14/04/2026
Alerte! đŽ - La prĂ©sence militaire française au : une histoire longue, complexe et toujours controversĂ©e
Par: Joe Le Mutant - La Rédaction Charilogone.
Depuis plus dâun siĂšcle, la relation entre le Tchad et la France est marquĂ©e par une prĂ©sence militaire continue, des alliances changeantes et des crises politiques rĂ©pĂ©tĂ©es. De la conquĂȘte coloniale Ă la pĂ©riode postâindĂ©pendance, puis des guerres civiles aux transitions actuelles, la France a souvent jouĂ© un rĂŽle dĂ©terminant dans lâĂ©volution du pouvoir tchadien.
Aujourdâhui encore, le retour des militaires français soulĂšve des interrogations profondes : quelle est la nature rĂ©elle de cette prĂ©sence, quels intĂ©rĂȘts sertâelle, et pourquoi susciteâtâelle autant de mĂ©fiance dans lâopinion publique tchadienne ?
Une histoire lourde : de la colonisation aux indépendances
La prĂ©sence française au Tchad remonte Ă la fin du XIXá” siĂšcle. AprĂšs avoir mobilisĂ© des travailleurs sara pour la construction du chemin de fer CongoâOcĂ©an, la France sâinstalle durablement dans la rĂ©gion. En 1900, la mort de Rabah marque la consolidation de son contrĂŽle militaire et administratif.
Durant la PremiĂšre Guerre mondiale (1916â1919) puis la Seconde (1939â1945), la France recrute massivement des Tchadiens et surtout les saras pour combattre dans ses rangs. Beaucoup dâanciens combattants conservent dâailleurs la nationalitĂ© française.
Ă lâindĂ©pendance en 1960, plusieurs officiers tchadiens formĂ©s dans lâarmĂ©e française â les gĂ©nĂ©raux Malloum Ngakoutou, Djibril NguitĂ© Djogo, Odingar et Doumro etc. â sont « prĂȘtĂ©s » au nouvel Ătat tchadien pour constituer lâossature de ses forces armĂ©es.
Les ruptures politiques et les interventions françaises
Tombalbaye : la premiĂšre rupture
Le prĂ©sident Ngarta Tombalbaye critique ouvertement la politique française au Tchad et sâen prend Ă Jacques Foccart de "Do pĂ©lĂ© au coup pĂ©lĂ©". Il est renversĂ© et assassinĂ© le 13 avril 1975.
Malloum expulse lâarmĂ©e française
Le gĂ©nĂ©ral Malloum demande le dĂ©part des troupes françaises. En rĂ©action, Paris soutient tour Ă tour les factions rebelles du FROLINAT : dâabord Goukouni Weddeye, puis HissĂšne HabrĂ©. Cela conduit Ă la guerre civile du 12 fĂ©vrier 1979.
Hissein HabrĂ© : lâalliĂ© stratĂ©gique
Goukouni, jugĂ© trop proche de la Libye au temps de Ghadafi, est Ă©vincĂ© au profit dâHabrĂ©, soutenu par la France. Avec lâappui militaire français, HabrĂ© affronte la Libye dans la bande dâAozou et reste au pouvoir jusquâen 1990.
Son renversement intervient aprĂšs quâil a envisagĂ© dâattribuer lâexploitation du pĂ©trole du Sud Ă la compagnie amĂ©ricaine Esso.
Lors du sommet de La Baule, il interpelle François Mitterrand :
« Qui ĂȘtesâvous pour nous donner des leçons de dĂ©mocratie ? »
Mitterrand rĂ©pond : « Lâavenir nous le dira. »
Déby pÚre : 31 ans de pouvoir et une relation ambivalente
Idriss Déby Itno, considéré comme un allié privilégié de la France, gouverne pendant 31 ans. à la fin de son rÚgne, lui aussi critique Paris lors de sa derniÚre campagne présidentielle en affirmant "Damboula anakou" en arabe tchadien. Il meurt le 19 avril 2021 dans des circonstances encore débattues.
Pour la premiĂšre fois, un prĂ©sident français â Emmanuel Macron â assiste personnellement Ă ses funĂ©railles et soutient la transition dirigĂ©e par Mahamat Idriss DĂ©by Itno.
Mahamat Idriss Déby Itno : rupture, retour et ambiguïtés
Mahamat Idriss Déby Itno demande le départ des forces françaises, qui reviennent pourtant deux ans plus t**d. Cette oscillation nourrit les interrogations.
Questions légitimes et persistantes:
Quel service lâarmĂ©e française rendâelle rĂ©ellement au Tchad par sa prĂ©sence ?
Pourquoi chaque demande de retrait sembleâtâelle fragiliser les rĂ©gimes en place ?
Pourquoi les accords de dĂ©fense restentâils secrets, et pourquoi sontâils signĂ©s sans lâimplication dâexperts juridiques tchadiens ?
Quelle est la légitimité des autorités actuelles pour engager le pays dans de tels accords sans cadre légal clair ?
Pourquoi les volets Ă©conomiques sontâils systĂ©matiquement nĂ©gligĂ©s, laissant le Tchad dĂ©pendant des institutions de Bretton Woods depuis 66 ans ?
Pourquoi les rĂ©gions du BorkouâEnnediâTibesti, pourtant au cĆur du pouvoir depuis 46 ans, restentâelles dĂ©pourvues dâinfrastructures essentielles malgrĂ© lâaccĂšs aux ressources publiques ?
Comment une centaine de soldats français pourraientâils rĂ©ellement protĂ©ger un rĂ©gime confrontĂ© Ă une opposition croissante ?
Selon de nombreux observateurs, le pouvoir actuel se fragilise luiâmĂȘme par sa gestion clanique et exclusive, Ă©largissant le front de ses opposants et alimentant une instabilitĂ© chronique. Beaucoup y voient encore la main de la France, qui chercherait Ă prĂ©server ses intĂ©rĂȘts stratĂ©giques dans la rĂ©gion.
Une incapacité collective à poser les vraies questions
Depuis 1900, les Tchadiens â du Nord comme du Sud â peinent Ă poser clairement Ă la France la question fondamentale de la gestion de sa prĂ©sence militaire.
Richelieu affirmait que le maintien dâun pouvoir repose sur trois piliers : LâarmĂ©e - Les finances publiques - La rĂ©putation du chef de lâĂtat.
Or, le pouvoir actuel semble sâaffaiblir sur ces trois fronts.
Dans ce contexte, beaucoup redoutent que la France continue de sâappuyer sur certaines Ă©lites ou certaines rĂ©gions â notamment issues du BET â pour prĂ©server son influence, comme elle lâa fait par le passĂ©.
Nous y verrons encore et toujours la main de la France !
Il faut le dire : la France militaire ne voit pas mieux, pour conserver son influence au Tchad, que dâutiliser lâethnie Zaghawa, prĂ©sente au Soudan et au Tchad. Pour Paris, le Tchad reste un pays stratĂ©gique, tout comme le Niger qui, lui, a rĂ©ussi Ă sâen dĂ©barrasser. Aux yeux de la France, aucune autre ethnie ne pourrait mieux accomplir ce quâelle considĂšre comme son âsale boulotâ au Tchad.
Lâhistoire du Tchad et de la France est faite dâalliances, de ruptures et dâinterventions rĂ©pĂ©tĂ©es qui ont profondĂ©ment marquĂ© la trajectoire politique du pays. Plus dâun siĂšcle aprĂšs la mort de Rabah, les mĂȘmes questions demeurent :
quelle est la nature rĂ©elle de la prĂ©sence militaire française, quels intĂ©rĂȘts sertâelle, et pourquoi les dirigeants tchadiens peinentâils Ă dĂ©finir une relation Ă©quilibrĂ©e et transparente avec Paris ?
Tant que ces interrogations ne trouveront pas de rĂ©ponses claires, la suspicion, lâinstabilitĂ© et les tensions politiques continueront dâalimenter le dĂ©bat national.
Par: Joe Le Mutant - La Rédaction .