19/04/2026
(SÉGOU, UN JOUR, UNE HISTOIRE)
BABA MINTA LE SAMARITAIN DE SEGOU
Ibrahim dit Baba Minta naquit à Ségou vers 1932. Il est le fils de Souabou et de Tata Kanta et devint très tôt orphelin de père. Il a donc été adopté par Abdoulaye Minta dit Baye, le jeune frère de son père alors administrateur à Baguineda.
Bien que doué d’une intelligence hors du commun, le jeune Baba Minta n’a malheureusement pas connu une scolarité de longue durée. Il a appris le métier de menuisier et devint un grand maître dans ce corps. Pour des raisons professionnelles, son père est affecté à Ségou en qualité de Secrétaire Général de la Mairie, à l’époque où Dramane Coulibaly était aux affaires. Apprenti tailleur aussi, il a été le premier à ouvrir un atelier de couture à Ségou avec à ses côtés un certain Kati Kanta qui sera plus t**d le meilleur couturier de la place.
Baydé (son petit nom) que les Ségoviens affectionnaient beaucoup remporta un succès énorme dans cette profession. Ce qui lui vaudra d’ailleurs d’être le premier représentant de structures comme la SONATAM (tabac et allumettes) et la SOCORAM (radios). Il fut également le premier promoteur d’une boutique de produits de luxe et de prêt-à-porter avec une antenne à Sikasso ; d’une agence de location de matériels de sonorisation et d’un magasin de céréales dont le stock était plutôt offert que vendu aux populations.
Face à d’énormes problèmes de transport auxquels les Ségoviens étaient confrontés, Baydé acheta une douzaine de 404 bâchées au début des années 1970. Le transport était de l’ordre de 25 francs et les arrêts étaient identifiés par des plaques sur lesquelles on pouvait lire : « AM, TK, BM ». C’étaient les initiales de Abdoulaye Minta, Tata Kanta et Baba Minta. C’était sa façon de rendre un hommage à ses parents.
Plus t**d, il songera au transport fluvial avec l’achat de trois pirogues à moteur qui faisaient le bonheur de l’Office Riz et de l’Office du Niger en reliant toutes les zones de production de ces deux services : Dioro, Tamani, Diafarabé, N’Débougou, Molodo... Il pensa également au désenclavement extérieur de Ségou et acheta cinq camions remorques et un camion de 10 tonnes pour les transports volumineux vers les pays limitrophes et partenaires : Burkina, Niger et Togo.
Ses bienfaits sont innombrables. Les Ségoviens se souviendront encore longtemps de ses fréquents passages dans les centres hospitaliers où il apportait son assistance aux malades, de sa sollicitude à l’endroit du gardien du Stade Municipal jusqu’à sa mort, de ses interventions quotidiennes à la police ou à la gendarmerie au profit de personnes dont il ignorait souvent l’origine, de ses gestes réguliers à l’endroit des jeunes de tous les quartiers de Ségou. Point n’est besoin de dire que sa disparition est regrettée par plus d’un.
Sa carrière sportive n’est pas moins reluisante. Il intégra l’Association Sporting Club et joua avec Mamou Thiéro en 1953. A la faveur de la fusion de son club avec l’Etoile Filante en 1960 pour créer l’Avenir de Ségou, il devient un dirigeant de cette nouvelle formation. Il rejoignit la Jeunesse Sportive Ségovienne (JSS) où il assuma d’importantes responsabilités. Ce qui l’amena d’ailleurs à mettre en jeu la Coupe Baba Minta en 1977.
La réforme sportive de 1980 le propulsa à la tête de l’AS Biton jusqu’en 1984 où, en raison de ses nombreux déplacements, il a du céder la place à Amary Daou avant de la reconquérir en 1987.
Malgré son séjour à la JSS, Baba Minta ne faisait aucune distinction entre les clubs, car il offrait à tous des jeux de maillots, des crampons et des ballons. Ceux des membres de la ligue régionale de son époque, qui vivent encore, se souviennent de cet homme qui n’avait pas hésité à financer de sa poche la reconstruction d’un pan de la clôture du stade qui s’était écroulée.
Sous la pression des habitants de son quartier, Baba Minta a accepté être Secrétaire Général du comité puis Trésorier Général de la Sous-section et de la Section UDPM de Ségou avant d’être élu Député à l’Assemblée Nationale.
Il aurait confié à un de ses enfants qu’après le Général Moussa Traoré il ne souhaitait serrer la main d’aucun autre président. Et le sort a voulu qu’il décède le 23 janvier 1991 à Bamako, trois j
mois seulement avant la chute du régime de Moussa Traoré, laissant derrière lui deux épouses et deux enfants, Awa et Souabou.
Source: Moustaph MAÏGA