13/05/2026
Tahoua/Violences basées sur le Genre
Quand la quête de justice renforce la résilience des survivantes
Tahoua, chef-lieu de la région du même nom est située à plus de 500 kilomètres au Nord-Ouest de Niamey, la capitale du Niger. Dans cette région, les violations des droits humains prennent des proportions inquiétantes. Selon les statistiques du Centre Régional multiservices de prise en charge des survivantes des VBG, sur deux ans, soit de 2024 à 2025, 331 cas des VBG ont été déclarés et pris en charge. Ces chiffres sont répartis sur six (6) types de violences basées sur le Genre avec des viols et sodomies sur des mineures filles et garçons. En 2024, le centre a enregistré au total 178 cas avec 3 sodomies pour le cas de viol. En 2025, 130 cas parmi lesquels, 18 viols dont 9 cas sur mineurs de moins de 13 ans ont été enregistrés. Au premier trimestre de l’année 2026, 36 cas ont été recensés dont 5 cas de viols. Face à ces chiffres effarants, les parents des victimes invitent la communauté à être plus vigilante et à surtout soutenir les survivants et survivantes, en exhortant la justice à punir sévèrement les auteurs des Violences basées sur le Genre.
Sous un soleil de plomb, assise sur un tabouret au bon milieu d’une cour familiale, pensive et visiblement plein de chagrin, cette mère d’un garçon de quinze (15) ans ne s’en revenait pas sur ce qui est arrivé à son fils, une nuit de la destinée (Lailatoul Kadre). Ce jour-là, vers 3 heures du matin, une patrouille des Forces de Défense et de Sécurité a frappé à sa porte pour lui remettre son fils, qui vient d’être secouru des mains d’un adulte qui le sodomisait dans une ruelle obscure. S’exprimant avec dédain à l’égard du violeur, la seule chose qui peut calmer sa colère, sera une décision de justice. « .Des pervers comme ce monsieur qui a gâté mon enfant, doivent être punis sévèrement par la justice. Nous gérons l’affaire dans la discrétion, raison pour laquelle, les voisins ou l’entourage ne sont pas au courant. Nous avons porté plainte et nous attendons que la justice nous appelle pour la suite du dossier », a-t-elle lâché, la mort dans l’âme, cette mère déboussolée n’arrive toujours pas à comprendre comment son enfant s’est retrouvé dans les bras d’un pédophile.
Son fils âgé de seulement 15 ans a été pendant plus d’un an, un objet sexuel, sodomisé, par celui-là même qui est censé être son patron, donc son protecteur. Il a échappé à cet acte immoral grâce à une patrouille nocturne des FDS.
La démarche de ce pervers envers ses cibles consistait à faire des compliments à ces derniers en appréciant leur beauté et leur physique. « Il a commencé à me dire que je suis beau avant de commencer à me toucher, pour enfin satisfaire sa libido. Avant de passer à l’acte, il nous faisait manger de la viande mélangée au lait. Une fois cette viande consommée, nos corps deviennent faibles…,» a affirmé l’adolescent avec un air innocent. Selon la victime, deux autres garçons, tous des élèves subissaient la même chose. Après sa salle besogne, il remettait 1000 F à chacune de ses victimes.
Choquée par ce qui est arrivé à son enfant, cette mère s’engage à aller jusqu’au bout pour réclamer justice, grâce à l’appui du Comité Villageois de Protection de l’Enfant –CVPE et les services régionaux de protection. D’ores et déjà, l’auteur de la forfaiture est dans les mains de la justice, coffré dans une prison. La mère de l’enfant espère qu’à l’issue du procès que le violeur, écopera de la peine la plus lourde possible. Actuellement, la victime présente des signes de faiblesse dans son organisme avec des douleurs physiques, alors que les résultats des premiers examens n’ont rien donnés. Des examens, qu’il a d’ailleurs effectués, suite à son passage au Centre Régional multiservices de Lutte contre le VBG de Tahoua. « Actuellement je ne me sens pas bien, je sens comme si il y a quelque chose dans mon ventre…, » dixit l’enfant. Sa prise en charge psychosociale vient même d’être suspendue jusqu’à ce qu’il recouvre sa santé, a expliqué Madame Moustapha Hadiza Maman Idi, gestionnaire administrative dudit centre. «Pour le cas de l’enfant de 15 ans sodomisé, vous avez vu que jusqu’à présent, l’enfant n’a pas retrouvé sa santé. Il a eu deux séances en appui psychosocial par notre psychologue, et on s’est dit qu’on va arrêter la prise en charge, le temps de voir clair sur sa santé, parce que quand il était venu le premier jour, il marchait correctement et maintenant vous avez vu sa marche et on s’est dit qu’il lui faut des examens complémentaires..., » suggère la gestionnaire du centre.
La mère de l’Enfant souhaite que son fils reste à ses côtés en menant une activité génératrice de revenu, afin de lui éviter l’exposition à toutes sortes de tentations. L’enfant approuve l’idée de sa mère sauf que les moyens financiers pour concrétiser leur rêve font défauts.
Les violences basées sur le genre dans la région de Tahoua, c’est aussi des viols sur des filles mineurs et des femmes. Tout récemment, une victime de 15 ans a accouché d’une fille, suite à un viol dont elle a subie par un adulte de plus de 40 ans. Pour ce cas qui est loin d’être isolé dans la localité, le père de la victime, le ton ferme et menaçant affirme qu’il a demandé justice et réparation pour sa fille. « J’ai d’abord demandé une prise en charge pour ma fille et du bébé qu’elle va accoucher, en plus de la condamnation par la justice de l’auteur du viol ». Le plaignant a certes eu la somme demandée pour la prise en charge de sa fille, cependant, il constate avec amertume, le séjour très court passé par le violeur en prison. Une peine qu’il estime nettement en deçà de celle que l’auteur de ce crime qui se trouve être par ailleurs un dignitaire devait écoper. Le papa de la victime affirme qu’il va continuer à soutenir sa fille moralement aussi. Cette dernière bénéficie également du soutien de sa mère dans cette épreuve, ce qui lui rehausse le moral. Le père de la victime d’ajouter qu’il va continuer à combattre les auteurs de viol, à l’instar du violeur de sa fille, un récidiviste hors pair, qui aurait abusé de plusieurs filles et femmes.
Agée de 15 ans, son bébé dans ses bras, l’adolescente se souvient du jour où tout à basculer, lorsque son agresseur à utiliser la force physique pour atteindre son objectif. « Nous étions parties chercher le réseau sur nos téléphones en compagnie de mes amies, lorsqu’il m’a abordé. Après avoir lutté pendant un moment, il a fini par prendre le dessus compte tenu du déséquilibre des forces. Je pas eu le courage d’informer ma mère, elle a appris la nouvelle par le biais de mes amies…, » a lâché difficilement l’adolescente. Grâce au soutien de ses parents, la victime traverse avec sérénité, espoir et ambition cette étape de sa vie : « Je vais apprendre la couture », a-t-elle laissé entendre.
Tout comme le garçon sodomisé, cette victime de viol est passée par le Centre Régional de Lutte contre les Violences basées sur le Genre.
Le Centre Régional, Une référence pour les survivantes et survivants des VBG
Créé en 2021, le Centre Régional de prise en charge des Violences basées sur le Genre de Tahoua a commencé ses activités le 1er janvier 2024. Il a pour mission d’apporter assistance aux personnes survivantes des VBG et offrir la prise en charge adéquate. Il mène des activités de prévention, de sensibilisation et offre aux survivants et survivantes, une prise en charge holistique car disposant de plusieurs services. Ces derniers sont l’accueil au guichet, la prise en charge psychosociale, le service judiciaire et juridique ainsi que les services d’investigation constitués des éléments de la police, la gendarmerie et la Garde Nationale. Il dispose d’un service santé et d’un refuge qui accueille provisoirement des survivantes et survivants.
Différents cas des VBG sont traités dans ce centre précise sa gestionnaire. « Il s’agit du viol, agressions sexuelles, déni de ressources et d’opportunité, violences psychologiques et physiques…, » a expliqué Madame Moustapha Hadiza Maman Idi.
L’expertise médicale, une étape cruciale mais aussi un obstacle pour les survivantes des VBG
L’expertise médicale constitue une étape ultime pour les survivants et survivantes des VBG car elle reste la porte d’entrée pour des actions à mener dans le cadre de la prise en charge et la défense des droits des victimes des VBG. Cependant, le manque de gratuité de cette première étape importante freine l’élan de beaucoup de victimes qui finissent par rester silencieuses. Si au niveau du Centre Régional multiservices de Lutte contre les VBG de Tahoua, l’expertise est gratuite, ailleurs, elle demeure payante. Selon les organisations de défense des victimes des VBG, une survivante ou un survivant doit débourser entre 5.000 ou 20.000 voire même 30.000 F CFA en fonction de localité pour avoir ce ‘’visa’’ qui permet aux victimes d’engager la procédure de quête de leurs droits. « C’est avec cette expertise que les juridictions pourront dire, s’il s’agit d’un viol ou pas. Mais lorsque les victimes ne passent pas chez nous, c’est payant. Tous récemment, la population et les humanitaires ont eu à faire un plaidoyer au niveau du gouverneur pour qu’il puisse nous faire un plaidoyer sur la gratuité de l’expertise » a révélé madame Moustapha Hadiza Maman Idi, gestionnaire administrative régionale du centre de lutte contre les VBG de Tahoua.
Selon plusieurs parents, le recours à la justice reste une voix légale pour faire rentrer les victimes des VBG dans leurs droits. L’application de la loi dans toute sa rigueur et le soutien de la communauté mettent du baume aux cœurs des victimes et renforcent leur résilience.
Ibrahim Moussa,
Envoyé spécial Voir moins