FEMME MEDIA

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22/08/2021

# SPORT
Les avantages et inconvénients du sport
Jusqu’à la fin des années 1950, la faiblesse féminine a toujours été démontrée médicalement et justifiait à écarter les femmes des terrains de sport. En remplaçant la vision « unisexe » de la médecine et du sport où l’homme est la norme par un modèle qui respecte les différences, la « gynécologie du sport » s’appuie sur un courant cherchant à constituer une médecine de la spécificité féminine. Pratiqué en loisir ou en compétition, le sport chez la femme possède certes des avantages mais n’est pas dénué de risques qu’il faut savoir prévenir et guérir par une prise en charge adaptée. On s’étonnera du fait que la plupart des données rapportées dans l’ouvrage restent méconnues. Différentes raisons peuvent expliquer cela : l’arrivée relativement récente des femmes dans un monde sportif très masculinisé ; les nombreux préjugés et interdits qui continuent d’exister ; le fait que, jusque dans les années 1980, la femme ait été exclue des principales recherches scientifiques effectuées dans le cadre du sport et enfin la dissémination des résultats dans des revues de spécialités diverses. Cet ouvrage a pour objectif de contribuer au développement de cette discipline et de faire prendre conscience aux lecteurs auxquels il s’adresse - gynécologues, médecins du sport, médecins généralistes, éducateurs physiques, entraîneurs ­- que la qualité des soins donnés aux femmes peut être affectée par des préjugés médicaux qu’il est urgent de combattre afin que les femmes trouvent autant d’avantages que les hommes à développer leurs aptitudes physiques.Depuis la redéfinition des termes de la triade de l’athlète opérée en 2007, les troubles de la fonction ovarienne et de la minéralisation osseuse ne sont plus nécessairement la conséquence de troubles du comportement alimentaire (TCA). Ils peuvent être provoqués par l’inadéquation parfois involontaire entre les apports caloriques et la dépense énergétique liée à l’activité sportive. Une étude effectuée auprès de cyclistes féminines très entraînées (minimum 5 entraînements par semaine) avait révélé que leurs apports énergétiques atteignaient à peine 85 % des apports nutritionnels conseillés1 pour une activité physique importante (1 781 calories en moyenne), sans qu’il n’y ait de volonté active de restriction alimentaire [66]. Certaines activités physiques pratiquées dans le cadre d’une période d’entraînement très intense ou de compétition peuvent entraîner des dépenses énergétiques extrêmement importantes, dépassant parfois 1 000 kcal/heure chez les cyclistes ou les marathoniennes.

22/08/2021



MALI
Quelle est la place de la femme dans la politique au Mali?
La contribution des femmes aux luttes politiques qui ont provoqué la chute de la dictature de Moussa Traoré et l’avènement de la démocratie au Mali est considérable. La place qu’elles occupent aujourd’hui dans l’hémicycle, au gouvernement et d’une façon générale dans les instances de décision correspond-elle à l’importance de ce rôle ?

Au Mali, vaste pays enclavé de 1 240 000 km2 situé dans la bande soudano-sahélienne au cœur de l’Afrique de l’Ouest, les femmes représentent 50,5 % de la population totale estimée en 2001 à environ 10 810 000 habitants [1]. 73,4 % d’entre elles vivent en zone rurale, 82,3 % n’ont jamais fréquenté un établissement scolaire, 14 % n’ont pas dépassé le niveau de l’école primaire, 0,1 % ont un niveau universitaire ou post-universitaire.

La population féminine est jeune : 44, 9 % des femmes ont moins de 15 ans. Elle est active particulièrement dans l’agriculture (83,7 %), le commerce (8 %) et l’artisanat (4,1 %). Plus de 80 % des femmes travaillant dans l’agriculture et le commerce vivent en milieu rural, celles qui travaillent dans l’administration générale et publique sont employées à 90 % en milieu urbain. Les salariées représentent 0,7 % de la population féminine active.

Ces chiffres, parlant d’eux-mêmes, permettent de rendre compte de la faible représentation des femmes dans la vie publique. La représentation est tellement faible qu’en 1997, lorsque 18 femmes furent élues députées sur 147, les Maliens ont parlé de féminisation du Parlement.

La première partie de cet article présentera l’évolution dans la vie politique de la femme au Mali de l’indépendance à nos jours et la deuxième partie, le profil sociologique des femmes députées de 1997 à 2002. Qui sont-elles ? D’où viennent-elles ? Comment sont-elles arrivées au Parlement ?

Evolution de la place et du rôle de la femme en politique au Mali
La faible participation de 1960 à 1968
1968 marque un tournant important dans l’histoire du Mali. En effet, le 19 novembre, un coup d’Etat militaire met brutalement un terme à la première République issue des luttes anticoloniales et d’élections libres et démocratiques.

En 1960, les femmes accèdent à l’indépendance avec un handicap majeur, l’analphabétisme. Malgré leur citoyenneté acquise en même temps que celle des hommes avec la Constitution française de 1946, elles n’ont été ni scolarisées ni impliquées dans l’économie de traite par le colonisateur. Elles sont de ce fait exclues de la création et de l’animation des partis politiques, des syndicats et des associations désormais autorisés mais réservés en fait aux personnes instruites ou impliquées dans l’économie coloniale. Il faut attendre la réforme de l’enseignement colonial de 1948, qui permet l’accès à un enseignement de qualité, pour assister à une véritable scolarisation des Africaines. Elles deviennent alors institutrices, sages-femmes, infirmières, assistantes sociales, secrétaires. Les femmes blanches, épouses des administrateurs coloniaux ou enseignantes, sont leurs modèles. Elles se battent pour l’assimilation et contre les coutumes jugées rétrogrades comme le mariage forcé ou la polygamie, mais n’investissent pas le champ politique.

Les autres femmes, analphabètes pour la plupart, s’engagent dans le combat politique dans les rangs des deux partis politiques de l’époque, le Parti progressiste soudanais (PSP) [2] et l’Union soudanaise RDA (US-RDA) [3]. Du fait de leur analphabétisme, elles sont en retrait par rapport aux hommes, servant plus d’agents de propagande et de mobilisation que de décideurs. Pendant toute la période de la lutte contre le système colonial, contre ses abus et pour l’indépendance, une seule femme lettrée se distingue en politique : Aoua Keita, une sage-femme sortie de l’Ecole de médecine et de pharmacie de Dakar en 1931. Elle s’engage à fond dans le combat politique et syndical. Présidente de l’Inter-syndicat des femmes travailleuses créé en 1956, elle représente le mouvement au congrès constitutif de l’Union générale des travailleurs d’Afrique noire (UGTAN). Aoua Keita n’était pas la seule femme lettrée de son époque. D’autres sages-femmes et institutrices sorties de l’Ecole normale de Rufisque, pendant féminin de la célèbre Ecole normale des instituteurs de William Ponty [4], optent pour l’application en douceur sur le terrain des idéaux de liberté, égalité et fraternité de la France civilisatrice. Elles s’engagent dans le syndicalisme ou les associations à caractère apolitique comme Jeemanguélen [5] ou Rencontres africaines, tournées vers l’éducation socio-éducative pour le mieux-être des femmes. Aoua Keita est la seule femme membre du bureau politique national de l’US-RDA. Elle est l’unique femme députée de l’assemblée législative de la République soudanaise [6] de 1959 à 1960 et de la première législature de la première République du Mali de 1960 à 1964. Namissa Touré la rejoint au Parlement à l’issue des élections de 1964. Toutes deux sont emportées par la révolution active de 1967 [7].

L’US-RDA, le parti anticolonialiste qui conduit le pays à l’indépendance et l’engage dans la voie socialiste, retire la parole aux femmes lettrées en prononçant la dissolution de leurs différentes organisations et en les obligeant, si elles veulent continuer à s’exprimer, à regagner les rangs du parti unique à la base. Celles qu’elle voulait récompenser, pour avoir pris une part active et déterminante dans le combat pour l’indépendance, étaient illettrées dans leur grande majorité et n’étaient donc pas en mesure d’assumer des responsabilités importantes dans les instances de décision. Une organisation spécifique, la Commission sociale des femmes créée en 1963, est directement rattachée au parti. Dirigée par les épouses des responsables politiques, elle sert plus de caisse de résonance aux mots d’ordre du parti unique qu’à l’amélioration ou au changement du statut de la femme. Sira Sissoko Diop est nommée directrice du lycée de jeunes filles en 1962. Elle est rapidement remplacée par un homme, Ly Beydi, un militant du Parti africain pour l’indépendance (PAI) [8] sénégalais, en exil politique au Mali. Les responsables de l’US-RDA, qui voulaient construire le socialisme au Mali et tenaient un discours officiel émancipateur à l’égard des femmes, ne les ont jamais associées directement à la gestion du pouvoir. Mais ils les ont fait participer à toutes les conférences internationales des femmes, particulièrement en Union soviétique et dans les pays de l’Est.

Lorsque les militaires renversent la première République, le 19 novembre 1968, il n’y avait aucune femme ni parmi les grands commis de l’Etat ni dans les institutions de la République. Mais la réforme de 1962, qui préconise un enseignement de masse et de qualité, ouvre aux femmes les chemins de l’enseignement supérieur et des métiers traditionnellement réservés aux hommes. Cela les met en situation, plus t**d, de rivaliser avec ceux-ci pour les postes de la haute administration et de la politique.

Du coup d’Etat de 1968 à la révolution de mars 1991
Ce sont les militaires, responsables de la rupture brutale du processus démocratique, de la suppression de toutes les libertés fondamentales et de l’instauration de la dictature au Mali qui ouvrent, pour la première fois dans l’histoire du pays, les portes du gouvernement aux femmes.

La première à entrer au gouvernement malien est Inna Sissoko Cissé, assistante sociale de formation. Elle est membre du gouvernement provisoire issu du coup d’Etat de 1968 au poste de secrétaire d’Etat aux Affaires sociales, un poste de femme "sur mesure". La première femme ministre est nommée en 1982 à l’Information. Elle sera rejointe en 1986 par une autre, à la Santé. A partir de 1988, une troisième entre au gouvernement comme ministre de l’Emploi et de la Fonction publique et restera l’unique femme jusqu’au renversement du régime en 1991. Elles sont par contre plus présentes dans la haute administration. Une nouvelle génération de femmes diplômées, de plus en plus instruites dans divers domaines, accède à des postes de responsabilité dans la fonction publique. Une femme est adjointe au secrétaire général du gouvernement, poste politique important à un moment où la fonction de Premier ministre n’existe pas. Des femmes sont nommées directrices nationales de services administratifs et économiques importants et présidentes de tribunal. Sous le règne des militaires, c’est incontestablement l’Union nationale des femmes du Mali (UNFM) créé en 1978 qui joue un rôle politique visible et déterminant. L’épouse du président de la République, présidente active, puis présidente d’honneur de l’organisation, est la personnalité politique la plus en vue du pays. Les mauvaises langues disent que beaucoup de ministres, directeurs nationaux et responsables de postes importants lui doivent leur nomination ou leur limogeage. Affiliée à l’Union démocratique du peuple malien (UDPM), parti unique constitutionnel créé par les militaires en 1979, l’UNFM, instrumentalisée par le pouvoir, a largement contribué à asseoir et à consolider la dictature de Moussa Traoré. Seule organisation de femmes autorisée, elle est boudée par toutes celles qui ne voulaient pas se compromettre avec un régime dictatorial et corrompu. Il n’y avait donc aucune possibilité d’activité politique pour les femmes en dehors de la structure. La présidente de l’UNFM est membre de droit du bureau exécutif central de l’UDPM. Une femme est membre du Conseil national (organe se réunissant entre deux congrès) du parti. Six siègent au Conseil économique et social. Leur présence n’est pas beaucoup plus significative au Parlement. Elles sont deux aux deux premières législatures de la deuxième République, trois à la troisième, cinq à la quatrième et dernière législature.

Les deux premières Républiques se placent sous le règne du parti unique. Les élections se font uniquement sur la base d’une liste nationale du parti. Il n’y a ni liste concurrente, ni candidature indépendante. La faible représentation des femmes au Parlement est donc de la responsabilité des pouvoirs en place. La promotion de la femme et sa participation aux instances de décision ne sont pas encore à l’ordre du jour.

De la révolution de mars 1991 à 2002
Les femmes prennent une part active à la révolution populaire de mars 1991 qui renverse le régime dictatorial en place. Elles sont sur tous les fronts, participent à la création de la coopérative culturelle Jamana, sont membres du comité de rédaction du journal Les Echos, deux titres symboles de l’opposition au parti et à la pensée uniques, qui médiatisent et soutiennent le combat des démocrates maliens. Elles sont parmi les initiateurs et les signataires de la lettre ouverte au président de la République qui donne le signal de la lutte ouverte contre l’autorité du régime en place. Elles participent à toutes les marches et manifestations de protestation contre la dictature et pour le multipartisme. Elles se déchaînent après les tueries d’enfants et d’élèves [9] et imposent aux manifestants une marche forcée sur la morgue de l’hôpital Gabriel Touré et sur Koulouba [10]. Elles paient un très lourd tribut à la démocratie. Certaines sont arrêtées, d’autres fauchées par les balles, d’autres encore perdent leurs enfants. Le 26 mars 1991, c’est la victoire. Une frange de l’armée, émue par tant de violences et de morts gratuites, épouse la cause des manifestants et renverse le régime.

Un organe, le Comité de transition pour le salut du peuple (CTSP), est mis en place pour gérer la transition et préparer l’avènement de la troisième République. Au départ, aucune femme n’y figure. Lorsque le représentant de la Ligue malienne des droits de l’homme décide de faire acte de candidature à la future élection présidentielle, il se retire du CTSP et est remplacé par une femme de la même association. Le gouvernement mis en place pendant la transition concède des postes importants aux femmes qui occupent le département de la Santé et des Affaires sociales, du Développement rural et du Plan. Un secrétariat d’Etat pour la Promotion de la femme est créé. Pour la première fois dans le pays, une femme occupe le poste de gouverneur du district de Bamako, une autre est nommée ambassadeur. Elles participent pleinement à la conférence nationale dans les différentes commissions préparatoires, occupent le poste de vice-présidente et de rapporteur général adjoint dans le bureau et plusieurs sont retenues comme experts. Les associations et organisations non gouvernementales (ONG) féminines explosent. Les femmes mordent à pleines dents dans la liberté.

En 1992, une élection pluraliste est organisée pour désigner le président de la République après l’adoption d’une Constitution qui garantit les droits et les libertés fondamentales. La troisième République du Mali est née, suscitant beaucoup d’espoir, y compris chez les femmes. Le premier gouvernement n’en compte que deux, l’une secrétaire d’Etat à l’Education de base, l’autre, ministre de l’Emploi, de la Formation professionnelle et de la Promotion de l’initiative privée, deux départements confiés à des figures inconnues dans les rangs de celles qui se sont ouvertement opposées à la dictature. Cette République fait incontestablement la promotion politique de la femme en créant un commissariat chargée de la Promotion de la femme directement rattaché au Premier ministre. Des femmes sont nommées directrice de cabinet du président de la République, conseillère spéciale, ambassadeur à Paris, ministres des Affaires étrangères ainsi que de l’Industrie et du Commerce. Plusieurs sont directrices de services importants, y compris dans l’économie comme à la direction nationale des impôts ou à la Banque internationale pour l’Afrique de l’Ouest (BIAO). Elles sont par contre très faiblement représentées au Parlement, trois sur 116 députés, ce qui ne reflète pas leur rôle dans l’avènement de la démocratie. Les différents partis politiques n’ont pas mis beaucoup de femmes sur leurs listes, de peur que cela ne les fasse perdre. Il s’agit là d’un témoignage éloquent du décalage de la classe politique par rapport à l’évolution politique et sociologique du Mali. Les premières élections législatives pluralistes organisées par la troisième République en 1997 envoient à l’Assemblée nationale 18 femmes, grâce au système de quota de 30 % dans les circonscriptions de plus de trois députés. Cette arrivée "massive" des femmes au Parlement est réellement nouvelle.

Profil sociologique des femmes parlementaires de 1997 à 2002
Des élections mouvementées
Les élections de 1997 devaient couronner la démocratie au Mali : elles ont été un véritable échec. Après plusieurs marchandages, gouvernement et classe politique tombent d’accord pour la mise en place d’une Commission électorale nationale indépendante (CENI) qui pilotera les élections sans l’administration. La date des législatives est fixée au 13 avril 1997. En fait, ce scrutin est un fiasco, un échec retentissant de la CENI et de toute la classe politique, dénoncé à la fois par le gouvernement et l’opposition. Tous les partis font les frais de la mauvaise organisation et de l’inexpérience de la CENI. L’opposition radicale en impute la responsabilité au seul gouvernement, justifiant ainsi son très mauvais score. Elle en profite pour refuser de participer à la fois à la reprise des élections législatives et au scrutin à venir, notamment la présidentielle. L’opposition modérée et les partis de la mouvance présidentielle qui acceptent la poursuite du processus électoral ne pèsent pas lourd sur le terrain, surtout à l’intérieur du pays. L’Alliance pour la démocratie au Mali (Adéma) [11] fait preuve d’imagination et invente le système du portage pour sauver la démocratie malienne. Il s’agit de mettre des candidats d’autres partis sur la liste de l’Adéma. Une fois dans l’hémicycle, ces candidats élus retrouvent leur identité et siègent au nom de leur parti. Ainsi, des partis qui ne peuvent pas obtenir de sièges sous leurs couleurs sont représentés, mettant le pays à l’abri d’une assemblée monocolore. C’est dans ce contexte particulier que 17 femmes de l’Adéma et une femme du Parti pour le développement et la démocratie (PDP) figurant sur cette liste dans la circonscription électorale de Baraouli sont élues à la reprise des élections en juillet 1997.

Age, formation et profession des femmes élues
Les femmes élues sont relativement jeunes : l’âge moyen est de 44 ans, la plus âgée en a 55 et la plus jeune, 33 [12]. Elles sont dans l’ensemble cadres moyens. Le niveau moyen est le diplôme d’études fondamentales (DEF) [13] plus deux ou trois ans d’études, 10 ont pour diplôme de base le DEF, 8 ont obtenu le bac, parmi lesquelles 6 ont le niveau bac + 2 ou 3, une, bac + 5 et une, bac + 7. Une seule n’a aucun diplôme. Toutes exerçaient une profession avant leur arrivée à l’hémicycle : 12 sont fonctionnaires, deux travaillent dans les ONG, une dans une structure communautaire. Une est chef d’entreprise et une est dans le commerce informel. Deux ont une expérience d’élue comme conseillère municipale.

Les femmes élues se retrouvent dans la moyenne générale des députés. La configuration de l’Assemblée de la deuxième législature est originale. Toutes les couches sociales et les corps professionnels sont représentés. La grande majorité se situe dans les cadres moyens, particulièrement dans l’enseignement avec 47 maîtres de l’enseignement fondamental et 5 professeurs de l’enseignement secondaire général. Pour la première fois dans l’histoire parlementaire du pays, un grand nombre des cadres supérieurs, catégorie sociale pour laquelle le Parlement n’avait aucun attrait, font leur entrée. Sur les 147 élus, 20 sont cadres supérieurs dans des domaines variés, 27 viennent du secteur privé.

Statut et situation sociale des femmes élues
Les femmes élues sont toutes mariées à l’exception de trois, divorcées au moment de leur élection – l’une d’entre elles se remarira en cours de mandat. Le fait que l’on accepte sans difficulté des femmes divorcées à ce niveau de responsabilité est la preuve d’une évolution positive de la société malienne. Les femmes mariées sont à 56 % en régime monogamique et à 44 % en régime polygamique. Les maris sont, dans l’ensemble, des cadres moyens et 6 sont des cadres supérieurs (un administrateur civil, deux ingénieurs de génie civil, un ingénieur des travaux forestiers, un économiste et un professeur d’anglais). Il y a aussi un gendarme, un policier et un militaire. Tous les maris sont fonctionnaires à l’exception de deux, qui sont du secteur bancaire.

Toutes les femmes élues à l’exception d’une sont mères, mais le nombre moyen de leurs enfants se situe nettement en dessous de la moyenne nationale : une seule en a 9 et 4 en ont chacune un.

Ces femmes viennent d’un milieu social modeste. 38,88 % sont de père et mère analphabètes. 61,12 % ont des pères lettrés, petits fonctionnaires pour la plupart. Les plus gradés sont un administrateur civil et un médecin. Toutes leurs mères à l’exception d’une sage-femme sont analphabètes. On voit ici l’un des effets bénéfiques de la réforme de l’enseignement de 1962. Des enfants issus de familles modestes et illettrées ont accédé à l’école et s’y sont maintenus aussi longtemps que leur permettaient leurs capacités intellectuelles.

Ces élues sont enfin issues de familles nombreuses. Leurs frères et sœurs ne sont pas tous lettrés. La famille la plus nombreuse compte 17 enfants, la moins nombreuse, trois.

Passé politique des femmes élues
Les femmes élues sont venues au Parlement dans des conditions différentes. Certaines ne s’intéressent à la politique qu’avec l’avènement de la démocratie au Mali et 4 vivent dans un environnement familial où l’on parle et pratique la politique. Aoua Ouattara est issue d’un lignage de chefferie traditionnelle de Koutiala ; son père est de ce fait fortement impliqué dans les activités politiques de la localité depuis l’époque coloniale. Celui de Kadiatou Coulibaly, un vétéran de l’US-RDA, est chef de quartier à Bamako : c’est chez lui que se sont tenues les réunions du parti pendant vingt ans. Oumou Traoré est née dans une famille PSP ; son père lui parle souvent de politique et l’appelle de façon prémonitoire député. Bata Traoré entend pendant toute son enfance parler négativement de la politique ; sa famille, vétéran PSP, parti perçu et présenté à l’époque par les partisans de l’indépendance comme "suppôt du colonialisme", subit les foudres de l’US-RDA à son accession au pouvoir et ses parents sont exilés. Le même sort est réservé à beaucoup d’autres militants PSP sur l’ensemble du territoire. Quatre femmes sont totalement engagées dans la politique sous la deuxième République, deux sous la première République, une a milité dans la clandestinité.

Candidature et campagne électorale
Toutes les femmes ne sont pas retenues sur les listes électorales dans les mêmes conditions. Deux sont arrivées là par hasard. Bata Traoré n’a jamais milité dans un parti. Elle a un ami au PDP. Ce parti n’arrive pas à trouver le nombre de personnes nécessaire pour aller aux législatives sous ses propres couleurs et son ami vient la prier d’accepter de compléter sa liste. Le jour des primaires, la femme retenue dans la circonscription de Doïla ne se présente pas et, comme elle est dans la salle, Salimata Coulibaly est proposée et retenue. Les candidates de Kati, Kayes, Sikasso, Mopti, Gao et des communes IV et VI du district de Bamako sont retenues sans difficultés. Les autres doivent se battre avec plus ou moins de détermination pour s’imposer. A Koutiala, deux sages-femmes sont en lice. En commune II, trois femmes cadres s’affrontent sans état d’âme aux primaires. A Ségou, les femmes livrent un combat épique. A Kita et Doïla, elles sont soumises à un véritable parcours du combattant.

Les difficultés pour les femmes ne s’arrêtent pas au combat mené à l’intérieur du parti. Elles doivent se battre dans leur famille pour faire accepter l’idée de leur candidature. La politique est généralement mal perçue dans leur société. Elle se ramène au mensonge, aux coups bas, à la trahison des amis, autant de choses qui ne conviennent pas à une femme. C’est pourquoi on la considère comme un métier d’homme. Dans la plupart des cas qui nous concernent ici, ce sont les mères qui sont hostiles. Elles se demandent quelle réputation leur fille se fera en participant souvent à des réunions qui de surcroît se terminent t**d la nuit. Comment pourra-t-elle concilier sa vie de mère, d’épouse et de parlementaire ? Comme la politique est un domaine où l’on se fait du mal, sa fille ne s’expose-t-elle pas inutilement au risque de se faire marabouter par des adversaires malheureux ? Les mères, qui se posent beaucoup d’autres questions du même ordre, finissent cependant par céder, se rangent du côté de leur fille et les aident du mieux qu’elles peuvent.

Toutes les femmes mariées, à l’exception d’une, ont reçu l’accord et le soutien actif de leurs époux. A Doïla, le mari de Salimata Coulibaly a dû s’emporter et user de tout son poids d’ancien militaire en milieu rural pour imposer sa femme. A Kati, Oumou Traoré jette l’éponge après le désastre du 13 avril. Elle n’apprécie pas la façon dont la nouvelle liste du parti est élaborée. Il faut la pression de son mari pour qu’elle accepte de se maintenir. Par contre Nya Traoré fait face à une opposition ferme de son mari qui voulait lui-même se présenter à Kayes. Elle tient bon et maintient sa candidature au prix de quelque tension conjugale.

Les femmes paient cher pour se faire élire. Bata Traoré est la seule à n’avoir engagé aucun argent. Le parti qui lui force la main prend en charge les frais de constitution de son dossier et lui remet 50 000 francs CFA pour sa famille afin qu’elle puisse s’absenter pour la campagne. Toutes les autres mettent la main à la poche. En plus du soutien du parti – 100 000 francs CFA pour chaque candidat dans un premier temps, puis 250 000 pour chaque femme candidate dans un second temps –, elles puisent dans leurs économies, bénéficient du soutien d’amis, de parents et du conjoint. Une femme a pris un prêt de 1 million de francs CFA à la banque. Quatre affirment ne pas savoir combien elles ont dépensé au juste mais estiment avoir déboursé plusieurs millions de francs CFA. Une seule ne dépense que 1 million, les autres entre 2 et 8 millions, une dépense jusqu’à 13 millions.

Les femmes élues restent fidèles aux croyances ancestrales. Toutes, à une exception près, recourent directement ou indirectement à la "magie noire". Une se contente de faire des sacrifices et d’amener l’aumône à la mosquée. Beaucoup laissent parents et amis s’occuper de cet aspect de la campagne et se contentent de payer. Certaines affirment avoir été contraintes par des relations à qui elles ne peuvent rien refuser. La période des campagnes est une période faste pour les marabouts (vrais et faux), charlatans et autres voyants.

Le poids des femmes au Parlement
Une fois à l’Assemblée, les femmes ne réussissent pas à s’imposer pour accéder en nombre significatif aux postes de responsabilité. Le combat avec les hommes est âpre car ces postes comportent pouvoir, prestige et avantages matériels. L’une est 5e vice-présidente sur 6, une autre est 3e secrétaire parlementaire sur 6, deux sont présidentes de commissions sur 11. Une femme est désignée pour siéger à chacun des parlements sous-régionaux de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Au renouvellement du bureau de 2000, une femme réussit à se hisser au poste de 2e vice-présidente, mais les autres disparaissent du secrétariat parlementaire et ne conservent qu’une seule présidence de commission, jusqu’à la fin de la législature.

Les élections de 2002 se sont déroulées dans un climat politique apaisé. Mais le regroupement des partis s’est opéré au détriment des femmes qui, une fois de plus, ne sont pas bien représentées. Elles sont 14 sur 147 députés élus. A la mise en place du nouveau bureau, elles obtiennent les postes de 4e et 8e vice-présidente, de première secrétaire parlementaire et de vice-présidente de la commission de l’Education, de la Culture et de la Communication. Au renouvellement du bureau en 2003, elles sont 4e et 6e vice-présidentes et sont éliminées des autres postes.

Conclusion
Malgré le combat politique des femmes et en dépit du discours officiel et de la signature de toutes les conventions internationales en leur faveur, elles n’occupent pas encore au Mali la place correspondant à leur importance numérique et à leur engagement. Au gouvernement mis en place après les élections présidentielle et législatives de 2002, elles sont 4 sur 29, à la Santé, au Développement social, à la Solidarité et aux Personnes âgées, à la Promotion de la femme, de l’enfant et de la famille, et au ministère délégué à l’Emploi et à la Fonction publique. Au dernier remaniement de 2004, elles sont cinq.

Il va de la santé de la démocratie au Mali que les femmes occupent la place, toute la place qui leur revient. La société civile féminine, à travers ses milliers d’associations qui ont explosé au lendemain de la révolution de mars 1991, doit imposer un seuil critique de femmes au gouvernement et au Parlement pour que leur participation à la vie politique ne soit plus un slogan creux, mais une condition nécessaire pour influer les décisions qui engagent l’avenir du pays.

Notes
[1]
Les chiffres donnés dans ce texte sont tirés du Mali en chiffre 1998-2002.
[2]
Le PSP de Fily Dabo Sissoko est considéré par ses adversaires comme inféodé au colonisateur.
[3]
L’US-RDA est la section soudanaise du Rassemblement démocratique africain, parti de l’indépendance, créé à Bamako en 1946 et qui regroupait toute l’Afrique française occidentale et équatoriale.
[4]
Etaient sortis de cette école la plupart des responsables du RDA, qui contestaient partout en Afrique française l’ordre colonial et revendiquaient l’indépendance pour leurs différents pays.
[5]
Littéralement : "il est aisé de se rassembler" en bamana.
[6]
La République du Mali était le Soudan français à l’époque colonial.
[7]
La "Révolution active" est la radicalisation du régime socialiste qui livre une chasse aux sorcières à tous les Maliens n’affichant pas une ardeur révolutionnaire.
[8]
Le PAI est un parti de gauche représenté dans tous les pays de l’Afrique occidentale française (AOF).
[9]
Les journées des 22 et 23 mars 1991 ont été particulièrement sanglantes. Des bombes et des BRDM (4x4 blindés de transport de troupe) ont été utilisées contre les manifestants, les scolaires le 21, les scolaires et les femmes le 23.
[10]
La colline de Koulouba dite colline du pouvoir est le siège du gouvernement.
[11]
L’Adéma est une association du mouvement démocratique qui devient parti politique sous le nom d’Adéma-PASJ (Parti africain pour la solidarité et la justice). Alpha O. Konaré, son candidat, est élu président de la République en 1992 et réélu en 1997.
[12]
Toutes les informations relatives à la personne des femmes parlementaires mentionnées dans cet article ont été recueillies par l’auteur auprès des intéressées en 1998 et 1999 à Bamako.

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