

Les années suivantes sont marquées par une série d’assassinats politiques qui frappent le pays : Rafic Hariri, Samir Kassir, Georges Haoui, Gebran Tuéni, Pierre Gemayel, Walid Eido, Antoine Ghanem, Wissam Eid, Wissam Hassan, Mohammad Chatah et bien d’autres encore.

Il ne s’agit pas ici de substituer un jugement politique à la justice. Seuls les tribunaux sont compétents pour établir des responsabilités pénales.

Mais la politique, elle aussi, est jugée.

Alors qu’une grande partie des forces souverainistes considère ces assassinats comme une attaque contre l’État libanais et son indépendance retrouvée, Michel Aoun choisit de maintenir son alliance avec le Hezbollah. Il refuse d’en faire une ligne rouge et poursuit la même stratégie politique malgré les secousses qui traversent le pays.

Lorsque le Tribunal spécial pour le Liban condamne Salim Ayyash dans l’affaire de l’assassinat de Rafic Hariri, aucune remise en question fondamentale n’intervient.

Pour ses adversaires, le problème n’est pas sa responsabilité directe dans ces crimes. Il réside dans son refus constant de réévaluer une alliance qui demeure intacte malgré les crises successives.

L’un des épisodes les plus symboliques de cette évolution survient en 2008 avec la mort du pilote de l’armée libanaise Samer Hanna.

Touché par des tirs alors qu’il survole la région de Sajd, dans le Sud-Liban, l’officier trouve la mort dans l’exercice de ses fonctions.

L’affaire choque profondément l’opinion publique. Pour la première fois, elle révèle de manière flagrante l’existence de zones échappant au contrôle effectif de l’État, y compris de l’armée.

Mais c’est surtout la réaction de Michel Aoun qui provoque l’incompréhension.

Au lieu de remettre en cause son alliance politique, il minimise l’incident et appelle à ne pas l’exploiter politiquement.

Pour beaucoup, c’est à ce moment-là qu’une rupture s’opère.

Le général qui avait bâti sa carrière sur la défense de l’armée et de l’État semble désormais accepter l’existence d’une force armée parallèle disposant de ses propres règles et de ses propres lignes rouges.

Puis surviennent les événements du 7 mai 2008, qui consacrent définitivement la supériorité du rapport de force sur les institutions.

Malgré tout, Michel Aoun demeure fidèle à son choix stratégique.

Et ce choix finit par le conduire à l’objectif de toute une vie : la présidence de la République.

Élu en 2016 après plus de deux ans de vacance présidentielle, il arrive au pouvoir porté par la promesse du « président fort », capable de restaurer l’État et d’engager les réformes attendues depuis des décennies.

Mais la réalité sera tout autre.

Sous son mandat, le Liban connaît le pire effondrement financier, économique et institutionnel de son histoire moderne.

La livre libanaise s’écroule. Les dépôts bancaires disparaissent. La pauvreté explose. Des dizaines de milliers de jeunes quittent le pays.

Les promesses de réforme cèdent la place à la gestion de l’urgence et à la survie quotidienne.

Puis survient le soulèvement du 17 octobre 2019.

Des centaines de milliers de Libanais descendent dans la rue pour dénoncer l’ensemble de la classe politique.

Le pouvoir n’est plus perçu comme une solution mais comme le cœur du problème.

L’effondrement de la confiance est désormais total.

Mais le pire reste encore à venir.

Le 4 août 2020, l’explosion du port de Beyrouth dévaste la capitale.

Plus de deux cents morts, des milliers de blessés et des quartiers entiers réduits en ruines.

Par la suite, Michel Aoun reconnaît avoir été informé de la présence de nitrate d’ammonium dans le port plusieurs semaines avant la catastrophe.

Interrogé sur l’absence de mesures efficaces pour prévenir le drame, une phrase s’impose dans le débat public :

« C’était trop t**d. »

Cette formule devient immédiatement le symbole d’un pouvoir paralysé, incapable de transformer l’information en décision et la décision en action.

Au-delà des débats juridiques, une question demeure :

Comment une information d’une telle gravité a-t-elle pu parvenir au sommet de l’État sans déclencher les mesures exceptionnelles qu’exigeait la situation ?

Pour beaucoup de Libanais, l’explosion du port est devenue l’image même de la fin du mandat Aoun : un État impuissant, une justice bloquée et une vérité toujours attendue.

Lorsqu’il quitte Baabda en octobre 2022, Michel Aoun laisse derrière lui un pays exsangue.

Certains continueront à voir en lui un patriote sincère. D’autres retiendront surtout ses choix politiques et leurs conséquences.

Mais il est difficile de contester un fait : son mandat s’achève sur l’un des plus grands effondrements de l’histoire de la République libanaise.

La question que l’Histoire posera n’est peut-être pas seulement celle de l’échec.

Elle sera aussi celle de l’absence de remise en question.

Pourquoi les choix n’ont-ils pas changé après les assassinats politiques ?

Pourquoi n’ont-ils pas changé après Samer Hanna ?

Pourquoi n’ont-ils pas changé après le 7 mai ?

Pourquoi n’ont-ils pas changé après l’effondrement économique ?

Pourquoi n’ont-ils pas changé après l’explosion du port de Beyrouth ?

Car les crises que traverse aujourd’hui le Liban ne sont pas apparues soudainement. Elles sont le produit de décisions, d’alliances et de compromis accumulés pendant des années.

Bien sûr, Michel Aoun n’est pas l’unique responsable de cette catastrophe nationale. D’autres acteurs politiques, d’autres partis, d’autres puissances régionales portent également leur part de responsabilité.

Mais son rôle demeure singulier.

Parce qu’il a offert la plus importante couverture chrétienne à une alliance qui a profondément façonné l’équilibre du pouvoir au Liban depuis près de vingt ans.

Au fond, « C’était trop t**d » ne résume pas seulement la fin d’un mandat présidentiel.

Cette phrase résume un parcours politique entier.

Celui d’un homme qui aura attendu toute sa vie pour atteindre Baabda, mais qui y sera arrivé lorsque le Liban avait déjà commencé à se désagréger.

Et peut-être que le verdict le plus sévère de l’Histoire sera celui-ci :

Le Liban avait besoin d’une révision de ses choix au moment où elle pouvait encore changer le cours des choses.

Elle n’est jamais venue.

Et lorsqu’elle aurait dû arriver, il était déjà trop t**d.

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