08/03/2015
Message de Mme Samoura, Coordinatrice résidente du Système des Nations Unies à la célébration de la journée internationale de la femme 2015 à Toliary
08 mars 2015
Mesdames, Messieurs
C’est un réel plaisir et un immense privilège pour mes collègues du système des Nations unies et pour moi même, de prendre part dans cette région du sud-Ouest que nous connaissons bien, à la cérémonie marquant la 38 ème édition de la Journée Internationale de la Femme.
Instituée par les Nations Unies en 1977, la Journée Internationale de la femme commémore les acquis et les progrès réalisés en matière de Droit des femmes et offre l'occasion à nous tous ici présents la possibilité de continuer le plaidoyer pour un monde plus égalitaire, plus juste et ou chaque femme et chaque homme pourra réaliser ses aspirations et son épanouissement matériel et moral.
Le thème choisi par Madagascar pour la célébration de la Journée «Pour la jouissance des droits de la femme, soyons tous responsables » est un thème qui trouve écho dans chacun des mandats et visions des quinze agences du système des nations unies représentées à Madagascar et notre présence massive à vos côtés Mme la Première Dame, Mme la Ministre de la population eń est un témoignage éloquent.
La réalisation de la jouissance des Droits de la femme est un impératif pour tout citoyen qui ambitionne de contribuer à la pleine autonomisation de chaque femme dans le monde et particulièrement à Madagascar.
Plusieurs études menées dans le cadre "genre et Développement " et plus récemment dans le cadre de l'accélération de l'atteinte des OMDs montrent que dans les pays où les femmes jouissent des mêmes Droits que les hommes, il y a une meilleure croissance économique. Les entreprises qui comptent des femmes en nombre suffisant parmi leurs dirigeants affichent de meilleurs résultats. Les accords de paix qui font intervenir des femmes s’avèrent viables à plus long terme. Les parlements où siègent des femmes adoptent davantage de lois portant sur des questions sociales fondamentales comme la santé, l’éducation, la non-discrimination et les allocations familiales. Il ne fait donc l'ombre d'un doute que l’autonomisation de la femme bénéficie à toute l’humanité.
Des progrès ont déjà été réalisés à Madagascar en termes d’exercice des Droits par les femmes depuis la première Conférence Internationale sur la Population et le Développement en 1994 et la Plateforme de Beijing en 1995. Des résultats significatifs ont été enregistrés dans plusieurs domaines. En matière d’éducation, la parité fille – garçon est une réalité au niveau du primaire. Une augmentation de la participation des femmes dans la vie active a été observée. En ce qui concerne le Droit à la santé, la prévalence contraceptive a été multipliée par six dans un espace de vingt ans, passant de 5.1% en 1992 à 33.3% en 2012. Quant à la participation de la femme au pouvoir de décision, la proportion des femmes parlementaires à l’assemblée nationale s’est accrue de 3.8% en 1993 à 21.1% en 2014. Dans le gouvernement actuel, nous comptons 6 femmes ministres. Des progrès normatifs importants ont également été réalisés, notamment : la révision de la loi sur l’âge du mariage pour permettre aux filles et aux garçons d’atteindre la majorité et ainsi terminer leur éducation. Une importante avancée a été réalisée aussi en termes de régimes matrimoniaux, le partage égal des biens communs a remplacé le « kitay telo an-dalana ». (le partage un-tiers, deux-tiers)
Excellence Madame la Première Dame de Madagascar,
Mesdames et Messieurs, distingués invités
Le Système des Nations Unies que je représente félicite votre pays pour ces réalisations.
Cela dit, nous devons accepter qu'un long chemin reste encore à parcourir avant que l’égalité homme-femme ne soit une réalité nationale. Certains progrès enregistrés sont relativement lents, en particulier pour les femmes et les filles les plus marginalisées. L’application effective des lois protectrices reste à renforcer. L’augmentation de la scolarisation et la hausse de la participation des femmes sur le marché du travail n’ont pas été jumelées à de meilleures conditions de travail et de perspectives d’avancement. De nombreuses femmes n’ont pas toujours accès à un travail décent, a la Sécurité sociale ou à la pension de retraite. La lourdeur des charges de travail domestique non rémunéré continue de limiter la jouissance des droits des femmes dans plusieurs domaines et notamment dans l'agriculture qui occupe plus de 70% de la population malgache . La violence contre les femmes et les filles persistent sous de nombreuses formes. A Madagascar, dix femmes par jour continuent de mourir en donnant la vie. Les femmes continuent d’être exclues de certaines prises de décision, et la liste est encore longue.
Excellence Madame la Première Dame de Madagascar,
Mesdames et Messieurs, distingués invités,
Cette année 2015 marque la commémoration du vingtième anniversaire de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing pour la réalisation des droits des femmes. Cette célébration de la journée internationale de la femme doit être saisie comme une opportunité à la relance et à la redynamisation des mouvements pour la promotion, la protection et l’exercice des Droits de la femme. Au niveau global, l’égalité homme-femme constitue un des Objectifs de Développement Durable et plus précisément l'ODD nr.5 qui stipule: « Parvenir à l’égalité de sexe, rendre les femmes et les filles autonomes partout dans le monde »
Elle figure aussi dans le Plan National de Développement de Madagascar, dont l’axe stratégique 4 concerne le « Capital humain adéquat au processus de développement » incluant un « programme sur la protection sociale, l'expression des Droits humains et de l’équité sociale ». Ainsi, nous comptons sur la prise de responsabilité de tout un chacun pour la jouissance des Droits de la femme malgache.
Cette célébration se tient au moment où Madagascar prépare son rapport national qui sera soumis pour discussions lors du sommet de septembre 2015 sur le développement durable CIPD post 2015. C’est l’occasion de rappeler ici que les dispositions doivent être prises pour que les préoccupations des femmes soient prises en compte dans ce rapport.
Honorable assistance,
Le Gouvernement, ses partenaires techniques et financiers, les organisations de la société civile et les acteurs du secteur privé disposent de moyens pour que les femmes exercent pleinement leurs droits. Permettez-moi de citer quelques exemples de mesures pouvant être prises :
• une meilleure répartition des tâches au niveau des ménages mais aussi de la production agricole,
• l'accès des femmes à la propriété foncière,
• la collaboration avec les institutions financières afin de faciliter le développent de l'entrepreneuriat féminin ;
• l’augmentation de budget public dans les programmes de la santé, de l’éducation et la protection sociale ;
• et surtout l’intégration des questions genre et dans tout programme de développement.
Ce ne sont la que quelques réformes dont la mise en œuvre n'exige pas de montants colossaux, mais juste de la bonne volonté.
Excellence Madame la Première Dame de Madagascar,
Mesdames et Messieurs, distingués invités,
Avant de terminer mes propos, je voudrais avec votre permission vous livrer un extrait du message du Secrétaire Général des Nations Unies à l’occasion de cette Journée, qui stipule:
Je cite
«Si les femmes et les filles sont souvent la première cible d’attaques, leurs droits doivent figurer au cœur de la stratégie visant à résoudre ce problème croissant et effarant. Donner des moyens d’action aux femmes et aux filles est le meilleur espoir d’accéder à un développement durable après un conflit. Elles sont le moteur idéal de la croissance, le meilleur espoir de réconciliation et le rempart le plus efficace contre la radicalisation des jeunes et la perpétuation des cycles de violence.
Même dans des sociétés en paix, trop de filles et de femmes continuent de faire l’objet de violences au sein de la famille, de mutilations génitales et d’autres formes de violence, qui sont traumatisantes pour l’individu et portent préjudice à la société tout entière. La discrimination est un obstacle de taille, qu’il faut démanteler. Il nous faut élargir les possibilités, notamment dans les domaines politique et commercial. Il nous faut modifier les mentalités, tout particulièrement des hommes, et les engager à promouvoir activement le changement. Notre volonté doit s’accompagner d’une mobilisation de ressources, étant entendu qu’un investissement dans l’égalité des sexes produit des progrès économiques, une inclusion politique et sociale et d’autres bienfaits qui, à leur tour, favorisent la stabilité et la dignité de l’être humain.
En cette année charnière pour la progression de la cause des droits fondamentaux des femmes, la communauté internationale œuvre dur afin de mettre en place un nouveau programme de développement durable, qui fasse fond sur les objectifs du Millénaire pour le développement et élabore des politiques et des investissements sociaux pour la génération future. Afin d’être réellement porteur de changement, le programme de développement pour l’après-2015 doit établir des priorités en matière d’égalité des sexes et d’autonomisation des femmes. Le monde ne pourra jamais atteindre pleinement ses objectifs si la moitié des habitants de la planète ne sont pas en mesure de réaliser leur potentiel. C’est en libérant le pouvoir des femmes que nous pourrons garantir l’avenir de chacun.
Fin de citation
Je conclurai mon allocution en confirmant que les Nations Unies seront toujours aux cotés des couches les plus vulnérables et comme le respect des droits humains fait partie des valeurs et principes fondamentaux de l’ONU, le Système des Nations Unies à Madagascar compte peser de tout son poids pour accompagner les bonnes initiatives en faveur de l’exercice des droits humains par les femmes.
Vive la coopération internationale
Vive les femmes malgaches
Je souhaite enfin une bonne fête de la femme aux hommes et aux femmes malgaches, avec une mention toute spéciale à nos sœurs de la région Atsimo Andrefana avec qui nous avons parcouru un long chemin et qui nous accueillent si chaleureusement à Tuléar .
Misaotra Tompokovavy, misaotra Tompokolahy.